Un moteur de l’économie française

C’est une fierté française : nous sommes la première destination touristique au monde avec 82,6 millions de touristes internationaux en 2016, générant 36,5 MM€ de recettes, soit 8% du PIB d’après le ministère de l’Economie. Sans compter le tourisme intérieur !

Sur les 15 monuments, sites culturels et parcs de loisirs les plus fréquentés, la moitié se situe en Île de France. Premier site de cette catégorie hors Île de France : le mont Saint Michel, suivi du Puy du Fou, du Futuroscope, du Parc Astérix, du château des Ducs de Bretagne et du zoo de Beauval.

principaux sites français

Tourisme et lignes de desserte fine du territoire

Mettons à part les sites franciliens. Dans ce dossier, nous allons picorer parmi quelques grands sites touristiques français pour évaluer leurs modalités d’accès en train, surtout si ceux-ci se situent sur des lignes de desserte fine du territoire, généralement à la recherche de gisements de trafic pour essayer de survivre.

Qui sait, cela vous donnera peut-être envie de vous organiser un petit week-end conciliant culture, patrimoine et activités ferroviaires !

Les châteaux de la Loire : là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.. et, en plus, on peut y aller en train !

Parmi les monuments historiques les plus fréquentés de France, les châteaux de la Loire, disposés schématiquement en chapelet le long de la Loire (ou de ses affluents)… et du chemin de fer ! Les résultats de fréquentation en 2016 confirment généralement leur attractivité et leur renommée bien au-delà de notre pays.

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La plupart des châteaux de la Loire sont assez faciles d’accès par le rail ou - c’est le cas de Chambord - via une correspondance bus plutôt efficace. Mais, globalement, leur extraordinaire potentiel semble largement sous-exploité, avec des horaires et fréquences pas toujours bien pensés. Le cas de Tours-Loches est particulièrement emblématique : malgré un trafic routier dense sur cet axe (justifiant une offre de transport par autocar de 13 allers-retours quotidiens, certains d’entre eux étant doublés pour faire face à la fréquentation), le chemin de fer est délaissé, allant jusqu’à mettre en péril la pérennité de la ligne à brève échéance. Dans ce dossier, d’autres cas d’études, tels que Tours - Chinon (lien vers l'étude de ligne), sont présentés au fil des pérégrinations des auteurs…

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Chinon, les bords de la Vienne, la cité fortifiée, la ville coincée entre la rivière et l'éperon rocheux. © E. Fouvreaux

Mont Saint-Michel : le dragon est terrassé… mais les autocars prolifèrent

Autre site, attirant à lui tout seul plus de 2 millions de visiteurs par an : le Mont Saint-Michel. Mais par où afflue cette cohorte de touristes ? On pourrait imaginer que la plupart des visiteurs internationaux, transitant par Paris, profitent massivement du TGV Paris-Rennes voire du Paris - Dol - Saint-Malo pour un accès confortable et rapide, terminant leur voyage par un court parcours en navettes organisé par la Région Bretagne ou Normandie ? Eh bien non, d’ailleurs les tours opérateurs proposent plutôt des trajets en autocar de bout en bout depuis Paris, et cela ne semble pas décourager les visiteurs, si pénible et chronophage que puisse être le périple. La gare la plus proche du site est Pontorson sur la transversale Caen – Rennes ; 3 allers-retours en semaine et 2 le week-end. Evidemment, cette offre bien maigre et mal positionnée n’attire pas vraiment le touriste, pas plus que les autres voyageurs d’ailleurs...

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Coup d'oeil dans le rétroviseur : ouverte en 1901, l'antenne de Pontorson au Mont Saint-Michel favorisa l'essor du tourisme sur ce site mondialement célèbre. Les Tramways Normands l'exploitèrent jusqu'en 1938. La voie fut déposée en 1944.

Deux parcs à thèmes, deux ambiances : le Puy du Fou et le Futuroscope

Chacun de ces deux sites attire un peu plus de 2 millions de visiteurs chaque année.

L'acheminement au Puy du Fou, parc fondé en 1989 sur un site à l’écart des grands axes ferroviaires, se fait exclusivement par la route, avec une navette d’autocars depuis Angers (un peu plus de 1h30 de trajet). De quoi susciter l’idée de réactiver l’ancienne ligne de chemin de fer qui longe le parc par l’ouest, évoquée par des élus vendéens et reprise par le pourtant bien fade rapport Rol-Tanguy, rédigé rapidement pour trouver des compensations à l’abandon de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Entre le flux touristique et le bassin de vie des Herbiers, comptant environ 35 000 habitants, un taux de chômage autour de 5% un le tissu de petites et moyennes entreprises toujours cité en exemple, il y aurait effectivement matière à étude : transportrail vous propose d'aller plus loin sur le sujet dans ce dossier. Prolonger les trains Angers - Cholet aux Herbiers aurait du sens non seulement pour le bassin de vie, mais aussi pour éviter 1h30 (quand le trafic est fluide) d'autocar pour acheminer les visiteurs du TGV jusqu'au parc. L'idée fait son chemin, mais rouvrir une ligne est une affaire de 20 ans minimum en France... Pourtant, les premières estimations tablent sur un millier de voyageurs par jour en basse saison, quand le parc est fermé, et 2000 voyageurs en haute saison : avec un trajet Les Herbiers - Angers potentiellement en 1h10, le parc se situerait à une petite heure du TGV à Angers... mais à condition d'investir plusieurs dizaine de millions d'euros. On pourrait imaginer que le parc lui-même finance une partie de l'opération, en capitalisant le coût des navettes d'autocars qu'il finance pour assurer la liaison avec Angers...

Le Futuroscope, créé au nord de Poitiers en 1987, est un peu moins isolé. Et, en 2000, une gare a été spécialement construite pour dynamiser la fréquentation du site : d’abord desservie par les seuls TGV, elle est, depuis décembre 2014, également utilisée par les TER Tours – Poitiers.

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La gare du Futuroscope : particularité de cette gare initialement desservie uniquement par les TGV, elle est située sur la ligne classique Paris - Bordeaux et les TER l'ont snobée pendant une décennie. Outre le parc de loisirs, elle dessert aussi une importante zone d'entreprises. (cliché X)

Et vous, êtes-vous plutôt mer ou plutôt montagne ?

Le tourisme ne se limite pas aux monuments historiques et aux parcs à thèmes. De nombreux territoires vivent du tourisme vert, balnéaire ou de montagne, attirant des visiteurs pour des séjours d’une durée plus longue, généralement semaine ou deux, venus simplement profiter de la beauté du paysage, des villages, pour pratiquer activités sportives ou farniente.

La desserte des stations balnéaires de Méditerranée et de l’arc Atlantique mérite sans aucun doute un dossier spécifique. Mais, pour l’heure, attardons-nous un peu sur le tourisme alpin.

Devenu une activité économique primordiale des territoires de montagne, le tourisme générait en 2013 en Auvergne-Rhône Alpes 68 600 emplois directs (cf. L’économie des zones de montagne, Insee Auvergne-Rhône-Alpes n° 1 – Juin 2017). Les stations de ski françaises figurent parmi les plus fréquentées du monde et attirent une clientèle internationale, au coude à coude avec l'Autriche, généralement autour de 54 millions de journées-skieurs par an.

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Source (graphique de gauche) : Rapport international annuel 2014 sur le tourisme de la neige et de la montagne

En 2014, les seules stations de ski de La Plagne, Les Arcs, Courchevel, Val Thorens, Tignes et Les Ménuires (accessibles depuis la ligne de Bourg Saint-Maurice) cumulaient plus de 10 millions de journées skieurs. L’accès aux stations depuis les gares est rendu possible par les services de navettes d’autocars proposés par la Région Rhône-Alpes. Encore plus simple : la montée aux Arcs depuis la gare de Bourg-Saint-Maurice se fait en quelques minutes via un funiculaire qui (avis aux amateurs !) sera rénové en 2019, après 30 ans de service, laissant place à une rame plus moderne dotée d’un large vitrage panoramique. Quel dommage que le train de nuit depuis Paris ait été supprimé !

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Albertville - 21 janvier 2017 - Le TGV raccourcit les distances : pour la clientèle belge et hollandaise en manque d'altitude, Thalys met en circulation une relation Amsterdam - Bourg Saint Maurice. Ces relations sont très appréciées de leur clientèle, qui n'a pas à se soucier de multiples transferts (mais plutôt de l'épaisseur de neige). Autocars et funiculaires relaient le train directement dans les gares de la vallée de la Tarentaise. © F. Pobez

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Briançon - 19 décembre 2018 - Un train, la nuit, la neige : c'est aussi cela la magie du train de nuit... quand il existe encore : mais quel bel outil au service des territoires et de la découverte de notre patrimoine naturel... © E. Fouvreaux

Même constat sur la vallée de Chamonix : 12,3 millions de nuitées par an, et une ligne de chemin de fer desservant idéalement l’ensemble de la vallée, ses hébergements et remontées mécaniques. La montagne attire quasiment autant en été et en hiver, ce qui assure à la voie métrique Saint Gervais – Martigny un succès potentiel à peu près toute l’année.

Pour favoriser l’utilisation du train et surtout limiter l’usage de la voiture sur les trajets locaux (la vallée étant déjà bien assez soumise à la pollution liée à l’autoroute), la Communauté de Communes propose un concept que l’on connaît bien… en Suisse, par exemple : celui de la carte d’hôtes, offrant aux touristes comme aux résidents et aux travailleurs saisonniers un accès illimité au train de la vallée. Mais la suppression des trains de nuit convergeant vers Saint Gervais (nous avions emprunté le Paris - Saint Gervais avant qu'il ne soit trop tard) a encouragé sans doute de nombreux vacanciers à choisir la voiture pour se rendre sur place. Pour la clientèle internationale venue de loin voir le Mont-Blanc, les liaisons depuis Genève sont certainement à valoriser également. Justement, avec Léman Express, une liaison directe sera créée en décembre 2019 entre la cité de Calvin et la haute vallée de l’Arve.

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Chamonix - 12 mars 2016 - Illustration d'un chemin de fer complètement intégré dans l'activité économique, la ligne de la vallée de Chamonix, modernisée, constitue un élément essentiel pour le tourisme... et la matrise du trafic routier. © E. Fouvreaux

Un petit tour dans les Pyrénées ? Ax Trois Domaines fait souvent le bonheur des toulousains qui, le temps d'un week-end, peuvent aller profiter des 37 pistes, aisément accessibles par le rail avec les trains Toulouse - Latour de Carol. La Région a mis en place de longue date le forfait Skirail, dont les ventes, entre 12 000 et 15 000 par an selon l'enneigement, représentent autour de 15% de la fréquentation de ce domaine de taille encore modeste : c'est dire si le train constitue un outil indispensable à l'activité du domaine ! D'ailleurs, du côté de Luchon, la fermeture de la ligne a entrainé une baisse de fréquentation du même ordre de grandeur. Etonnant, non ?

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Villefranche de Conflent - 8 juillet 2015 - Rappel : si vous n'avez pas pris le Train Jaune, votre connexion à transportrail risque d'en souffrir ! Quand le train devient lui-même un objet touristique fortement lié à la vie économique locale... © E. Fouvreaux

Et si tourisme et chemin de fer profitaient davantage l’un de l’autre ?

Les exemples ci-dessus ont été choisis sans malice : de nombreux sites touristiques majeurs sont accessibles par le train mais force est de constater que cette extraordinaire opportunité est souvent mal mise à profit, l’exploitant ferroviaire et l’économie locale se privant mutuellement d’une source de revenus relativement facile.

Il ne s'agit pas de verser dans la caricature du « yakafokon », mais reconnaissons que l'on est souvent loin de l'optimum, parfois proche du gâchis, alors que l'essentiel de l’investissement structurel est déjà fait ! Certaines situations sont particulièrement ubuesques : tous les ingrédients sont là mais le secteur touristique est aux abois - ou en situation de saturation automobile - et la ligne ferroviaire en danger de fermeture, faute de coopération suffisante… lorsqu’il suffirait peut-être d’un déclic pour engager un cercle vertueux.

Pour l’exploitant ferroviaire et les Régions, renforcer l’offre d’heures creuses et du week-end, travailler davantage sur les horaires et la complémentarité avec les services routiers interurbains s’impose. Pas seulement pour favoriser un tourisme plus vert et soutenir l’ensemble des activités liées au tourisme mais également pour améliorer la rentabilité du service de transports en commun lui-même : le touriste est un client plus lucratif que l’abonné sur son trajet domicile-travail !

Gageons que le réflexe « train » pour les vacances ou le week-end commencera à gagner du terrain si l’offre est au rendez-vous, quantitativement et qualitativement, et suffisamment mise en valeur par les offices de tourisme, par les sites touristiques eux-mêmes, et par le bouche-à-oreille... Les tours opérateurs seront sans doute les plus difficiles à convaincre, car l’organisation d’un voyage à étapes multiples ne souffre pas la moindre faille. Grèves intempestives, travaux non prévus ne peuvent faire partie du programme…