L'Arc lémanique : enjeux démographiques et ferroviaires

L’arc lémanique compte 1,6 millions d’habitants et rassemble 600 000 emplois. De situation comparable au bassin zurichois, la part de marché des transports en commun reste encore faible sur l’arc lémanique, avec 30% contre 35%. Elle a néanmoins doublé en une décennie, puisqu’elle n’atteignait que 14% en 2000 : le trafic journalier est ainsi passé de 25 000 à 50 000 voyageurs par jour. L’explosion du trafic, notamment ferroviaire, met régulièrement la ligne Genève – Lausanne en limite capacité, en dépit d’une trame de desserte déjà considérablement fournie, en particulier depuis la mise en œuvre de Rail2000 en 2008. La régularité est médiocre, autour de 88% de trains avec un retard de moins de 3 minutes, ce qui alimente régulièrement la chronique des médias locaux et la construction horaire ne laisse que très peu de marge aux CFF pour gérer le moindre aléa.

La politique des transports définie par les cantons de Vaud et de Genève, avec l’Office Fédéral des Transports et les CFF est d’atteindre les 100 000 voyageurs en 2030, en lien avec les perspectives de croissance démographique du bassin, prévoyant 344 000 habitants supplémentaires à un horizon de 25 ans.

L’objectif fixé est le doublement de la capacité ferroviaire en places assises, en combinant l’arrivée de nouvelles rames à 2 niveaux sur les Intercity, les Interregio  et le RER avec l’augmentation de la capacité de l’infrastructure. L’arrivée des nouvelles rames Duplex Kiss de Stadler en décembre 2013, dans le cadre du nouvel horaire en Suisse Romande, a déjà permis de gagner 33% de capacité sur les dessertes RER. C’est un des enjeux de la votation du 9 février 2014 sur le Financement et l’Aménagement des Infrastructures Ferroviaires (FAIF).

Genève : une extension souterraine

Le doublement du trafic attendu sur l’arc lémanique implique l’augmentation de la capacité de la gare de Genève Cornavin, tant pour accueillir plus de trains que gérer les circulations de voyageurs. Les fonds prévus dans le FAIF prévoyaient une extension de la gare en surface, mais nécessitant de nombreuses acquisitions foncières pour élargir le faisceau ferroviaire. L’option souterraine a été étudiée au cours de l’année 2013 et a conclu à sa faisabilité d’ici 2025.

Dans un premier temps, une gare à 2 voies autour d’un quai central accueillera les trains dans le sens Lausanne – Genève Aéroport, dégageant suffisamment de capacité en surface pour assurer une offre au quart d’heure sur le RER Genève – La Plaine et préparer le passage à 12 trains par heure (4 IC + 4 IR + 4 RE) de l’axe lémanique, hors CEVA avec une cadence au quart d’heure sur Coppet – Genève – Annemasse.

Une deuxième phase symétrique à la première, pour le sens Genève Aéroport – Lausanne assurerait la stabilité du système de desserte à long terme. Néanmoins, le coût de la solution souterraine atteint 1,2 MM CHF contre 800M CHF pour la solution en surface, qui ne prenait toutefois pas en considération certaines fonctionnalités offertes par la gare souterraine (sauts de mouton de Châtelaine et Sécheron).

Genève – La Plaine - Bellegarde : un RER encore plus capacitaire

Effet de CEVA, l’exploitation du RER genevois sur l’axe Genève – La Plaine – Bellegarde impliquera l’emploi de rames à 2 niveaux en unité multiple, nécessitant l’allongement à 225 m des quais en gare sur le versant suisse de la ligne.

Voies supplémentaires entre Genève et Nyon

Sur le versant genevois, l’augmentation de la capacité de l’infrastructure entraînera également l’ajout de deux points de croisement entre Genève et Coppet, à Mies et Chambésy, sur la voie unique dédiée aux liaisons RER, afin de porter la cadence au quart d’heure. Le fret pourra aussi disposer d’un nouvel évitement à Fournex.

Une 4ème voie entre Renens et Lausanne

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Renens - 30 juillet 2013 - Une automotrice Flirt assure une liaison S3 en direction d'Allaman. Cette gare est également au coeur du projet Léman 2030 pour densifier la desserte RER autour de Lausanne. © J. Sivattz

Cette nouvelle voie permettra d’engager une trame de desserte au quart d’heure sur le RER vaudois. Elle sera réalisée entre 2014 et 2018, et traitera la gare de Renens en 2019. Un saut de mouton sera également érigé pour décroiser les différents flux et ainsi contribuer à l’augmentation du trafic par l’élimination des cisaillements entre les axes de Berne et du Simplon ainsi que de Genève et du pied du Jura.

Capacité accrue en gare de Lausanne

Léman 2030 accentue le rôle de carrefour de Lausanne et implique une augmentation de la capacité ferroviaire par une transformation majeure de la gare. Le projet implique l’allongement des quais à 420 m pour recevoir des trains de 400 m et ainsi accroître le nombre de places assises offertes, l’élargissement des quais à 10,5 m contre 7 m aujourd’hui pour fluidifier les mouvements de voyageurs, entraînant une reprise majeure du plan de voies et un découpage des travaux par paire de voies.

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Lausanne - 29 juin 2008 - Arrivée en provenance de Genève d'une rame de 11 voitures IC2000 tractées par une Re460. Ces compositions ont absorbé une grande partie de la hausse du trafic depuis le début des années 2000. © railsuisse.ch

Les voyageurs bénéficieront aussi de nouvelles circulations sous les voies par l’abandon du souterrain existant au profit de 2 passages de 17 à 19 m de large, soit le doublement de la largeur du passage actuel, intégrant l’accès au métro M2, à la future ligne M3, et à un nouveau bâtiment de la gare au sud des voies. Le parvis nord sera lui aussi reconfiguré pour intégrer l’arrivée du futur tramway lausannois. La capacité commerciale en gare passera de 2500 à 10000 m², contribuant à faire de la gare non pas un simple pôle d’échanges mais un véritable lieu de services.

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La gare de Lausanne et sa verrière qui surplombe ses 9 voies. Noeud majeur du réseau ferroviaire vaudois, elle est au coeur du projet de l'arc lémanique. © Ville de Lausanne

L’opération la plus insolite et la plus spectaculaire sera le rehaussement et la translation de la verrière : les 850 tonnes et 26 piliers de cet ensemble de 196 m de long et 44 m de large devront être relevés de 1,5 m.

A voir ce reportage sur le projet.

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Au-delà de 2030

De nouvelles perspectives sont déjà définies pour un horizon postérieur à Léman 2030 comprenant d’une part la création d’une troisième voie entre Allaman et Renens pour proposer une desserte systématique à la demi-heure sur le RER vaudois, et une nouvelle modification du nœud de Genève avec un raccordement entre les voies menant vers l’aéroport et la zone d’activités Zimeysa, facilitant l’accès à cette dernière. Par ailleurs, une nouvelle gare à Châtelaine reporterait la limite de desserte en cadence au quart d’heure, limitée pour l’instant à La Plaine, afin d’améliorer l’offre sur un secteur en fort développement urbain.

Enfin, le projet envisage à plus long terme le passage à 4 voies entre Gland et Rolle.

A voir différents films produits par les CFF pour illustrer le projet :