L'aboutissement d'une modernisation par étapes

La création de services régionaux circulant à 200 km/h résulte un processus de modernisation de la ligne Strasbourg – Bâle engagé en 1957 avec l’électrification en 25 kV. Les différents essais menés dans le cadre du développement du TGV, dès la fin des années 1960, profitèrent d’un terrain assez favorable avec des circulations jusqu’à 265 km/h.

Pourtant, la ligne était encore à l’époque équipée en Block Manuel Alsace-Lorraine Unifié : l’automatisation de la signalisation fut réalisée par étapes entre 1976 et 1985, autorisant le relèvement de la vitesse de 140 à 160 km/h.

S’intéressant très tôt aux questions ferroviaires, avant même la régionalisation, la Région Alsace souhaitait attirer une autre clientèle dans ses trains que celle des traditionnels captifs, scolaires, étudiants, en misant sur le confort et la vitesse. Elle finança (à hauteur de 86 de 110 MF de l’époque) l’amélioration de l’infrastructure et envisager la circulation à 200 km/h entre Strasbourg et Mulhouse, à l’occasion de l’arrivée des nouvelles BB26000. Au programme : renforcement des installations électriques, suppression des passages à niveau, mise en place du contrôle de vitesse par balises, installations permanentes de contresens et modification de la signalisation pour intégrer la préannonce. Pour le matériel roulant, elle prit en charge la rénovation de 12 voitures Corail adaptées pour des compositions courtes de 4 voitures avec un anti-enrayeur par essieu.

Lancée en septembre 1991, la nouvelle desserte avec 6 allers-retours connue un succès immédiat grâce aux gains de temps, oscillant entre 10 et 20 minutes par rapport à l’ancienne offre.

Un succès considérable

Le premier TER200 était né. La Région Alsace dut rapidement lancer de nouvelles opérations de modernisation de voitures Corail en lien avec l’augmentation des fréquences et l’augmentation de capacité des trains. En 1998, 11 500 voyageurs par jour empruntaient les 12 allers-retours proposant un cadencement à l’heure.

En 2000, toujours grâce à des financements régionaux, la section Mulhouse - Saint Louis bénéficia d'un relèvement à 200 km/h, dont le bénéfice sur l'horaire est plus modeste compte tenu de sa faible longueur (1 min 30 gagnées).

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Strasbourg - juin 2002 - La 26142 sous la verrière de la gare de Strasbourg, en tête d'un TER200 pour Mulhouse composé de 5 voitures Corail dans leur livrée spécifique appliquée aux origines du TER200. © transportrail

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Saint Louis - 1er juin 2009 - Les compositions se sont allongées au fil du temps et peuvent allègrement dépasser les 10 voitures désormais, preuve du succès de la liaison. Pour faciliter l'exploitation, la Région Alsace a financé la transformation de voitures B6Du (seconde classe et fourgon) en B5uhx (seconde classe, espace accessible et réversibilité). Venant de Bâle, la rame arborant pour partie la livrée spécifique Alsace, est en direction de Strasbourg. © transportrail

Dix ans plus tard, après une première modernisation du parc, l’adaptation des BB26000 et l’acquisition de voitures-pilote, la réversibilité fut introduite pour supprimer les manœuvres au terminus. Le service fut encore amélioré, avec un cadencement à la demi-heure.

Le passage à des formations oscillant entre 8 et 12 voitures et désormais standardisées à 10 voitures nécessita une détente des horaires par rapport aux compositions initiales de 4 voitures. La pratique des 200 km/h est devenue plus brève sur ces dessertes desservant systématiquement Sélestat et Colmar, compte tenu de l’augmentation de la charge remorquée.

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Huttenheim - 17 septembre 2015 - Roulant évidemment à droite, cette rame réversible de 10 voitures file en direction de Bâle. Les BB26000 ne sont pas ménagées sur ce type de service pour laquelle elle n'avaient pas été prévues. © S. Faivre

Il faut aussi noter que la Région dut réglementer l’emport des vélos, interdits en heure de pointe, compte tenu de l’affluence et de l’impact sur les temps de stationnement, entre flux importants et accessibilité médiocre des trains.

Formule Corail jusqu’en 2030

La Région Grand Est a décidé en 2019 de prolonger la carrière des compositions actuelles jusqu’en 2030, au moyen d’une nouvelle rénovation des voitures, rejetant l’hypothèse d’acquisition de Régio2N qui, pourtant, seraient assez adaptés (dans la version Omneo Premium) à ce type de service. Une nouvelle livrée reprenant la marque Fluo de la Région sera appliqué : elle semble un peu plus fade que la précédente, associant gris métallisé, jaune et bleu, avec un contraste moins marqué.

Elle semble donc miser sur de futurs matériels, probablement dans le cadre d’un appel d’offres couplant l’exploitation des trains et le renouvellement de ce matériel roulant, qui circule également (mais à 160 km/h) sur Paris - Vallée de la Marne.