Une nouvelle proximité ferroviaire à construire

Le principe de l’OFP s’inspire des « short lines » américaines : l’exploitation de ramifications, regroupant le trafic de plusieurs entreprises locales, jusqu’au réseau principal, par un opérateur spécialisé. Dans l’Engagement National pour le Fret, l’OFP est défini comme une « PME ferroviaire pour desservir les territoires et les zones portuaires avec des organisations légères et adaptées ». Leur rôle est évidemment logistique sur ce qu’on appelle le réseau « fret capillaire », mais aussi commercial, pour aller chercher des clients et nourrir la relation privilégiée, créant ainsi, du moins est-ce l’objectif, une dynamique autour du rail.

C’est bien là un des enjeux du fret ferroviaire : nourrir la relation avec les clients potentiels, et ne pas négliger leur envie de passer par voie ferrée. En Normandie, l’exploitant de plusieurs carrières près de Bayeux a investi 3 M€, en dépit des conseils dissuasifs, pour mettre en place une plateforme de chargement exploitée par Colas Rail.

Par extension, RFF a proposé que les OFP deviennent des Prestataires de Gestion de l’Infrastructure (PGI), chargés d’assurer la maintenance des installations du périmètre de l’OFP selon un référentiel défini en cohérence avec les enjeux de desserte : ces lignes au trafic somme toute modeste n’ont pas besoin de viser de hautes performances mais simplement d’assurer dans des conditions normales la circulation des trains à des vitesses oscillant entre 20 et 60 km/h.

Le foisonnement régional

Les premiers OFP se sont développés dans le Morvan avec la Compagnie Ferroviaire Régionale, qui envisage d’être PGI sur son périmètre, puis dans le pays Cathare avec le TPCF (Train du Pays Cathare et Fenouillet, qui comprend aussi une activité de train touristique), sur le port de La Rochelle La Pallice (avec ECR, la filiale de la DB), tandis que la Régie Départementale des Transports des Bouches du Rhône, desservant la raffinerie de La Mède sur l’étang de Berre, s’est elle aussi constituée en OFP. On assiste même à des partenariats entre des OFP, notamment entre TPCF et RDT13. A l’été 2014, les premières réflexions ont été lancées sur un OFP autour du port de Bayonne – 9ème port français mais 5ème pour les expéditions ferroviaires – et des Landes.

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Rebaptisé Régiorail Languedoc-Roussillon, l'activté Fret de TPCF s'est doté de machines modernes, comme les G1206 Vossloh et les BB27000 louées à ETF Services, mais redonne aussi vie à du matériel ancien, comme ici l'ancienne BB71001 de la SNCF, plus que quinquagénaire, ultime série de machines à bielles, utilisées pour les acheminements locaux. Elle a été complètement restaurée et a repris du service en 2013. cliché X.

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Saint Jory - 11 décembre 2013 - L'une des deux BB27000 louées par Régiorail Languedoc Roussillon dans sa propre livrée. Le rôle du commissionnaire Eurorail pourrait amplifier l'effet des OFP en assurant les prestations de bout en bout. (photo Railcolor)

La desserte du port de Gravenchon en Normandie, recourt elle aussi à un OFP. Même chose à La Rochelle, où l’OFP Atlantique, regroupant autour d’ECR les ports de Nantes Saint Nazaire et de La Rochelle, a permis l’essor d’un trafic d’huiles végétale et minérale vers l’Espagne.

Plus surprenant, un OFP dont l’activité se limite à un PGI : c’est le cas de l’OFP Châtillonnais-Auxois, dans le nord de la Bourgogne, sur près de 90 km de voies (Nuits sous Ravières – Chatillon – Brion et Les Laumes – Epoisses). Cependant, c’est une autre solution qui a été envisagée pour les transports céréaliers sur la ligne Nuits sous Ravières – Chatillon puisque c’est Europorte qui assure le transport jusqu’à Fos sur Mer. En Aquitaine, un OFP pourrait voir le jour dans les Landes et dans la vallée de l’Adour. Enfin, des réflexions sont menées en Champagne Ardenne pour un OFP couvrant quasiment tout le territoire régional, principalement pour des activités céréalières.

De nouveaux OFP se constituent : à Segré, en Mayenne, pour une plateforme de transport combiné dont les premiers trafics ont débuté en avril 2013. Un autre en Bourgogne, Feralliance, dans le bassin du Creusot a débuté autour du Creusot en octobre 2013.

Un exemple de l’efficacité des OFP : le délai de retour des wagons expédiés en Allemagne depuis l’aire d’action de TPCF est passé de 45 à 30 jours.

Une démarche à soutenir et à structurer

Parmi les acteurs au rôle grandissant, Eurorail, qui assure les prestations commerciales avec les clients des OFP, afin de compléter les métiers : aux OFP l’opérationnel du transport et à Eurorail la construction des offres aux différents clients.

Lancée voici moins de 10 ans, l’OFP reste encore au stade initiatique : la capacité de ces opérateurs à se structurer et à organiser leurs trafics est essentielle à la relance des dessertes capillaires. La coordination avec les opérateurs des grands corridors sera également primordiale, afin d’assurer au client une qualité de service du point de chargement au lieu de destination. L'appui des Régions, des Chambres de commerce et d'industrie et des Chambres d'Agriculture reste encore nécessaire pour soutenir cette relance des petites lignes. L'Etat devra aussi jouer son rôle via RFF pour éviter les logiques de couperet, et le gestionnaire d'infrastructures devra pouvoir être en capacité de développer son référentiel adapté de maintenance de ses lignes, tout en proposant la délégation de gestion courante de celles-ci. OFP et PGI semblent donc avoir destins liés.