01 juillet 2016

PACA : se passer du train ?

La Région PACA ne rate pas une occasion de déplorer la médiocrité du service ferroviaire régional : 271 M€ ont été dépensés l'année dernière pour la réalisation du service TER. Pourtant, en dépit des nombreuses déclarations de son président, la SNCF n'arrive pas à redresser la situation de la production : entre 20 et 25% de trains supprimés et des coûts supérieurs de 15% aux autres Régions... alors que, selon la Région, seulement 2% de la population régionale utilise chaque jours les TER.

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Nice Ville - 29 mai 2016 - En dépit des acquisitions de TER2N (dans leurs deux versions) et de Régio2N, la Région PACA est toujours en pénurie de matériel tant et si bien que les RIO ont dû être modernisées. Seule la cabine de conduite est climatisée : pour les voyageurs, ambiance sauna garantie pour cette rame assurant le retour de spectateurs du Grand Prix de Formule 1 de Monaco. Belle image du rail... © transportrail

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Nice Ville - 29 mai 2016 - Même la Principauté de Monaco a investi en faveur du transport ferroviaire régional en finançant 5 rames TER2Nng portant une livrée spécifique. L'état du matériel trahit à la fois la fréquentation intense, le manque de respect du bien public et les carences d'entretien du matériel... © transportrail

Conséquence, tel un coup de menton à la SNCF, la Région PACA lance une étude "pour le développement de solutions alternatives au train" et souhaite notamment examiner les opportunités liées à la récupération effective des offres routières gérées jusqu'à présent par les Départements.

Il est assez peu probable que cette étude aboutisse à une solution universelle. Le mode ferroviaire conserve - en principe - des atouts du fait de la capacité d'emport. Difficile de parler en revanche de régularité et d'indépendance aux aléas de circulation compte tenu du quotidien. Néanmoins, entre les moyens routiers régionaux des Liaisons Express Regionales et ceux des Départements, il y a possibilité de fortement bousculer le domaine d'action du transport ferroviaire, avec trois leviers principaux :

  • la contraction du réseau (suppressions de lignes reprises par des autocars) ;
  • la mise en concurrence de la SNCF par appel d'offres en délégation de service public, et en examinant les possibilités transfrontalières ;
  • la récupération de lignes exploitées par la Régie Régionale des Transports, qui opère déjà sur Nice - Digne.

L'existence d'une offre importante d'autocars constitue déjà une forte concurrence au chemin de fer. Entre Marseille et Aix en Provence, Cartreize, le réseau des Bouches du Rhône, propose déjà 4 lignes totalisant à l'heure de pointe une trentaine de départs par heure.

  • 49 Marseille Euroméditerranée - Aix en Provence Jas de Bouffan
  • 50 Marseille Saint Charles - Aix en Provence par la nationale
  • 50 direct : Marseille Saint Charles - Aix en Provence par l'autoroute
  • 53 : Marseille Saint Charles - ZI Les Milles

Autour de Nice, le réseau Lignes d'Azur propose notamment deux lignes à forte fréquence depuis Nice vers Menton (ligne 100) et Cannes (ligne 200),  offrant une desserte de base au quart d'heure en pointe et à la demi-heure en journée, doublées de services accélérés par l'autoroute et de liaisons dédiées vers l'aéroport. Tant à Marseille qu'à Nice, l'autocar a la cote, du fait de la fréquence élevée des liaisons et du prix (1,50 € à Nice, entre 2,50 et 4,50 € autour de Marseille pour les tickets à l'unité).

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Nice - Place Ile de Beauté - 29 mai 2016 - Le Département des Alpes Maritimes exploité la ligne 100 Nice - Menton avec des autobus articulés Citaro C2 : avec un tarif à l'unité de 1,50 € le voyage, cette offre s'avère particulièrement concurrentielle par rapport au train. © transportrail

Assurément, la renégociation de la convention TER s'annonce sous les meilleures auspices et au-delà du "coup de menton" politique, faire comprendre à la SNCF que personne n'est indispensable peut aussi être le moyen de placer l'opérateur historique face à ses responsabilités et de le contraindre au changement, ce qu'il n'a pas véritablement fait depuis que la Région est autorité organisatrice...

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30 juin 2016

Autocars : la concentration continue

Après le rapprochement entre Starshipper et Ouibus, le mouvement de concentration des compagnies d'autocars libéralisés se poursuit. L'allemand Flixbus s'est fait acquéreur des activités continentales de l'anglais Megabus, qui ne conservera en Europe que ses activités au Royaume-Uni. Bilan, moins d'un an après l'ouverture du marché par la loi Macron, le nombre d'opérateurs d'autocars est déjà passé de 5 à 3. Ne restent donc plus en lice que Ouibus (filiale de la SNCF), Isilines (filiale de Transdev) et l'allemand Flixbus. La réduction de la concurrence va probablement se traduire par une hausse des prix. C'était prévisible...

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13 juin 2016

Autocars : déjà des rapprochements

A peine un an après la libéralisation du marché de l'autocar, les opérateurs commencent déjà à examiner des stratégies de rapprochements puisque tous y laissent des plumes du fait de la forte concurrence sur les prix. C'est le cas de Ouibus, la filiale de la SNCF, et de Starshipper, label du groupe Réunir, fédérant des autocaristes indépendants. 

Une coordination des offres entre les deux compagnies serait envisagée à brève échéance afin de limiter les effets de la concurrence en privilégiant la complémentarité des réseaux. Les autocaristes sous label Starshipper pourraient aussi travailler en sous-traitance pour Ouibus.

Conséquence de ce mouvement d'intégration : les prix pourront progressivement augmenter afin de freiner la dérive des pertes de ces compagnies...

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24 mai 2016

Ouibus, Ouigo : la concurrence interne

Au chapitre des situations ubuesques, voilà un exemple assez insolite. Compte tenu de l'offensive de Ouibus depuis le mois de mai avec notamment 15 destinations nouvelles pour l'été, Ouigo réplique en diminuant le prix d'appel de ses TGV low-cost de 15 à 10 €.

La concurrence entre autocar et train est déjà suffisamment rude hors du groupe SNCF pour ne pas en rajouter une couche entre deux entités faisant partie de ce groupe. Au fait, d'où proviennent les ressources qui permettent à ces activités d'exister en dépit de leurs résultats négatifs ? 44 M€ de pertes en cumulant les exercices 2012 et 2013 de Ouibus : avec l'essor fulgurant de nouvelles liaisons et un taux d'occupation moyen de 15%, à combien se monteront les pertes à fin 2015 ?

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08 mars 2016

Grève : un décalage persistant

Quelques interrogations sur le mouvement de grève demain : l'intersyndicale met la pression sur la négociation du cadre social harmonisé du secteur ferroviaire. Soit. Une réforme qui va assurément mécontenter les opérateurs privés, qui craignent de perdre une partie de leur avantage comparatif par rapport à Fret SNCF. Sans pour autant faire du "dumping social", ces opérateurs essaient de démontrer qu'il est possible de faire du chemin de fer "autrement", en étant un peu moins enfermé dans un cadre de travail très procédurier. Inversement côté SNCF, un cadre harmonisé qui envisagerait un compromis entre le droit privé et le statut ferroviaire ne manquerait pas d'être présenté comme une régression sociale, une atteinte au service public etc...

Il n'est pas de notre propos d'engager une discussion de fond sur le cadre social du secteur ferroviaire : tout au plus pourrait-on considérer que l'inertie dans un monde évolutif est forcément régressive, et que le sujet est un cas d'école d'une conduite du changement (pour un changement dans la conduite...).

Avant de s'occuper des questions d'organisations internes, qui ont ne sont pas dénuées d'intérêt, il aurait peut-être été bon de se préoccuper des questions stratégiques :

  • diminution des budgets alloués au réseau ferroviaire, abandon de l'écotaxe ;
  • absence d'un contrat de performance prévu par la loi entre l'Etat et SNCF Réseau ;
  • rejet de l'application d'une TVA à taux réduit sur les transports publics ;
  • libéralisation du marché des autocars longue distance, déclarations ministérielles voires présidentielles ouvertement opposées au ferroviaire ;
  • positionnement intenable entre une priorité affichée au réseau existant, la baisse des moyens et la poursuite des projets de lignes nouvelles au modèle économique des plus précaire ;
  • menace à court terme sur 7 000 km de lignes et plus de 10 000 km à horizon de 10 ans ;
  • devenir des liaisons Intercités, des trains de nuit, rapport entre offre de transport et économie des territoires ;
  • transparence sur la catastrophe de Brétigny ;
  • liste non exhaustive...

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11 janvier 2016

Transdev veut prendre place sur le rail européen

Les négociations sur le 4ème paquet ferroviaire européen devraient aboutir dans le courant de cette année. Le groupe français Transdev considère que les orientations actuelles ont tendance à multiplier les exemptions destinées à faciliter le maintien d'exclusivités ou a minima de reporter encore un peu plus loin la date à laquelle les autorités organisatrices devront recourir à la procédure d'appel d'offres pour l'exploitation des réseaux.

La position de Transdev s'appuie sur quatre constats principaux :

  • la raréfaction des moyens publics, qui rend de plus en plus difficile l'augmentation du service puisqu'elle se traduit mécaniquement par une hausse des subventions ;
  • la nécessité de développer l'offre face à la demande de mobilité, à la fois dans les bassins urbains et entre eux ;
  • la stagnation du transport ferroviaire face à la concurrence ragaillardie de la route (covoiturage, autocar libéralisé, effondrement du cours du pétrole) et de l'avion (low cost) ;
  • le Livre blanc européen sur les transports, récemment actualisé, a fixé comme objectifs d'abord une baisse de 60% des émissions de CO² d'ici 2050 et de porter à 50% la part de marché du train dans les déplacements quotidiens, alors que globalement depuis 15 ans, la part de marché du rail a stagné en Europe, avec un certain contraste entre les pays ouverts à la mise en concurrence et les pays fermés... et de rappeler qu'en Allemagne, le report modal sur les déplacements pendulaires a augmenté de 25% sur les 10 dernières années à la faveur de développements d'offre permis entre autres par la modération des coûts d'exploitation (sur le marché régional, le km-train moyen est à 10€ en Allemagne et 19€ en France).

En particulier, Transdev déplore que soient autorisées les structures intégrées "gestionnaire d'infrastructures et opérarateurs" nuisant à la transparence des coûts et dans l'attribution des capacités sur le réseau et pose la question de la propriété du matériel roulant.

En revanche, pas un mot sur les logiques des candidats alternatifs qui voudraient faire du train mais fragilisent son économie en faisant du car...

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05 janvier 2016

Autocars privés sur moins de 100 km : les demandes arrivent

Outre la floraison de liaisons "grandes lignes", le volet transport de la loi Macron permet à des autocaristes de proposer à leurs risques et périls des liaisons sur des distances de moins de 100 km pour lesquelles les Régions peuvent saisir l'ARAFER dans un délai de 2 mois après la demande de mise en exploitation de ces relations. PACA et Limousin ont déjà deposé un recours pour les lignes concernant leur territoire.

Le risque est évidemment de siphonner le trafic des TER, qu'ils soient assurés par train ou par autocar d'ailleurs. Mais aux yeux de ceux qui ont fait pression pour faire adopter la loi et ceux qui l'ont portée, probablement à dessein, est-ce un risque ?

transportrail a fait le point en consultant le site de l'ARAFER qui recense toutes les demandes des opérateurs d'autocars. La liste est longue :

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On notera l'abondante demande de l'autocariste Migratour qui a accumulé près de 40 demandes pour une ligne globale de Le Puy à Conques et chaque segment entre les principales localités du parcours situé sur une des routes des chemins de Saint Jacques de Compostelle. 

Au reste, sans surprise, la concurrence frontale avec les TER est belle est bien recherchée.

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15 décembre 2015

500 000 voyageurs dans les cars Macron en 6 mois

C'est le chiffre annoncé par le ministère de l'économie, qui manifestement se substitue à celui des transports : 500 000 voyageurs ont emprunté les lignes d'autocars créées à l'issue de la libéralisation du marché. Le ministre insiste sur les 148 villes desservies, les 274 autocars mis en circulation par les différents opérateurs et les 700 emplois créés. De quoi sauver assurément l'industrie de l'autocar de tourisme et inverser la courbe du chômage. Les relations routières à prix cassés bousculent la relation aux prix des voyageurs qui étalonnent désormais leur comparaison sur les offres des compagnies d'autocars, créant les conditions d'une dangereuse fragilisation - dont personne ne pourra plus nier qu'elle est volontaire - du transport ferroviaire. D'ailleurs, le ministère de l'économie est extraordinairement silencieux quant à l'impact sur la fréquentation des trains régionaux et nationaux, qu'il n'a manifestement pas pris la peine d'étudier. Ce serait encore faire trop d'honneur au chemin de fer...

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29 octobre 2015

Autocars : Flixbus se lance sur les trajets courts

Flixbus, filiale de la DB, a présenté à l'ARAFER son projet de création de 2 lignes routières de moins de 100 km sur Limoges - Brive la Gaillarde d'une part et sur Dijon - Lons le Saunier d'autre part. Les collectivités locales ont désormais 2 mois pour saisir l'autorité de régulation, sur dossier motivée des atteintes portées à l'équilibre des contrats de service public, tout particulièrement les Régions Limousin et Franche-Comté.

S'il en existe encore pour prouver la complémentarité entre le car et le train...

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23 octobre 2015

Autocars : Transdev interpelle le gouvernement

Le président de Transdev, Jean-Marc Janaillac, a pris sa plume pour interpeler le Secrétaire d'Etat aux transports sur la montée en puissance de l'offre d'autocars longue distance de la SNCF. Il souligne notamment que cette offre est "uniquement composée de liaisons en concurrence directe avec les lignes ferroviaires, qu'elles soient TGV, TET ou TER", en la distinguant des autres compagnies, dont Isilines qui, elles, ne feraient pas concurrence au chemin de fer. La simple visualisation de la carte du réseau de lignes routières actuellement proposées prouve pourtant le contraire...

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Transdev appuie dans son courrier la position de l'ARF, qui s'est déjà étonnée de la montée en puissance de Ouibus, et en profite pour reprocher au gouvernement son opposition à l'ouverture du marché ferroviaire. Son président considère qu'il est désormais "indispensable de donner aux Régions la possibilité d'expérimenter une mise en concurrence régulée pour les services ferroviaires régionaux", considérant que "cette expérimentation vaudrait également pour les TET, dont un certain nombre sont également concurrencés directement par les lignes d'autocars de la SNCF".

Il est ensuite fait mention dans le courrier du coût de l'offre Ouibus : moins de 15 M€ de chiffres d'affaires en deux ans d'activité et déjà 43 M€ de pertes. Et Jean-Marc Janaillac de poser "la" question : "je m'interroge donc sur l'origine du financement de ces activités lourdement déficitaires dans le champ concurrentiel, alors même que la quasi-totalité des activités de l'EPIC SNCF sont exercées sans mise en concurrence et que plusieurs Régions constatent sur les contrats passés avec la SNCF un montant de facturation dont une partie non négligeable ne peut être justifiée."

La position du gouvernement français, particulièrement satisfait du recul européen sur l'échéance de mise en appel d'offres des contrats de service public de transport, permet à la SNCF de continuer à facturer les TER jusqu'à 20% de plus que le juste prix... et l'opérateur lui-même reconnaît que ses coûts sont plus élevés que la moyenne européenne, à qualité de service équivalente, et sans forcément sous-payer les employés. Dès lors, face à des Régions aux moyens de plus en plus limités, la SNCF répond aux demandes de transparence sur les coûts de ses clients par des propositions de diminution du service. La Région Rhône-Alpes vient de refuser, prorogeant la convention d'un an.

La position de Transdev est toutefois ambiguë : si le développement de Ouibus pose effectivement question, constituant assurément un bon sujet d'étude pour l'ARAFER, l'argument aurait fait mouche si Isilines ne menait pas la même stratégie de développement face aux dessertes ferroviaires. Certes, c'est pour le coup sans les surcoûts des conventions TER et l'entreprise avait voici plusieurs mois manifesté ses intentions dans le domaine ferroviaire mais elle fut l'une des plus réactives à l'ouverture du marché de l'autocar.

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