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1978 - Dix ans après la fermeture à l'exploitation régulière, le Vivarais avait déjà acquis une forte notoriété auprès des amateurs. Ici, la Mallet 404 est en tête d'une des compositions typiques du Mastrou. © J.H. Manara

Un réseau départemental typique

Long de 200 km, le réseau départemental du Vivarais comprenait 4 lignes à voie métrique entre Ardèche et Haute-Loire : de Lavoûte sur Loire vers Yssingeaux et Raucoules-Brossettes, de La Voulte sur Rhône au Cheylard, de Tournon à Lamastre et au Cheylard et de Dunières au Cheylard par Sainte Agrève. Déclaré d'utilité publique en 1886, il fut mis en service entre 1901 et 1903 et exploité par la Compagnie des Chemins de fer Départementaux. La ligne de Tournon à Lamastre avait son origine en gare PLM et empruntait sur 2,2 km la ligne de rive droite du Rhône grâce à un troisième rail.

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13 juillet 2014 dans la vallée du Doux : ce jour-là, le train était composé de 12 voitures et la locomotive s'époumona dans les longues rampes de la ligne, au point qu'il fallut faire un arrêt en pleine voie le temps de la faire remonter en pression. Le succès avait mis à rude épreuve le matériel durant plus de 40 ans. © transportrail

Connaissant un trafic voyageurs relativement conséquent du fait de la faible motorisation de cette région rurale, le Vivarais avait en outre l'avantage d'être très utilisé pour l'expédition des productions agricoles ardéchoises. Cependant, le vieillissement des installations ferroviaires et le développement du transport routier avec l'amélioration des aptitudes des camions et fourgonnettes, provoquaient le déclin de ces lignes. En 1952, la ligne d'Yssingeaux était fermée. Celle de Lamastre devait résister. Sa fermeture donnait lieu à une couverture médiatique alors assez conséquente, et à un afflux massif d'amateurs. Le 31 octobre 1968, les CFD abandonnaient l'exploitation mais dès l'année suivante, un groupe d'amateurs réussissait le tour de force de faire renaître la ligne sous forme de train touristique "dans son jus". En 1970, l'accès à Tournon était à nouveau possible après l'accord de la SNCF.

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Tournon - 13 juillet 2004 - L'ancien dépôt de Tournon  : rares sont les éléments qui permettent de dater cette photo prise dans un cadre qui semblait encore avoir échappé au temps... © transportrail

Le succès considérable du Mastrou

Trois ans plus tard, avec le succès rencontré, le Vivarais, exploité par le Chemin de Fer Touristique de Meyzieu (éphémère ligne en banlieue lyonnaise à voie de 0,60 m) rachetait le matériel roulant et l'infrastructure, gares comprises. D'avril à octobre, trains à vapeur et autorails étaient mis en circulation avec un succès tel que le Mastrou devint une destination touristique considérable pour le nord de l'Ardèche. Ils étaint 9200 en 1969 à venir sur la ligne et déjà 18000 un an plus tard. En moyenne, la fréquentation devait s'établir à 50 000 visiteurs par an dès 1974 et atteindre un pic de 69 000 en 2001.

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Lamastre - 1978 - Pour satisfaire tous les amateurs, on pouvait faire la montée à Lamastre en vapeur et redescendre à Tournon en autorail Billard, l'archétype de l'engin économique pour réseaux départementaux. © J.H. Manara

Malheureusement, le CFTM arriva aux limites de l'infrastructure et du matériel roulant, malgré l'abnégation et le dévouement des amateurs. A la tête de 135 véhicules, dont 11 locomotives à vapeur, 6 autorails, 5 locotracteurs, 3 draisines, 37 voitures de voyageurs, 6 fourgons, 79 wagons et 3 remorques pour autorails, dont une partie classés monuments historiques, le Mastrou nécessitait des investissements importants sur le matériel et l'infrastructure.

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Tournon - 13 juillet 2004 - En dépit de tout le soin apporté par les équipes du Vivarais, le succès du train touristique appelait d'importants investissements. La Mallet 403 était ce jour-là bichonnée et rutilante ! © transportrail

Le voyage effectué en 2004 montrait la fatigue du matériel dont les voitures avaient tendance à faire le parallélogramme, de la voie parfois dans un état très médiocre, et des locomotives qui peinaient sur la ligne au rude profil.

Passage de relais

En 2008, le Mastrou cessait son exploitation le temps de trouver de nouveaux financements. Venant de la Région, du Département, des intercommunalités mais aussi des entreprises privées Courriers Rhodaniens et Kléber Rossillon, un nouveau Train du Vivarais devait renaître après 13 M€ d'investissements. La gare de Tournon était abandonnée au profit d'une nouvelle installation construite sur l'ancien camping de Saint Jean de Muzols. Celle de Lamastre était entièrement rénovée. La priorité était donnée à la restauration d'un autorail Billard associé à une exploitation de vélo-rails. Puis en 2013, le train à vapeur a pu enfin à nouveau résonner dans la vallée du Doux. La Mallet 403 fut entièrement restaurée et des "baignoires" furent constituées en récupérant des wagons de marchandises suisses venant des chemins de fer Rhétiques. PArallèlement, la restauration de voitures "historiques" fut lancée afin de constituer des trains "d'époque" plus en phase avec les attentes des ferrovipathes avisés, les "baignoires" étant plus destinées à la clientèle familiale qui vient prendre l'air et montrer une locomotive à vapeur au petit dernier.

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Boucieu le Roi - 13 juillet 2004 - C'est l'heure de la pause : pour les voyageurs, découverte des produits locaux et prise d'eau pour la Mallet 414 qui emmène pas moins de 12 voitures et wagons ! © transportrail

La reprise du Vivarais ne fut pas sans mauvaise nouvelle avec l'incendie dans l'ancien dépôt de Tournon touchant 4 voitures historiques le 9 avril 2014. Mais l'essentiel est là : le Mastrou "nouvelle génération" a repris vie !

Le Mastrou en images

Sur le site de l'INA, deux reportages en couleurs sur les débuts du train touristique :

Sur Youtube :

Et puis, deux ouvrages incontournables aux éditions La Régordane :

  • Le réseau du Vivarais au temps des CFD, par Pascal Béjui, Christophe Etiévant et Vincent Piotti (2011)
  • Vivarais - Velay, les rails du renouveau, par François Collardeau et Pascal Béjui (2011)