L'allusion à la Salsa du démon de la troupe du Splendid n'est pas de trop. Il faut bien prendre l'information avec une dose d'humour car trop c'est trop !

L'Elysée veut relancer le projet de LGV Poitiers - Limoges au nom de l'aménagement du territoire, afin de passer outre les différents avis de la Commission Mobilités 21, de la Cour des Comptes et du Conseil d'Etat qui avait annulé la Déclaration d'Utilité Publique signée par le Premier Ministre en janvier 2015. On croyait le projet enterré : eh bien non ! Avec ce gouvernement qui fait tout pour asphyxier le système ferroviaire français, qui est capable de se draper dans la vertu écologique et d'investir plus de 3 MM€ dans la relance des programmes autoroutiers (pour se limiter aux "faits d'armes" les plus récents).

Alors certes, l'Etat a annoncé cette semaine qu'il ne demanderait plus à SNCF Réseau de financer les nouvelles LGV. Mais est-ce pour autant une raison pour relancer un projet qui a été torpillé non seulement sur la forme mais aussi sur le fond ?

Le Président de la République justifie son propos par une démolition en règle des principes de la socio-économie : "ce n'est pas parce qu'un projet n'est pas rentable pour la collectivité qu'il ne faut pas le faire : c'est un enjeu d'aménagement du territoire".

Il faut une sacrée dose de cynisme pour oser prétendre relancer le projet pour des raisons d'aménagement du territoire alors que l'incurie de l'Etat en matière ferroviaire s'est traduite par l'accélération du risque de péril sur 9200 km de lignes parcourues par des trains de voyageurs (les lignes UIC 7 à 9). Comment justifier la LGV Poitiers - Limoges alors que le devenir du réseau ferroviaire en Limousin, hors axe Paris - Toulouse, n'est pas garanti ?

Et puisque l'Elysée veut appliquer le principe "là où l'aménagement du territoire au service de l'électoralisme passe, l'évaluation socio-économique trépasse", il faudrait peut-être commencer par l'appliquer sur les projets de renouvellement du réseau existant, pour lesquels l'Etat et SNCF Réseau se réfugient derrière cette analyse pour diminuer les financements aux lignes UIC 7 à 9 ! Avec le coût de la LGV Poitiers - Limoges, combien de centaines de kilomètres de lignes existantes sauvées ?

Faut-il évoquer les carences sur les travaux réalisés dans le cadre du CPER 2007-2013 sur ce même itinéraire, qui conduisent au risque de sévères ralentissements sur des zones où la voie a été récemment renouvelée ? L'Etat semble donc prêt à investir des centaines de millions d'euros pour une LGV alors qu'il n'est pas capable d'assurer la pérennité du réseau existant ! Qu'on ne vienne pas dire que c'est en réalisant la LGV qu'on pourra redynamiser le réseau classique alors que l'essence même du projet Poitiers - Limoges conduit à l'attrition de l'axe Paris - Orléans - Limoges : il était clairement mentionné dans l'analyse socio-économique du projet qu'il fallait limiter l'offre Intercités à 4 allers-retours Paris - Limoges. Une vraie politique de déménagement du territoire.

Alors stop ! Si les transports doivent devenir un instrument électoral pour les élections primaires puis l'élection présidentielle, il y a fort à parier que le système ferroviaire y laissera des plumes. Pas la meilleure stratégie alors que l'hiver approche...