Un Périgord de toutes les couleurs… et celles du rail ?

Dans notre série Train et tourisme, le Périgord, territoire au patrimoine d’une incroyable richesse, se taille une place de choix. On parle du Périgord blanc pour sa pierre très claire, évidemment de Périgord noir dans le pays de la truffe, du Périgord vert pour ses forêts et du Périgord pourpre pour sa viticulture.

La région est irriguée par deux lignes d’orientation est-ouest rejoignant l’axe Paris – Bordeaux, à Libourne pour celle de Sarlat et à Coutras pour celle de Brive et Périgueux et une d’orientation nord-sud, entre Limoges, Périgueux et Agen.

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Périgueux - 29 juillet 2020 - Les ruines du temple gaulois de Vésone sont bordées par la voie ferrée tronc commun aux lignes Périgeux - Agen et Périgeux - Brive. Un X72500 se dirige vers Brive : un matériel dont l'avenir pose de plus en plus question. © transportrail

Sur le plan touristique, le potentiel est considérable, quel que soit le domaine de prédilection. Les œnologues auront de quoi faire sur la seule ligne de Sarlat avec les cépages de Saint Emilion et de Bergerac ; les gastronomes pourront respirer les odeurs de truffe, sa rassasier d’un bon confit de canard (« c’est pas gras le confit… ») accompagné de pommes sarladaises, sans compter les fruits et légumes à profusion et les poissons de rivière. Ajoutez quelques délices sucrés avec des noix pour le dessert. : une semaine dans le Périgord avec moins de 3 kg en plus sur la balance, ce n’est pas une semaine dans le Périgord, même en faisant des efforts !

Faire la liste des châteaux et sites patrimoniaux remarquables serait trop long car sur les petites routes du Périgord, il y a souvent plus de lieux à visiter que de noms de villages indiqués au carrefour : au moins 20 000 ans d’histoire défilent quand on imagine la proximité de la grotte de Lascaux, des vestiges troglodytiques de La Roque Saint Christophe, des châteaux forteresses de Beynac et de Castelnaud, le village de Domme… Que dire aussi des vestiges gaulois de Vésone à Périgueux, de la cité médiévale de Sarlat… On arrête là le côté « guide touristique », mais le Périgord donne parfois le tournis devant tant de richesse.

En parlant du réseau routier, on notera au passage que la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes nationales et départementales a souvent peu d’effet sur les temps de trajet car compte tenu de leur sinuosité, il est déjà parfois difficile – sinon vain – d’envisager les atteindre, surtout quand on sort des grands axes (comme la N21 ou l’ex-N89).

Des dessertes souvent de faible consistance

Venons-en au réseau ferroviaire et à l’intégration de la dimension touristique. On serait malheureusement tenté de dire la « non-intégration ». L’organisation des dessertes connaît une vraie rupture d’une part à Périgueux et d’autre part à Bergerac. Les dessertes depuis ces deux villes vers Bordeaux disposent d’une base correcte, du moins en semaine. Elle devra être consolidée dans le temps. En 2021, la desserte Bordeaux - Limoges passe de 4,5 à 6 allers-retours dont 2 prolongés d'ailleurs à Montluçon. La desserte Périgueux - Limoges passe à 7 allers-retours. L'offre Bordeaux - Brive est équilibrée avec 3 allers-retours par jour dans les deux sens, dont 2 prolongés à Tulle. La desserte Périgueux - Brive bénéficie d'un premier coup d'accélérateur avec 6 allers-retours au lieu de 4.

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Périgueux - 29 juillet 2020 - Le château Barrière est située quasiment en face du temple de Vésone et a été en partie construit avec des pierres récupéré sur le vestige gaulois. Cet X73500 arrive d'Agen. Ce matériel sera probablement mis à contribution dans le cadre de la nouvelle desserte périurbaine de Périgueux entre Mussidan et Niversac. © transportrail

Sujet évoqué depuis plus de 10 ans, la desserte périurbaine de Périgueux devrait progresser en 2021 avec la création de la nouvelle gare de Boulazac desservie par les TER pour Brive, Le Buisson et Agen. Un terminus va être ensuite aménagé à Niversac, avec à l’ouest un terminus à Mussidan. En revanche, la desserte du quartier Saint Georges, en rive gauche de l’Isle, a été abandonnée.

A plus long terme, on pourrait envisager une desserte rapide toutes les heures entre Bordeaux et Périgueux, prolongée alternativement à Limoges ou à Brive. En complément une desserte Bordeaux - Périgueux pourrait prendre en charge la desserte de la vallée de l'Isle, au moins jusqu'à Mussidan puisque le RER de Périgueux pourrait prendre en charge la desserte fine entre Mussidan et Périgueux. En complément de ces trains, la cadence à l'heure entre Périgueux, Limoges et Brive serait assurée par des trains faisant terminus dans la préfecture de la Dordogne, avec le principe de la correspondance sur l'autre branche (le Brive - Périgueux donnant correspondance sur le Limoges - Bordeaux).

Organiser le rendez-vous train – autocar pour Lascaux 

La desserte Périgueux – Brive ne comprend en 2020 que 7 allers-retours. Outre un effort pour atteindre au moins 12 allers-retours, soit une cadence horaire en pointe et aux 2 heures en journée, une coordination train – autocar pourrait être organisée. La gare de Condat – Le Lardin est intéressante car elle est à proximité immédiate de la route menant à Montignac et donc à la réplique de la grotte de Lascaux (l’authentique étant fermée au public depuis 1963 pour sauver ce joyau de l’humanité).

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Condat Le Lardin - 29 juillet 2020 - La gare est ici implantée perpendiculairement aux voies car elle était à l'origine d'une ligne rejoignant Sarlat par Montignac. La refonte de la desserte ferroviaire entre Périgueux et Brive associée à une amélioration des lignes d'autocars en Dordogne devrait faciliter l'accès à la partie de la vallée de la Vézère qui présente la plus extraordinaire concentration de sites historiques : 20 000 ans d'histoire de l'humanité en quelques kilomètres... © transportrail

Une quinzaine de kilomètres séparent cette gare et l’entrée du site, fréquenté par environ 500 000 visiteurs par an. La Région a réorganisé la desserte par autocars dans le Département de la Dordogne, avec 2 lignes régulières desservant – en partie seulement – le site, reliant Périgueux à Sarlat (passant par la gare de Thenon) et Brive à St Léon sur Vézère par Condat. Une boucle estivale dans cette vallée figure dans ce plan. La lisibilité des correspondances reste cependant perfectible et devra être travaillée notamment avec l’évolution de la desserte ferroviaire.

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La Roque Gageac - 27 juillet 2020 - Complément indispensable au train, l'autocar permet d'accéder aux grands lieux touristiques à l'écart du réseau ferroviaire. La coordination des offres et des tarifications progresse, mais le chemin est encore long. © transportrail

Périgueux – Sarlat plutôt que Périgueux – Agen ?

Restons donc dans la vallée de la Vézère : le site des Eyzies de Tayac est lui aussi très réputé, et dispose d’une gare, mais la desserte Périgueux – Agen est assez squelettique. En 2021, un premier aller-retour Périgueux - Sarlat est créé matin et soir. La desserte est réorganisée avec 2 allers-retours Périgueux - Agen en journée, complétés par 4 Périgueux - Le Buisson, 1 Périgueux - Sarlat et 6 Agen - Monsempron au sud.

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Les Eyzies de Tayac - 26 juillet 2020 - Peut-on faire église plus ferroviphile ? Implorons un instant Sainte Micheline (au royaume d'essieux, évidemment) pour le salut des lignes de desserte fine du territoire. Notez la composition fortuite de ce cliché, on ne peut plus multimodal, autour de ce TER Agen - Périgueux. © transportrail

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Les Eyzies de Tayac - 26 juillet 2020 - Le même train, quelques minutes plus tôt, sur le viaduc franchissant la Vézère : position confortable pour le photographe, les pieds dans l'eau (à bonne température, merci !)... © transportrail

Une refonte de la desserte semble justifiée car le pays agenais est plutôt à cheval entre Bordeaux et Toulouse. Il serait probablement plus utile au quotidien de développer la ferroviaire Périgueux – Sarlat en 1h24 (pour 1h14 en voiture), avec un intérêt touristique non négligeable, et une totale complémentarité non seulement avec la desserte Bordeaux – Sarlat... mais aussi avec la ligne d’autocar qui emprunte un autre itinéraire, via Montignac. La section Le Buisson – Agen deviendrait donc une liaison entre les radiales Bordeaux – Sarlat et Bordeaux – Toulouse.

On pourrait donc imaginer une cadence aux 2 heures de Périgueux à Sarlat, combinée avec la desserte de la radiale Bordeaux - Sarlat.

Bordeaux – Sarlat : une dimension « naturellement » touristique ?

De la vallée de la Vézère, nous avons rejoint celle de la Dordogne avec ce Périgueux – Sarlat : comme évoqué en ouverture de ce dossier, la relation Bordeaux – Sarlat jouit d’un important potentiel touristique, en plus des enjeux plus classiques de connexion des territoires à la métropole bordelaise et aux liaisons nationales. La ligne désormais rénovée peut voir l’avenir de façon plus sereine, et il faudra peut-être s’interroger sur une augmentation de capacité entre Libourne et Bergerac pour fusionner quelques points de croisement en une section de double voie pour donner un peu d’air dans une grille tendue compant 15 allers-retours en 2020 dont 6 pour Sarlat.

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Mouleydier - 1er mars 2010 - Peu après Bergerac, ce duo d'X2200 aujourd'hui disparu - mais qui a bien fréquenté la ligne - continue son parcours le long de la Dordogne. Le potentiel de cette ligne est assez conséquent sur la première partie du parcours jusqu'à Bergerac. Au-delà, l'offre doit être consolidée et diversifiée avec l'ajout d'une desserte Périgueux - Sarlat. © Rail Conception

La gare de Sarlat est assez excentrée : l’amélioration de la desserte par le petit réseau urbain serait bien utile, ne serait-ce que pour désengorger la ville des voitures en quête de stationnement : excentrer les parkings serait ainsi un moyen de rendre la ville encore plus agréable, pour les touristes et ceux qui y habitent.

Restons dans cette Région et évoquons le sujet qui défraie la chronique depuis plusieurs années : la déviation de Beynac, dont la réalisation a été annulée sur intervention de Stéphane Bern. Le « monsieur Patrimoine » a relayé l’opposition à cette voie de contournement. Certes, en été, la circulation est dense sur l’étroite route qui traverse Beynac entre la falaise et la rivière. Le projet de contournement porté par le Département, suit la voie ferrée, qui passe au sud de Beynac. Les travaux ont débuté, mais ils sont à l’arrêt (si bien que le coin photo pour le train franchissant la Dordogne avec le château de Beynac en arrière-plan est devenu impraticable).

L’autre question à se poser est assez évidente : faudrait-il un arrêt à Beynac ? L’ancienne gare de Vézac est à un kilomètre du bourg de Beynac. La réponse est donc moins évidente que l’interrogation… Le château accueille environ 150 000 visiteurs par an mais le site est particulièrement renommé.

Plus au sud, il faut évoquer le cas du château de Castelnaud et ses 250 000 visiteurs par an : racheté en 1965 à l’état de ruine par Philippe Rossillon, alors maire de Beynac, il a ouvert au public en 1985. Son fils, l’ingénieur Kléber Rossillon, a créé une entreprise de gestion de sites historiques. Elle ne fait pas que dans la pierre, puisqu’elle est par exemple celle qui a fait renaître… le chemin de fer du Vivarais. Alors le sujet ferroviaire ne lui est probablement pas étranger !

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Saint Cyprien - 27 juillet 2020 - Décidément, à transportrail, on se mouille pour illustrer nos dossiers, la preuve : cette fois-ci, c'est dans la Dordogne, sur la ligne de Sarlat, avec ce TER Bordeaux - Sarlat assuré en B82500 ex-Poitou-Charentes. © transportrail

Alors évidemment, pour ses sites touristiques, comme pour l’intense activité de canoë-kayak sur la Dordogne, l’apport du train serait marginal par rapport à la clientèle… mais pour le chemin de fer, proposer des évolutions favorisant le tourisme lui permettrait de remplir un peu plus les trains en journée et le week-end, sans compter la période estivale…

Synthèse

Au terme de ce rapide tour d’horizon, on pourra retenir les points suivants :

  • une desserte directe à l’heure toute la journée de Bordeaux à Périgueux continuant alternativement vers Limoges et Brive, complétée par une desserte Bordeaux – Périgueux omnibus jusqu'à Mussidan (et un arrêt à Saint Astier) également à l’heure en pointe et aux 2 heures en journée ;
  • une desserte périurbaine Mussidan – Niversac à l’heure ;
  • en complément des dessertes vers Bordeaux, des omnibus aux 2 heures de Périgueux vers Limoges et Brive combinés pour assurer la correspondance sur le Bordeaux - Périgueux rapide ;
  • une desserte à l’heure en pointe et aux 2 heures en journée de Bordeaux à Sarlat, avec renforcement à la demi-heure en pointe de Bordeaux à Bergerac ;
  • la création d’une desserte Périgueux – Le Buisson – Sarlat, cadencée aux 2 heures, en alternat pour Sarlat avec la desserte de Bordeaux, et limitation au parcours Agen – Le Buisson des dessertes actuelles Agen – Périgueux (à moins de les réorienter vers Bergerac ?) ;
  • l’amélioration de l’intermodalité train – autocar pour desservir, notamment à la belle saison, les principaux sites touristiques, et un partenariat renforcé avec les Offices de Tourisme voire les châteaux ;
  • la valorisation du train « pour lui-même » : combien de petites lignes en Allemagne ou en Autriche, sans parler de la Suisse, proposent des petits dépliants sur les sites à visiter à proximité du train, sans compter les itinéraires de randonnées (les bahnwanderwegs, chemins de randonnée ferroviaire), le tout en indiquant les horaires des trains. Bref, donner envie et susciter de la curiosité !

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Saint Pantaléon de Larche - 25 juillet 1986 - Autre époque pour finir... La pierre rouge de ce viaduc franchissant la Vézère est assez caractéristique de la frange orientale du Périgord. Une RGP2 associée à un X2800 franchit cet ouvrage de la ligne Périgueux - Brive. (cliché X)