Une trame régionale relativement fournie

En 2020, la desserte du sillon alpin propose une trame de semaine reposant d'abord sur 11 allers-retours Annecy - Valence, 2 Genève - Valence et 4 Genève - Grenoble (dont l'un prolongé à Valence en fin de semaine). S'ajoutent des dessertes partielles : 2 Chambéry - Valence, 1 Annecy - Grenoble et 2 Grenoble - Valence.

La desserte omnibus comporte 10 allers-retours entre Annecy et Chambéry, 18 entre Chambéry et Grenoble et 16 Grenoble - Saint Marcellin, la plupart étant diamétralisés dans l'agglomération grenobloise, pour un accès direct à la gare de Gières.

L'exploitation fait largement appel aux TER2Nng qui se sont emparées de la quasi-totalité des dessertes sur ce corridor. Quelques rames réversibles de voitures Corail assurent l'appoint, mais l'avenir de ce parc est limité à court terme... encore que la succession ne soit pas encore totalement assurée.

La question de la capacité des trains est évidemment indissociable de celle de leur fréquence : malheureusement, la fréquentation est régulièrement supérieure à la capacité des rames, en particulier le vendredi et le dimanche avec les nombreux étudiants. Les TER2Nng ne sont pas réputées pour leur commodité dès qu'on voyage avec des bagages... et la présence d'AGC en unité simple le vendredi soir relève d'un manque de respect à l'usage des voyageurs...

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Valence TGV - 14 avril 2017 - Les rames Corail sont encore aujourd'hui les compositions les plus capacitaires - trop - rarement engagées sur l'axe. Une réflexion sur l'affectation du matériel roulant et l'évolution de l'offre semble incontournable afin de proposer des conditions de transport tout simplement dignes. © transportrail

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Gières - 9 novembre 2019 - La gare de Gières joue un rôle particulier avec l'accès au domaine universitaire par correspondance avec le tramway, ce qui élargit son influence bien au-delà de la métropole grenobloise. Sur ce cliché, au centre, une liaison Gières - Rives et à droite, une rame pour Saint Marcellin, sur deux missions à caractère périurbain du sillon alpin. © transportrail

L'accès à la Suisse progresse... lentement (du moins par le rail)

Le sillon alpin ne propose donc que 7 allers-retours avec Genève, dont 4 se limitent à la liaison Léman - Savoie - Dauphiné. En revanche, avec Léman Express, Annecy a gagné une liaison cadencée avec la Suisse, via Annemasse, plus consistante quoique de compétitivité limitée du fait du maillage autoroutier très dense en Haute Savoie qui place Annecy à une heure de Genève...

Or l'attractivité du pôle économique genevois est de plus en plus sensible sur la Savoie, en particulier sur le bassin Chambéry - Aix les Bains, et la réponse ferroviaire aux besoins de déplacement pourrait être encore améliorée.

TGV : un direct de temps en temps ou une correspondance systématique ?

Mettons de côté la desserte radiale depuis Paris vers Annecy et Grenoble, encore qu'il y ait quelques sujets à clarifier, entre l'érosion de la desserte sur l'autel de la généralisation des rames Duplex et le tracé des circulations Paris - Annecy soit via Saint André le Gaz, soit via Ambérieu.

La Région Rhône-Alpes avait ardemment milité pour la réalisation d'un raccordement entre le sillon alpin et la LGV Méditerranée au sud de la gare nouvelle de Valence TGV, pour une fois située à l'intersection avec une ligne ferroviaire préexistante. Objectif : proposer des liaisons directes depuis la Savoie vers l'arc méditerranéen. Un choix tout de même assez étrange étant donné la connexion TGV - TER pouvant proposer une grande variété de correspondances. Bilan, la SNCF a introduit un aller-retour hebdomadaire Annecy - Marseille, qui n'a circulé que de 2014 à 2018.

Pourtant, l'itinéraire avait jusqu'à des temps relativement récent accueilli des liaisons au long cours : il y eut évidemment le TEE Catalan Talgo Genève - Barcelone, assurément le fleuron du sillon alpin, mais aussi des relations nocturnes entre Saint Gervais, la Méditerranée et la côte basque (Saint Gervais - Hendaye). C'est le passé...

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Saint Marcellin - Août 1986 - Le Catalan Talgo fut le fleuron du sillon alpin, assurant une liaison directe TEE Genève - Barcelone. Une éphémère desserte TGV hebdomadaire Annecy - Marseille a existé mais n'a pas résisté bien longtemps à sa fréquentation anecdotique. © R. Cornu-Emieux

L'absence de liaison directe vers la basse vallée du Rhône

Aucun train du sillon alpin ne va au-delà de Valence... sauf le vendredi : le TER 17532 quitte Annecy à 15h44 pour Avignon (arrivée 20h21) en desservant 21 gares intermédiaires : Rumilly, Albens, Grésy sur Aix, Aix les Bains, Chambéry, Montmélian, Pontcharra, Gières, Grenoble, Moirans, Tullins, Saint Marcellin, Saint Hilaire, Romans, Valence TGV, Valence Ville, Livron, Montélimar, Pierrelatte, Bollène et Orange ! La qualité des correspondances à Valence est très inégale, variant de 15 à 45 minutes, ce qui rend l'usage du train assez dissuasif, alors que l'attractivité de Grenoble sur la basse vallée du Rhône n'est pas à négliger, ne serait-ce que parce que la Drôme dépend de l'académie de Grenoble avec un flux d'étudiants assez conséquent.

En outre, cette connexion pourrait améliorer l'accès au TGV en enrichissant l'offre vers Paris (au-delà des 3 AR Paris - Vallée du Rhône via la ligne classique à partir de Valence) mais aussi en facilitant l'accès aux liaisons province-province, sans avoir à remonter vers Lyon Part-Dieu avec des TER déjà fréquemment en suroccupation ! Le prolongement d'une partie des TER Grenoble - Valence vers Avignon TGV serait donc à examiner, avec l'avantage d'une double connexion aux gares TGV... puisque celle d'Avignon est aussi connectée au réseau classique. Ce sujet a été plus précisément développé dans le dossier de transportrail consacré à la desserte de la vallée du Rhône... ou comment définitivement enterrer le projet de gare nouvelle des nougats au sud de Montélimar !

Quelques perspectives

L'évolution de la desserte passerait donc d'abord par des ajustements dans la consistance pour atteindre un cadencement à l'heure entre Annecy et Valence. Le principe d'une desserte depuis Genève limitée à Grenoble n'est pas inintéressant, dès lors qu'existent de bonnes combinaisons via Lyon, potentiellement plus rapides pour rejoindre la vallée du Rhône et la Méditerranée. Un cadencement à l'heure en pointe et aux 2 heures en journée de la mission Genève - Grenoble viendrait donc parachever ce dispositif. La desserte omnibus est pour sa part en débat à horizon 2025, principalement dans le cadre d'études autour de Grenoble : la diamétralisation Chambéry - Saint Marcellin pourrait faciliter l'exploitation de la gare de Grenoble en lien avec le renforcement de cette desserte en visant une cadence à la demi-heure.

La desserte fine entre Annecy et Chambéry est également un sujet abordé dans le cadre de l'augmentation de capacité de la section à voie unique entre Aix les Bains et Annecy précédemment évoquée dans notre dossier.

La question en suspens est surtout celle du matériel roulant car les TER2Nng ne sont pas des plus commodes : a minima dans le cadre de leur future rénovation, il faudra revoir l'aménagement intérieur et probablement ôter quelques sièges pour augmenter la capacité des bagageries, notoirement insuffisantes actuellement. Mais avec alors moins 330 places, seront-elles suffisantes alors que leur occupation est déjà élevée en pointe ?

Le retrait des rames Corail pourrait ouvrir la voie à une révision de certaines affectations et il ne serait pas forcément illogique d'envisager une stratégie commune, quitte à rebrasser l'ensemble du parc. Une version Intervilles du Régio2N / Omneo Premium pourrait être examinée... mais on pourrait aussi penser à une déclinaison régionale du Confort 200 de CAF. Dans ce scénario, les TER2Nng seraient concentrées sur des dessertes de proximité où la question des bagageries est un peu moins prégnantes.

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Aix les Bains - 20 septembre 2020 - Une livrée de plus, la première depuis la fusion des Régions Auvergne et Rhône-Alpes : un bleu Schtroumpf arboré par les Z24500 qui perdent progressivement la livrée sombre livrée aubergine. La Z24535/6 assure une liaison Annecy - Valence. Matériel certes performant mais peu adapté. Quels seront les brassages opérés avec le remplacement des Corail ? © transportrail