31 octobre 2020

Fret ferroviaire français : nos dossiers complétés

Puisqu'il faut s'occuper, voici donc le moment de réviser notre série consacrée au fret ferroviaire, sujet qui a profité d'un coup de projecteur intéressant pendant le premier confinement. On ne sait pas ce qu'il en sera pour le deuxième (nous ne disons pas second, par prudence...) mais l'émergence d'une nouvelle dynamique associant la majorité des parties prenantes dans le projet Fret Ferroviaire Français du Futur (alias 4F) donne matière à actualiser et compléter nos articles, d'autant que l'Etat semble confirmer l'octroi sur les 2 ans à venir d'une enveloppe de 1 MM€ pour de premières actions profitant au fret ferroviaire dans le plan de relance, incluant la ristourne accordée jusque fin 2021 sur les péages.

Outre le menu en haut de page, vous retrouverez nos articles par les liens suivants


28 octobre 2020

Main-Spessart Bahn : là aussi, du fret au block !

Dans le sillage de la série de dossiers sur la vallée du Rhin côté allemand, revoici l'article, que nous avons mué en dossier, consacré à l'intense trafic fret entre Francfort et Würzburg sur la ligne Main-Spessart : transportrail va à nouveau vous occuper pendant cet automne qui s'annonce des plus réjouissants...

 

17 août 2020

Italie : relance des travaux sur Milan – Gênes

On espère que les travaux seront menés aussi rapidement que ne le furent ceux du nouveau viaduc autoroutier, mis en service 2 ans après l’effondrement tragique de l’ancien ouvrage. Le 21 juillet dernier, ont repris les chantiers de percement du tunnel ferroviaire entre Gênes et Novi Ligure, long de 27 km, sur la ligne nouvelle de 53 km Gênes – Tortona, maillon du projet d’amélioration de la relation Milan – Gênes. Les travaux, envisagés depuis 1991 mais seulement lancés en 2013, étaient interrompus depuis 2 ans et à ce jour, 37% du tunnel a été percé tandis que 40% du génie civil de cette infrastructure a été réalisé. Le contrat prévoit une livraison de la ligne en décembre 2022.

La première section ne comprend donc que 10 km à l’air libre, du fait de la traversée du massif des Appennins. Après Novi Ligure, la ligne se divise en 2 itinéraires. La première doit rejoindre Turin pour donner accès à l’itinéraire alpin du Simplon, avec un tunnel de 5km évitant Novi Ligure avant de rejoindre la ligne classique en direction d’Alessandria et de Turin. La seconde rejoint la ligne existante à hauteur de Tortona, avec un troisième tunnel de 7 km à Serravalle Scrivia.

ligne-nouvelle-milan-genes

Ces 53 km, parcourables à 250 km/h, contribueront à réduire le temps de parcours Milan – Gênes de 1h39 à 50 minutes, assurant également la liaison entre le réseau à grande vitesse en forme de T et l'axe littoral dont la modernisation - incluant des sections nouvelles en retrait de la côte - est toujours en cours. Ils seront équipés en ERTMS niveau 2. Le bénéfice ne sera pas limité aux dessertes voyageurs puisqu’il s’agit aussi évidemment dernier maillon du corridor européen de fret entre les ports de la mer du Nord (Rotterdam, Anvers, Zeebrugges) et Gênes via l’Allemagne et la Suisse. Tracée avec des rampes de 12,5 / 1000, la ligne pourra ainsi admettre des trains de marchandises, qui pourront aussi continuer à utiliser la ligne existante bénéficiant de la capacité libérée par le report sur l'infrastructure nouvelle des circulations rapides de voyageurs. 

On notera d'ailleurs qu'en combinant cette réalisation avec la construction d'une ligne nouvelle sur l'axe littoral, remplaçant la difficile ligne historique, une liaison type Eurocity Milan - Nice pourrait devenir très intéressante. Nous avions emprunté la ligne existante au cours de notre voyage en Thello de Milan à Nice.

27 juillet 2020

Fret : l'Etat annonce moins de péages

En visite sur le site de transport combiné de Bonneuil sur Marne, le Premier Ministre, accompagné de plusieurs ministres, a annoncé une mesure choc pour essayer de relancer le fret ferroviaire. Répondant à l'un des sujets développés par le groupement Fret Ferroviaire Français du Futur, il a ainsi révélé que l'Etat neutraliserait les péages pour l'ensemble des trains de marchandises en France jusqu'au 31 décembre 2020 et une réduction de 50% sur toute l'année 2021. Une aide de 126 M€ sur cette période, qui évidemment n'est pas pour déplaire aux chargeurs.

Toujours au chapitre des têtes d'affiche, M. Castex a évoqué de nouvelles autoroutes ferroviaires dans les prochains mois comme Cherbourg - Mouguerre, Calais - Sète, et Perpignan - Rungis. L'élu des Pyrénées Orientales en a profité pour annoncer le retour du train des primeurs, mais sans préciser selon quelles modalités. Le transport combiné devrait aussi bénéficier d'un nouvel élan.

Au-delà de ces annonces, deux questions principales subsistent :

  • la ristourne, conséquente, des péages jusque fin 2021 suppose donc que l'Etat compense le manque de recettes généré pour SNCF Réseau ;
  • supprimer ou réduire fortement le niveau de ces péages ne change malheureusement pas grand chose au principal problème du fret ferroviaire en France : le nombre et la qualité des sillons.

Le premier point devra trouver une issue directe dans le nouveau contrat entre l'Etat et SNCF Réseau, remplaçant l'actuel contrat de (non-)performance datant de 2017. Le second point est un peu plus complexe car il vient se heurter au maillage insuffisant du réseau, au manque d'itinéraires alternatifs, à l'équipement insuffisant des axes principaux (où l'IPCS est rare et la banalisation miraculeuse), mais aussi à la logique financière appliquée à l'excès qui se répercute sur la façon de faire des travaux avec des fenêtres longues, prenant de plus en plus souvent les 2 voies, et pas toujours correctement alignées sur les principaux corridors.

Bref, entre l'intention - louable - et la mise en oeuvre, le chemin - de fer, évidemment - est encore parsemé de verrous à débloquer !

29 juin 2020

4F présente son plan pour développer le fret ferroviaire

4F, c'est Fret Ferroviaire Français du Futur. Les opérateurs ont engagé cette démarche dans l'objectif de formuler des propositions et exposer les meures qu'ils étaient en capacité d'engager pour doubler la part de marché du fret ferroviaire en 2030.

210717_26221fain-les-montbard5

Fain les Montbard - 21 juillet 2017 - L'axe PLM entre Paris et Dijon a perdu de sa superbe et le fret en journée s'y est fait assez rare. La BB26221 tracte un convoi de transport combiné en direction de Dijon.. rompant avec une certaine lassitude du photographe entre deux trains... © E. Fouvreaux

On notera non sans malice qu'à la fin des années 1990, l'Etat avait déjà cette ambition de doublement - on parlait à l'époque du tonnage transporté - mais si le facteur 2 a bien été appliqué, ce n'est pas à la hausse mais à la baisse qu'il s'est produit !

Tous dans le même train ?

Néanmoins, la singularité de 4F est d'abord de réunir tous les acteurs français : on y trouve les principales entreprises de transport ferrovaire (Fret SNCF, DB Euro Cargo Rail, VFLI, Europorte, Lineas, RegioRail, Millet Rail), les opérateurs du transport combiné (Novatrans, Naviland Cargo, T3M, Froidcombi), VIIA (opérateur d'autoroutes ferroviaires), le comissionnaire Forwardis, l'association Objectif OFP, l'AFRA, le GNTC, l'Association Française des Détenteurs de Wagons, la Fédération des Industries Ferroviaires, l'Union des Transports Publics et Ferroviaires, le Syndicat des Entreprises de Travaux de Voies Ferrées de France, l'Association française des Gestionnaires d'Infrastructures Ferroviaires Indépendants et le Comité pour la Translapine. SNCF Réseau coopère aux travaux de 4F.

111019_G2000-1616les-bouchouleurs-fret-hourcade-pallice_brisou

Les Bouchouleurs - 11 octobre 2019 - Le fret, ce ne sont pas que des trains au long cours traversant le pays. Cette G1206 vient du port de La Rochelle et se dirige vers Bordeaux en complémentarité avec la voie maritime (et non ce petit canal bucolique au premier plan !). © F. Brisou

4F met donc en avant la capacité de la filière industrielle à concrétiser ce doublement du fret ferroviaire mais pointe également les attentes formulées à l'égard de l'Etat et de SNCF Réseau.

En préliminaire, 4F rappelle que les coûts externes des transports en Europe s'élèvent à 1000 MM€ par an, affectés à 49% à la santé, 28% à l'environnement et 23% à la qualité de vie. Entre 20 et 30% de ces coûts externes sont attribués au transport de marchandises, et donc d'abord au transport routier dont les externalités sont 3 à 4 fois supérieures au train.

2010-06-10 16h17 Hausbergen PK496,0 (40380 Orbassano-Ronet, locos 1323+1326)

Hausbergen - 10 juin 2010 - Encore du combiné, clairement européen avec ici la rocade Nord-Est dans le noeud strasbourgeois et ces BB1300 belges qui remontent en direction du plat pays. © J.J. Socrate

4F souligne qu'en France, l'investissement ferroviaire d'abord porté sur le développement a eu pour conséquence de générer une double peine pour le fret : un réseau classique moins performant et un rattrapage du retard qui se traduit par de fortes contraintes de capacité et une médiocre qualité des sillons. En s'appuyant sur les quelques orientations sur le transport ferroviaire de la Convention citoyenne pour le Climat sur le rééquilibrage rail / route / fluvial, 4F appelle à un changement de cap rapide et radical pour que la France rattrape progressivement l'écart avec ses voisins européens. Rail Freight Forward, la coalition des acteurs européens pour le fret, propose un objectif de 30% de marchandises transportées par la voie ferrée en 2030.

L'analyse développée met aussi en avant l'impact de l'atonie du fret sur la dynamique industrielle du secteur ferroviaire et son effet d'entraînement sur d'autres secteurs, et les mesures parfois tranchées de certains Etats pour réorienter les flux vers le rail : ce sont évidemment les taxes augmentées en Autriche en fonction du tonnage et des émissions, avec en face un développement des autoroutes ferroviaires, mais aussi l'incitation par la baisse des péages en Allemagne et aux Pays-Bas, compensée par l'Etat auprès des gestionnaires d'infrastructure, au nom de la politique de report modal et de la réduction des coûts externes.

040513_27012donzere

Donzère - 4 mai 2013 - L'autoroute ferroviaire alterne entre la rive gauche et la rive droite du Rhône au sud de Lyon. La voici en rive gauche, traversant la gare de Donzère (voilà qui change des traditionnels clichés au bord du Rhône...) C'est aussi une brique de la réponse de 4F pour renforcer la compétitivité du fret ferrovaire, mais ce n'est pas la seule solution. © transportrail

10 objectifs et 30 actions

Les 10 objectifs de 4F sont :

  • améliorer l'attractivité des solutions ferroviaires par de nouveaux services numériques aux clients d'information et de suivi des prestations ;
  • développer de nouvelles stratégies commerciales plus fiables et plus flexibles, mais aussi plus éco-responsables ;
  • baisser les coûts de production par des gains de productivité (par exemple éviter les retours à vide) et dans certains cas un soutien financier de l'Etat ;
  • moderniser les moyens de production et accélérer la décarbonation de la traction ;
  • engager des programmes de recherche pour développer de nouvelles solutions intermodales à meilleur coût et moderniser le train de fret (couplage automatique et digital) ;
  • le renouvellement du réseau ferroviaire et des augmentations de capacité des lignes, en veillant à l'équilibre entre l'intensification nécessaire des travaux et la préservation des conditions de circulation ;
  • l'adaptation de l'infrastructure aux nouveaux standards logistiques, notamment le gabarit P400 des conteneurs maritimes, mais aussi l'allongement des trains : adopter en Europe un standard minimal de 750 m, développer le réseau français à 850 m sur les grands axes, étudier les convois à 1500 voire 1700 m sur les axes stratégiques (vieille antienne difficlement concrétisable)... et adapter les installations de traction électrique ;
  • la modernisation des terminaux ferroviaires et peut-être un élargissement des compétences régionales (avec évidemment des ressources adaptées) ;
  • une planification des travaux et une gestion de la capacité ferroviaire non plus par tronçon mais par grand corridor

L'alliance 4F appelle donc l'Etat à revoir significativement à la hausse les moyens alloués à SNCF Réseau pour renouveler et moderniser le réseau ferroviaire, d'autant que l'effet d'entraînement sur l'ensemble de la filière industrielle française est important, en prenant pour comparaison la LGV SEA : 1 emploi direct représente 1,96 € de production et 1 emploi indirect + 0,44 emplois induit localement.

Ces 10 objectifs déclinés en 30 actions ont été chiffrées financièrement en indiquant lesquelles étaient du ressort des opérateurs, des gestionnaires d'infrastructure et de l'Etat.


28 juin 2020

Le come-back des TEE ?

L'Allemagne prend le 1er juillet la présidence du Conseil européen pour 6 mois. Parmi les dossiers sur le dessus de la pile : les transports et la mobilité durable des marchandises et des voyageurs !

Il devrait être question d'améliorer la circulation des marchandises dans l'espace européen en accompagnant un mouvement -très ! - progressif de réimplantation de productions stratégiques (du moins semble-t-il question d'essayer), et d'accélérer le report modal à la fois en s'attaquant au délicat dossier de l'eurovignette mais aussi par une politique d'investissement et de services.

L'Allemagne semble vouloir mettre en tête d'affiche une nouvelle étape de l'interconnexion des réseaux à grande vitesse en Europe et actualiser l'un des éléments phares de la construction européenne en 1957 : les Trans Europ Express. L'objectif est de rendre le train plus attractif pour les voyageurs dans un modèle économique viable pour les opérateurs. Pour y parvenir, une coopération encore renforcée entre les opérateurs pour coordoner les services et proposer de nouvelles liaisons transfrontalières, une plateforme de réservation indépendante des opérateurs (s'il est facile d'avoir les horaires entre Auray et Quiberon sur le site de la DB, avoir les horaires entre Freiburg et Titisee sur le site de la SNCF est bien plus difficile...).

Au chapitre des intentions qu'il sera difficile de concrétiser à court ou moyen terme, l'instauration d'un horaire cadencé européen est esquissée... ce qui promet quelques sueurs froides avec certains Etats (pourquoi pense-t-on en premier lieu aux pays latins, dont la France ?)... et le retour en grâce des trains de nuit (du fait des résultats insolents des Nightjet autrichiens).

Sur le papier, tout ceci va plutôt dans le bon sens et semble afficher une ambition prometteuse (surtout pour un conservateur bavarois...) mais on peut compter sur le fonctionnement chaotique des institutions européennes pour la rendre encore plus complexe qu'elle n'est techniquement. On peut assi s'interroger sur l'organisation pratique d'une renaissance des TEE dans le cadre de l'ouverture à la concurrence. Il faudrait soit un bon chef d'orchestre (oui mais lequel ?) entre les différents opérateurs ou alors envisager une structure commune les réunissant...

Mais l'idée mérite d'être portée, surtout si elle est empreinte de pragmatisme...

04 juin 2020

Les opérateurs du fret organisent leur lobbying

Les acteurs du fret ferroviaire français organisent leur lobbying et mettent - au moins temporairement et en façade - en sourdine leur compétition et parfois leurs critiques pour intensifier le lobbying auprès du gouvernement français et de l'Union Européenne en faveur du transport de marchandises par voie ferrée. Le groupement 4F, en quelque sorte la déclinaison de Rail Freight Forward à l'échelle européenne, a été constitué en mars dernier : il regroupe la SNCF et l'AFRA, l'Association Française du Rail constituée des différents opérateurs privés de fret (y compris VFLI, filiale du groupe SNCF)

4F s'appuie sur le souhait de l'Europe de porter la part de marché du rail à 30% dans le domaine des marchandises, contre 18% aujourd'hui (9% même en France) et réclame notamment un rééquilibrage de la concurrence avec la route, une amélioration des conditions d'utilisation du réseau avec un peu plus de flexibilité (tous les marchés ne se planifiant pas 2 ans à l'avance) et surtout une performance accrue, et bien entendu des progrès dans la relation entre les gestionnaires d'infrastructures, les opérateurs et les clients finaux avec en fil d'Ariane la digitalisation des outils.

Les acteurs du transport combiné essaient de profiter du regain d'intérêt envers le fret, qui a été sous le feu des caméras pendant la période de confinement. Durant ces 3 derniers mois, environ 65% des circulations ont pu être effectuées par rapport au programme initial, révisé à la baisse par la chute de la demande de certains clients. Le maillage des installations multimodales est encore perfectible mais les opérateurs essaient de tirer leur épingle du jeu par la flexibilité de cette solution et évidemment la trajectoire des objectifs environnementaux du transport de marchandises. Evidemment, le positionnement de l'Etat est attendu sur le devenir du soutien au transport ferroviaire de marchandises, tant par un programme d'investissement sur les infrastructures qu'un soutien aux acteurs avec la pérennisation de l'aide au coup de pince.

190719_26217uchizy1

Uchizy - 19 juillet 2019 - Le fret cherche à sortir de l'ombre. Le transport combiné espère un nouveau souffle. Les opérateurs semblent vouloir d'abord miser sur ce qui les réunit (le développement du mode ferroviaire). Ici, la BB26217 de la SNCF descend un train majoritairement composé de citernes adaptée au transport multimodal sur l'axe PLM. © E. Fouvreaux

L'un des freins du transport combiné, outre la traditionnelle question récurrente de la qualité et de la quantité de sillons, c'est l'appréhension des transporteurs face à la perte de la maîtrise de la logistique du point A au point B. Elle diminuera avec l'augmentation du maillage territorial en installations multimodales, la réactivation d'installations existantes non utilisées, l'amélioration de la qualité de service et de la consistance des offres ferroviaires. Ainsi par exemple, à Miramas une extension du chantier combiné va être mise en service en 2022, représentant un investissement de 23 M€, pour quasiment doubler sa capacité et viser les 100 000 caisses traitées par an.

Si le transport combiné semble vouloir tirer son épingle du jeu, nul doute que les opérateurs des autoroutes ferroviaires voudront aussi profiter de ce contexte : les services sont plus complémentaires que concurrents, car ils ne ciblent pas totalement les mêmes besoins et le maillage des installations d'embarquement des camions sur les trains restent encore limitées. L'autoroute ferroviaire peut être un bon moyen d'amener progressivement les transporteurs routiers vers une solution ferroviaire, notamment sur les longs parcours et pour franchir des obstacles naturels. Outre l'intensification des services existants, il faudra probablement accélérer le processus de création de nouveaux services sur l'axe Atlantique, ce qui fait aujourd'hui défaut.

200416_27030barisey-la-cote_rchodkowki

Barisey la Côte - 20 avril 2016 - Cet UM de BB27000 remonte un long train bien rempli de l'autoroute ferroviaire entre Le Boulou et Bettembourg composé de wagons Modalohr. Outre certaines difficultés techniques liés au gabarit admissible sur certaines lignes, la focalisation sur la seule solution développée par Lohr semble freiner l'essor de cette offre qui répond à certains besoins logistiques. © R. Chodkowski

Le fret ne se résume pas à ces deux options : les marchés plus traditionnels sont également très demandeurs d'améliorations. C'est en particulier le cas de cette moitié du tonnage actuellement transporté par voie ferrée qui a pour origine et/ou destination une ligne de ces lignes de desserte fine, qu'elles accueillent ou non des circulations voyageurs : la remise en état de ces lignes est indispensable pour ces activités locales qui tissent une maille industrielle locale. On pense aux eaux minérales, aux céréales, à certaines activités sidérurgiques ou chimiques...

Le lobbying doit mener plusieurs fronts en parallèle : des investissements sur le réseau ferroviare pour le moderniser, un soutien fort à la filère (au titre du moindre impact environnemental), des sillons plus nombreux (ce qui est au moins temporairement contradictoire avec de nouveaux travaux), de meilleur qualité et plus commodes à réserver, une tarification soutenable, une concurrence plus équitable vis-à-vis de la route, une coordination à plusieurs Etats car le fret franchit souvent les frontières... La tâche est assez considérable !

240520_6001varennes-les-macon

Varennes lès Mâcon - 24 mai 2020 - Elle est pour l'instant unique mais elle ne passe pas inaperçue : l'Eurodual 6001 de VFLI est la première machine bimode de grande puissance circulant en France, tractant ici un train d'eaux minérales entre Vittel et Arles. Un client habituel du rail qui a souvent besoin d'une petite ligne non électrifiée pour assurer ses acheminements. C'est ici le cas entre Vittel et Merrey. (cliché X)

071117_60083verdun-sur-le-doubs_grandclement

Verdun sur le Doubs - 7 novembre 2017 - Les feuilles mortes ne tiennent évidemment pas la voie mais on cherche le ballast, d'où la vitesse des plus réduites de ce train, illustrant le rôle de ces lignes presque oubliées (pas de ceux qui en ont besoin !) de la politique ferroviaire. © B. Grandclément

28 novembre 2018

A propos du camion électrique

Ce serait une des grandes innovations, une révolution pour le transport de marchandises à en croire ses promoteurs. Depuis deux ans, à l'initiative du constructeur de poids lourds Scania, un tronçon de 2 km d'une autoroute suédoise est équipée d'une caténaire sur la voie de droite, comprenant deux fils de contacts parallèles, utilisés par des camions bimodes dotés d'un moteur thermique de 360 chevaux, d'un moteur électrique de 130 kW et de batteries lithium-ion développant 5 kWh pour une autonomie de 3 km. La tension d'alimentation est de 700 V. 

route-electrique-camion

Loin d'être un projet mûr, il s'agit donc d'une courte expérimentation qui pose beaucoup de questions sur :

  • la montée / descente du pantographe et la prévention des risques d'arrachage de la caténaire ou de retournement du pantographe ;
  • la gestion de l'usure de l'archet : la caténaire doit être implantée en Z de sorte à répartir l'usure du fil ;
  • l'efficacité intrinsèque du fait du roulement sur pneumatiques à forte adhérence et donc forte consommation (et faible rendement énergétique) ;
  • les modalités d'alimentation électrique : où implanter les sous-stations, le contrôle-commande de l'alimentation ?

La suite d'un tel projet est cependant promise à un grand avenir dont on peut d'ores et déjà esquisser les étapes :

  • création d'un dispositif de couplage des camions entre eux pour réduire les coûts d'exploitation en s'affranchissant d'un grand nombre de conducteurs ;
  • retrait des pneumatiques sur les véhicules pour améliorer le rendement énergétique, moyennant la pose de barres métalliques sur la chaussée ;
  • regroupement des équipements de traction pour réduire le coût de possesion des ensembles.

Il paraît que cela s'appelle le chemin de fer : transport combiné ou autoroute ferroviaire selon les cas...

14 novembre 2018

En 2017, un fret toujours aussi atone

Cette semaine, l'Allemagne et la France ont publié leurs résultats de trafic de marchandises par le rail pour l'année 2017. Le contraste est saisissant entre les deux pays. On le sait depuis des lustres, mais l'écart continue, lentement mais sûrement de se creuser.

010818_27059donzere1

Donzère - 1er août 2018 - La 27059 remonte la vallée du Rhône par la rive gauche avec un convoi diffus. Les trains de marchandises restent quand même rares, même sur ce grand axe européen stratégique. Et pourtant, le mur de camions est bien une réalité sur l'autoroute A7... © E. Fouvreaux

En France, le trafic fret, tous opérateurs confondus, atteint 33 milliards de tonnes-km. En Allemagne, prenez ce chiffre et multipliez-le par 4... ou presque, puisque le réseau allemand a vu transiter 129 milliards de tonnes-km.

Plusieurs raisons continuent d'expliquer cet écart. D'abord, la situation industrielle des deux pays, puis la position centrale de l'Allemagne sur le courant entre les ports italiens et ceux de la mer du Nord et ensuite l'état de l'exploitation ferroviaire : malgré un taux d'usage nettement supérieur, le réseau allemand est nettement plus disponible... sauf évidemment lorsque surviennent des incidents comme celui de Rastatt, dont ont constate qu'il n'a pas modifié la trajectoire d'évolution de l'usage du rail. En France, la question de la qualité et de la quantité des sillons reste toujours la première des critiques des opérateurs, en particuliers des opérateurs privés.

En 2018, le contexte social du premier semestre en France devrait peser sur les résultats de trafic, alors qu'on a pu constater un léger frémissement, notamment dans le secteur du transport combiné, en raison de la croissance économique dans les pays d'Europe centrale, où les chauffeurs de poids-lourds deviennent une ressource plus rare, donc plus prisée sur des parcours de plus courte distance et par conséquent moins disponibles pour les longs parcours trans-européens.

Notre dossier sur le fret ferroviaire en France.

Posté par ortferroviaire à 09:11 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags :
05 octobre 2015

Fret : une lueur d'espoir

6% : c'est la hausse du trafic au premier semestre 2015 par rapport à la même période en 2014. 6%, c'est un bon résultat, quoique l'année 2014 ait été des plus mauvaises pour le transport de marchandises par rail. Plus que le chiffre, c'est le signal donné qu'il faut retenir car entre 2003 et 2013, le bilan est nettement moins glorieux avec une diminution de moitié des tonnages transportés !

Au cours de la conférence sur la relance du fret ferroviaire, le Secrétaire d'Etat aux Transports a cependant dû aussi mettre sur la table la question de l'évolution des péages du fait de la fin de la compensation par l'Etat entre le tarif acquitté par les chargeurs et le coût réel des circulations. En effet, les règles européennes imposent au fret de couvrir les coûts marginaux liés à chaque circulation supplémentaire. Ainsi, la hausse sera de 6,2% en 2016 et de 2,4% en 2017. Au-delà, le gouvernement demande à SNCF Réseau d'assortir ses hausses de redevance à un programme de mise en qualité des sillons, sujet de crispation récurrent. Surtout, une commission sera chargée de définir de façon indépendante les critères d'amélioration de ces sillons, ce qui n'est pas le moindre des défis du fait de la multiplication des travaux d'une part et du maintien d'une dynamique régressive sur le réseau avec l'application de ralentissements et les menaces persistantes sur plusieurs milliers de kilomètres du réseau national, y compris de lignes parcourues par des trains de voyageurs.

En réponse aux demandes récurrentes des chargeurs, Alain Vidalies a dû se référer à quelques exemples de programme de modernisation de lignes capillaires pour démontrer l'intérêt du gouvernement sur ces lignes (qui génèrent 20% des tonnages transportés en France) mais aussi pour inciter Régions et chargeurs à investir sur ces lignes, reposant mécaniquement la question du caractère national de ces infrastructures. Après deux rénovations en Région Centre (du côté de Châteauroux et de Bourges), une troisième opération sera prochainement réalisée entre Blois et Villefrancoeur (3,2 M€) et une quatrième entre Vendôme et Montoire (4 M€). En Aquitaine, un premier chantier sera lancée entre La Gorp et le Bec d'Ambès pour près de 20 M€, et deux autres en Lorraine entre Neufchâteau et Gironcourt ainsi qu'entre Verdun et Dugny.

Posté par ortferroviaire à 17:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,