« Si le niveau d’entretien du réseau routier national n’est pas réhaussé dans les dix ans qui viennent, la moitié des chaussées pourraient devenir impraticables, et un tiers des ponts menaceraient de s’écrouler » : c'est le directeur général des transports au ministère qui l'affirme, sur la base d'un audit réalisé - tiens donc - par l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. L'Etat a bloqué la parution de cet audit aussi cinglant que celui du réseau ferroviaire en 2005, mais annonce 1 MM€ d'investissements annuels sur 5 ans : finalement, le réseau routier se retrouve dans une situation très comparable au réseau ferroviaire mais une fois de plus, « pour le rail on réfléchit, pour la route, on élargit... ».

Le décret modifiant la vitesse maximale sur les routes secondaires à une voie par sens sans séparateur a été promulgué. Ce sera donc 80 km/h au lieu de 90 km/h. La mesure est justifiée par le gouvernement par l'impact sur la sécurité routière. La remise confidentielle de ce rapport confirme donc bien notre présupposé : la réduction de la vitesse est bien d'abord liée à la dégradation de l'état du réseau routier.

On entend des grands cris d'épouvante, on hurle à la stigmatisation et à l'enfermement des territoires ruraux. Non sans une pointe d'ironie de notre part, si on avait droit aux mêmes déclarations à chaque fois que SNCF Réseau installait un ralentissement sur le réseau ferroviaire, on ne s'entendrait plus...

Mais le gouvernement se retranche derrière l'argument de la mortalité routière pour cacher le sous-investissement chronique sur le réseau routier qui finalement souffre de maux comparables : un peu trop de développement et d'opérations d'affichage (qui un contournement, qui un lot de ronds-points, quelques autoroutes) mais moins d'opérations de fond (entretien et renouvellement). Rail et route sont pour une fois dans le même bain...