12 février 2021

Les danseuses ont quitté le réseau

Non, les petits rats de l'Opéra de Paris, fermé pour les raisons que l'on sait, n'ont pas décidé de faire des pointes sur le ballast. En langage cheminot, les danseuses, ce sont ces locomotives construites par Alsthom (avec un H à l'époque) de 1958 à 1974, donnant naissance aux séries 8500 (à courant continu), 16500 et 17000 (en 25 kV), 20200 (bifréquences 25 kV 50 Hz et 15 kV 16 2/3 Hz) et 25500 (bicourants). Leur dessin très simplifié, très parallélépipédique, n'en faisait pas un premier prix d'élégance ou d'aérodynamisme. En outre, leurs bogies à empattement court leur procurait un comportement dynamique prenant assez peu soin du dos des mécaniciens, qui ont fait preuve de modération en leur donnant ce surnom.

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Strasbourg - 15 mars 2019 - La BB25606, avec la caisse longue caractérisant les 8500 et 25500 de seconde série, a terminé sa carrière avec des RRR en Alsace. Sa livrée trahit son passé francilien, puisque ces machines de la banlieue Montparnasse avait été repeintes avec les VB2N dans les années 1990. © ortferroviaire

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Strasbourg - Juin 2001 - Les BB25500 ont succédé aux BB16500 qui, à l'époque, étaient associées à des rames inox type RIO. Un ensemble très parisien d'apparence, mais ici, les voyageurs avaient droit à des sièges individuels. L'illustration des débuts de la régionalisation avec les moyens disponibles en attendant les grands investissements sur le matériel roulant. © ortferroviaire

Au total, 752 locomotives ont été construites. Les BB16500, premières du genre, ont été livrées en 1958 et ont accompagné l'électrification en courant alternatif du nord-est du réseau. Les autres séries ont fait leur apparition en 1964-1965, tant pour remplacer d'anciennes locomotives électriques pionnières (notamment les BB Midi) que pour desservir les nouveaux axes électrifiées (notamment la Normandie). Aptes à 140 km/h, ces locomotives avaient été conçues d'abord pour la traction des trains de marchandises et pour assurer des omnibus et des express en service voyageurs. Cependant, leurs prestations en tête de grands trains ont été généralement limitées : du fait de leur vitesse maximale, les grands rapides n'étaient pas vraiment dans leurs roulements, sauf pour des besoins précis, comme par exemple sur la bosse de Vallorbe, où on put les voir en tête de trains de nuit pour la Suisse et l'Italie, voire sur le Lutetia, où leurs capacités de remorquage en rampe était tout de même appréciable à l'époque.

Ces locomotives étaient aussi très présentes en banlieue parisienne, où elles ont participé à l'élimination de la traction vapeur au Nord, à l'Est et à l'Ouest, que ce soit avec le matériel d'origine (voitures Nord-PLM, voitures Talbot, voitures Ouest à étage) qu'avec la série en acier inoxydable des RIB et RIO. Elles furent évidemment aussi associées aux VB2N dès leur arrivée en 1975.

Les BB Alsthom ont aussi profité, dès la fin des années 1970, des effets de l'implication des Régions dans le transport régional : Métrolor, Métrazur et Stélyrail puis la démarche Transport Collectif Régional en Nord Pas de Calais à compter de 1979 également avec des segments RIO, puis avec les VR2N. Par la suite, elles furent évidemment associées aux RRR livrées à partir de 1986, marquant l'essor du rôle des Régions, profitant d'un trafic fret qui avait déjà commencé à perdre de sa consistance.

L'arrivée des différentes générations de matériel TER à partir de 1997 a progresssivement rogné leurs prestations, dans un contexte de développement de l'offre, amenant à les utilliser encore à bon rythme, d'autant que leurs performances sur ces missions étaient tout de même honorables.

Mais toute chose a une fin et ces vaillantes locomotives ont quitté le réseau : les 6 dernières représentantes de cette famille, des BB25500, ont cessé leurs prestations courant janvier sur des TER Strasbourg - Sélestat encore confiés à des RRR.

Posté par ortferroviaire à 10:21 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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