Dimanche 21 juin, transportrail essayé l’Eurocity 143/144 Milan Centrale – Nice Ville assuré par Thello. Outre l’aller-retour nocturne Paris – Venise, la compagnie fondée par Trenitalia et Transdev (Veolia à l’origine) assure aussi un aller-retour Marseille – Milan et deux rotations Nice – Milan, venant renforcer les dessertes franco-italiennes.

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Milan Centrale - 21 juin 2015 - L'E402-166 est en tête de la rame Thello à destination de Nice. A gauche du cliché, une voiture des FS du service Frecciabianca du même type que celles utilisées par Thello. © transportrail

Le départ de Milan Centrale pour ce voyage de 339 km, dont 304 en Italie, est fixé à 11h10 et fut ponctuel. L’EC143/144 dessert 13 gares intermédiaires en 4h41, dont Gênes (Piazza Principe) avec 16 minutes d’arrêt du fait du rebroussement et Vintimille avec 15 minutes pour le changement de machine à la frontière. Au total, un parcours de 4h41, supérieur d'une demi-heure au temps de trajet routier (dixit viamichelin) du fait d'une desserte à arrêts relativement fréquents, justifiés par l'exploitation tendue de la ligne du littoral en partie à voie unique. Côté italien, la traction est assurée par des machines Trenitalia tandis qu’en France, Thello loue à la SNCF via sa filiale Akeim des BB36000 qui ne sont pas aptes en Italie, contrairement à la déclinaison 36300.

La rame était composée de 9 voitures : 2 de première classe, une mixte bar – seconde classe et 6 voitures de seconde classe dont une avec cabine de réversibilité. La fréquentation était élevée dès le départ avec plus des trois quarts des places occupées dans les deux classes.

Les voitures sont issues du parc Grandes Lignes de Trenitalia dans leur dernière rénovation Frecciabianca, au demeurant assez réussie. Les voitures sont propres tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, où le pelliculage aux couleurs vives crée une belle unité tout au long du train. En seconde classe, on dispose d’une prise électrique à toutes les places. La tablette du siège est très commode car d’un gabarit généreux compatible avec la plupart des ordinateurs portables. Les sièges sont d’un dessin assez neutre, l’assise relativement ferme mais le confort est satisfaisant. La propreté des baies vitrées est correcte et permettra aux voyageurs à gauche dans le sens de la marche au-delà de Gênes de profiter de la mer.

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Intérieur d'une voiture de seconde classe. Sobriété des aménagements mais un voyage agréable. (document Thello)

Les annonces automatiques sont en trois langues : italien, français et anglais. Celles des agents de bord aussi.

A bord du train, le bar occupe une surface réduite à seulement un tiers d’une voiture, mais il comprend tout de même un véritable percolateur (l’attachement des italiens à l’expresso n’étant plus à démontrer). La carte est plutôt compacte (tout comme l’espace dévolu à ce service) et comprend quelques plats cuisinés à base de pâtes (quelle surprise) ainsi que cakes, friandises et boissons fraiches. Peut-être un domaine à améliorer en élargissant la carte, mais il faut reconnaître que par rapport à d’autres opérateurs sur des distances similaires ont une offre encore plus chiche…

Notre voyage fut marqué par l’importance du trafic, allongeant les arrêts tracés à 2 minutes, aboutisssant à un retard de 5 minutes à l’arrivée à Gênes. De Milan à Gênes, la ligne montre déjà la diversité géographique de l’Italie avec une première section dominée par la plaine du Pô, la traversée du Piémont dans une ambiance très méditerranéenne qui pourrait rappeler quelques sections de la ligne Marseille – Briançon si on y roulait un peu moins vite, et une arrivée en Ligurie sur les rivages de la Méditerranée. La vitesse des trains oscille entre 130 et 140 km/h sur la majorité du parcours. Maillon d’un corridor européen nord-sud, RFI, le gestionnaire d’infrastructures italien, a entamé en 2009 les travaux préliminaires d’une ligne nouvelle sur l’axe Milan – Gênes avec notamment un tunnel de 39 km.

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Viaduc d'Anthéor - 8 mai 2015 - Le viaduc d'Anthéor est un des coups d'oeil les plus connus de la ligne de la côte d'Azur : il accueille ici le passage du Thello Marseille - Nice (cliché X)

A Gênes, le rebroussement fut expédié en 11 minutes, autorisant un départ à l’heure. Sur la côte, la circulation sera globalement ponctuelle malgré les contraintes de circulation en partie en voie unique. Ces sections ont vocation à disparaître complètement avec la création de tunnels autorisant non seulement la mise à double voie de la liaison mais aussi une accélération des temps de parcours par des vitesses nettement plus élevées jusqu’à 160 km/h. Une première section de 24 km de l’ancienne ligne a été déclassée et transformée en coulée verte en 2008 entre Bordighera et San Lorenzo. On roule donc plus vite de ce côté-ci de la frontière en raison d’un tracé intrinsèquement plus favorable renforcé par la réalisation de sections nouvelles accélérant les circulations.

A l’arrivée à la frontière, le personnel de bord annonçait un arrêt de service à la frontière pour le contrôle des trains. C’est à Menton-Garavan qu’il fut stoppé pendant un peu plus de 5 minutes. L’arrivée à Nice s’effectuait avec 10 minutes de retard.

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Latte - 14 avril 2014 - La photo est prise en Italie, peu après le départ de Vintimille, mais la machine est française et la caténaire aussi. Le Thello Milan - Marseille a encore un peu chemin à parcourir avant de toucher sa destination finale. Les voyageurs amateurs de beaux paysages sont priés de se mettre à gauche dans le sens de circulation !© L. Ornella

Conclusion, Thello s’acquitte très honorablement de la mission en dépit d’aléas extra-ferroviaires à la frontière. Le matériel est à la hauteur d’une offre Intercity / Eurocity même si on aurait apprécié un repose-pied ou un siège inclinable en seconde classe. Cependant, l’essentiel est d’avoir retrouvé une liaison entre la France et l’Italie, comprenant donc 3 allers-retours quotidiens Nice – Milan dont un amorcé à Marseille. Il faudrait envisager en revanche l’adaptation des BB36000 en BB36300 aptes à circuler en Italie afin de gagner une douzaine de minutes sur le parcours en supprimant le changement d’engin à Vintimille. La réversibilité serait évidemment un plus afin de pouvoir optimiser le stationnement à Gênes, mais la gestion du changement de machine semble transparent par rapport aux mouvements de voyageurs. A court terme donc, la solution de la BB36300 semble la plus intéressante compte tenu du ratio coût – minutes gagnées.

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Pizzale - 7 juin 2015 - Début de parcours pour ce Thello emmené par l'E402-172 qui porte la livrée Frecciabianca. On remarque la belle unité visuelle de la rame et les rails chaulés, pour faciliter le repérage des défauts de voie et diminuer la température au rail. © P. Bruchetto

Reste à savoir si Thello a d’autres ambitions pour le marché franco-italien, notamment au départ de Lyon, privée de liaisons directes avec l’Italie depuis la suppression des relations Lyon – Turin – Milan assurées en ETR460.