Entre développement du TGV depuis plus de 30 ans et relance du TER depuis 1997, les liaisons classiques ont été lourdement destabilisées à défaut de trouver leur identité et leur modèle économique. Le matériel Corail avait constitué un progrès considérable mais c'était il y a 40 ans. Si le niveau de confort reste correct, le service à bord est aujourd'hui complètement désuet, décalé par rapport aux attentes de la population. Le modèle économique est quant à lui fortement bousculé par une concurrence routière revigorée par la libéralisation des liaisons routières d'une part, un niveau d'investissement élevé dans les toutes prochaines années, une mauvaise image du service du fait de prestations médiocres et d'une offre souvent peu adaptée aux besoins.

Une situation révélatrice de trois décennies de vision du service national au travers du seul prisme du TGV : or depuis le début des années 2010, un mouvement de reflux est très nettement perceptible du fait d'une diminution du consentement au prix pour bénéficier de la vitesse. Dit autrement, les clients du train ne sont plus près à payer à n'importe quel prix leur billet, et l'essor fulgurant du covoiturage couplé au développement des liaisons par autocar bouscule le rapport au prix.

La situation est particulièrement critique sur les trains de nuit, portés au pilori mais qui pourtant, quand on s'y intéresse de près, jouent un rôle souvent essentiel pour les territoires, notamment pour les activités touristiques, et sont capables d'optimiser le ratio entre le coût du séjour, sa durée, et les conditions de transport : essayez d'aller passer un week-end complet sur les bords de la Méditerranée, au pays basque ou dans les Alpes en TGV sans prendre au moins l'équivalent d'une journée de congés... Le train de nuit peut être une solution ferroviaire particulièrement attractive d'autant que la liaison nocturne se prête très bien aux principes du "low cost", notamment la concentration sur un nombre très réduit de relations. Reste que le service doit être revu de fond en comble : si le bogie des Corail offre un excellent roulement, l'aménagement intérieur est des plus réduits (même pas de prise 220V dans les compartiements), les bruits de roulement sont très moyennement filtrés par l'encadrement métallique des baies... et surtout, il ne faut pas oublier son casse-croûte ou de se restaurer avant d'embarquer, faute de quoi l'estomac de l'imprévoyant criera famine quand il ne maudira pas la SNCF.

transportrail est parti sillonner certaines de ces lignes et vous propose une série de reportages consacrés aux Intercités français.

D'autres dossiers suivront dans les prochains mois sur les différentes relations classiques de la SNCF.