Les liaisons à grande vitesse entre la France et l’Allemagne sont partagées entre la SNCF et la DB. La première engage des TGV Euroduplex série 4700 et la seconde des ICE3 « deuxième mouture » série 407. A l’occasion de parcours Paris – Francfort, transportrail a comparé le confort de voyage entre ces deux fleurons ferroviaires.

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Francfort sur le Main - 24 septembre 2016 - Une rame ICE série BR407, issue du Velaro D de Siemens, sous la verrière imposante de la gare de Francfort : ces rames ne sont pas cantonées qu'au trafic international. © transportrail

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Karlsruhe - 28 octobre 2016 - Les Euroduplex assurent les liaisons vers l'Allemagne depuis Paris vers Stuttgart, Munich et Francfort. Une occasion de comparer les prestations offertes par les deux fleurons ferroviaires européens. © transportrail

L’accueil

D’emblée, une comparaison difficile puisqu’on a affaire à une rame à un niveau côté allemand et à deux niveaux côté français. Deux marches à franchir dans les deux cas pour accéder à la plateforme, mais un avantage logique à l’ICE3 puisqu’ensuite, l’ensemble des espaces est de plain-pied. En outre, le dimensionnement des espaces d’accès est plus généreux dans l’ICE. Autre avantage du matériel allemand, la présence de deux portes par voiture : pour maîtriser les temps de stationnement, il s’agit d’un atout non négligeable.

Les espaces voyageurs

Les ambiances sont assez différentes. Elle est plus « enveloppante » dans le TGV, avec des sièges généreux et des couleurs agréables. L’éclairage est assez soigné, quelle que soit la classe. Dans l’ICE, certes, la première classe offre des sièges en cuir, mais l’ergonomie est moins réussie. On est notamment assis trop loin de la tablette (pour les sièges en file) et celle-ci est peu commode, en tous cas moins que celle du TGV, plus large et offrant une meilleure posture de travail. En outre, l’habillage du siège ICE est un peu sommaire, avec une fixation au sol nettement moins réussie que dans le matériel français. En seconde classe, velours dans les deux cas et une ergonomie assez proche, mais avec encore un léger avantage en faveur du TGV, notamment grâce au meilleur positionnement du couple siège – tablette.

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Salle haute en première classe dans un TGV Euroduplex : l'impression de confort dégagée par le choix des couleurs et le type de siège est assez remarquable. On note la bagagerie intermédiaire qui compense l'absence d'espace au-dessus des sièges, ne pouvant accueillir que des vêtements. © TGVrhinrhone

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En seconde classe et toujours en haut, l'aménagement du TGV Euroduplex propose divers aménagements, comme ici cet espace Familles avec tablette escamotable. © TGVrhinrhone

Dans les deux rames, les prises électriques sont prévues à toutes les places. Les poubelles de l’ICE sont nettement moins commodes, mais en revanche, les plateformes prévoient des bacs de tri : un choix « culturel ».

Dans l’ICE, des compartiments fermés de 6 places sont proposés en première comme en seconde classe. En revanche, contrairement à la première version de l’ICE3, la version « 2.0 » a perdu ses salles d’extrémité de rame derrière le poste de conduite.

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Intérieur de la seconde classe de l'ICE3 avec vue sur les bagageries d'entrée de voiture, qui s'ajoutent aux rangements disponibles au-dessus des sièges. Avantage d'une disposition à un seul niveau. © transportrail

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Autre vue de la seconde classe d'un ICE3 : on notera que la tablette sur les places en vis à vis est fixe, ce qui ne facilite pas l'accès aux places situées côté fenêtre. Un choix pour le moins déroutant... © transportrail

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En première classe , le revêtement en cuir ne peut cacher qu'il s'agit du même siège qu'en seconde classe. La tablette est rabattable mais l'ensemble manque quand même encore de confort : l'ICE3 marque le pas en terme de confort par rapport au TGV. © transportrail

L’autre différence réside dans la largeur disponible. Intrinsèquement, l’ICE3 offre 5 cm de plus que le TGV Euroduplex, mais à l’intérieur, le siège allemand étant plus étroit, l’impression d’espace en est d’autant plus confortée.

Bref, de ce point de vue, avantage au TGV.

Les bagages

Encore une comparaison biaisée : la formule à deux niveaux est pénalisée par une capacité plus réduite, par l’absence de bagageries au-dessus des places. On notera qu’en première classe, l’ICE propose même un vestiaire…

Les toilettes

Une différence de taille : dans l’ICE, le voyageur à l’envie plus ou moins pressante ne devra pas supporter l’odeur tenace du produit nettoyant universel de la SNCF, dont l’odeur « transpire » jusque dans les salles. L’espace est évidemment plus généreux dans l’ICE, la formule française à deux niveaux étant une fois de plus assez contraignante.

Le service à bord

Dans les ICE3 assurant les liaisons franco-allemandes, une voiture bar est proposée, comme dans les TGV Euroduplex. L'espace intérieur est un peu plus généreux. Dans les deux cas, une carte de plats chauds et froids est proposée pour une restauration debout (dans les deux rames) ou véritablement assise (dans l'ICE3). Plats plus traditionnels à bord du train allemand, mais des quantités un peu plus généreuses. La carte du TGV est renouvelée plus régulièrement et continue de monter en qualité.

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Diagramme de la voiture BordBistro de l'ICE3, proposant 12 places assises pour la consommation et plusieurs tables hautes pour la consommation en position debout. (source ICE-Fansite)

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L'écran intérieur de l'ICE3 indique régulièrement la vitesse du train : ici le conducteur est au trait puisque pour d'étranges raisons, le 25 septembre 2016, l'ICE 9554 a été retardé de 9 minutes en gare de Forbach pour "exercice de sécurité". L'arrivée sera néanmoins ponctuelle.© transportrail

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Nouveauté véritablement appréciable sur les TGV, l'annonce des correspondances, mais il manque encore l'affichage systématique de la voie de départ, puisque la conception horaire à la française ne systématise pas l'affectation des trains en gare. © transportrail

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Interieur de l'espace BordBistro d'un ICE3 dans une ambiance très boisée. © C. Franke

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Espace bar d'un TGV Euroduplex : une décoration plus lumineuse et une vision extérieure assez réussie pour passer le temps durant le voyage. Pas de véritable place assise, mais des petits strapontins pour une position semi-debout. © TGVrhinrhone

A noter tout de même que les ICE1 et ICE2, utilisés en trafic intérieur allemand et sur les liaisons avec la Suisse, disposent d'une véritable voiture restaurant avec service à la place sur de vraies tables, avec nappes et couverts. Il faut bien occuper les voyageurs sur des trajets qui dépassent régulièrement les 5 heures pour la traversée du pays.

Dans les deux rames, des écrans en salle renseignent les voyageurs sur le parcours et la vitesse atteinte. Les correspondances sont également indiquées, y compris à bord des TGV ce qui constitue une nouveauté attendue et appréciable. Avantage à la SNCF sur le contenu du message, plus rapidement lisible que celui de la DB.

Le comportement dynamique

Automotrice à motorisation répartie, l’ICE3 est un train plus nerveux au démarrage et surtout plus à l’aise dans les transitions de vitesse. La conduite allemande étant par nature plus incisive du fait de la densité du trafic mais aussi des nombreux chantiers en cours. Sur la LGV Est, la tenue de vitesse est à peu près comparable. Sur le même « haut de côte », les deux trains tiennent une vitesse de 289 km/h. Bref, deux bons bolides sur rails. La principale différence vue du voyageur entre le TGV et l’ICE3 réside probablement dans l’effet de souffle au croisement, très bien maîtrisé sur la rame allemande.

Conclusion

Comparer une architecture à deux niveaux et une architecture à un niveau est forcément sujet à discussion. Entre une ambiance très lumineuse et une autre un peu plus feutrée, ce sera à l’appréciation du voyageur.

Le TGV parvient à compenser une partie des inconvénients inhérents à la formule Duplex par un meilleur confort global de voyage. L’exiguïté des toilettes, la faible capacité pour les bagages et les temps d’échanges constituent néanmoins des points durs pour lesquels les progrès seront difficiles et consommateurs de capacité. Quant à l’ICE, la DB serait bien inspirée de changer de modèle de siège, franchement frustre pour incarner la référence ferroviaire allemande.