20 janvier 2020

Bade-Wurtemberg : un modèle précurseur pour l'achat des trains régionaux ?

Concurrence et transfert de la gestion du matériel roulant

Si ce n'est pas le seul à opérer de la sorte, du moins est-ce le plus voyant... et pas seulement par le jaune vif de la livrée régionale : le Land du Bade-Wurtemberg a créé une structure destinée au portage des acquisitions de matériel roulant régional, qui est ensuite mis à disposition des opérateurs une fois désignés après appel d'offres. L'objectif du Land est de maîtriser le coût des contrats de service public, en internalisant une prestation qui serait facturée dans le cadre des appels d'offres, en bénéficiant de la fiscalité d'une structure publique régionale, mais aussi par un groupement de commandes qui permet de négocier les marchés avec les constructeurs.

L'expression de besoins est donc partagée avec les opérateurs mais le pilotage des acquisitions est assuré par la SFBW, Landesanstalt Schienenfahrzeuge Baden-Württemberg, une société publique régionale de matériel ferroviaire, qui les met ensuite à disposition des opérateurs pour la durée du contrat. Juridiquement, ces rames sont louées par la SFBW à l'opérateur et l'amortissement du matériel roulant est supporté directement par cette structure, plutôt que d'être pris en charge par l'opérateur et refacturé au Land par le biais du contrat de service public. Concernant la maintenance, elle peut être assurée soit par l'opérateur, soit par le constructeur, selon la nature des contrats passés avec ces derniers.

Ainsi, ces derniers jours, la SFBW a notifié à Alstom une commande de 19 rames électriques Coradia Continental, en formation tricaisse, pour les besoins de DB Regio autour de Karlsuhe. Un marché de 120 M€, soit 6,3 M€ par rame de 220 places. Elle projette aussi l'acquisition d'environ 200 rames électriques à un niveau, dont une tranche ferme de 100 à 120 rames, à l'horizon 2025, pour les besoins autour de Stuttgart, en lien avec la réalisation de Stuttgart 21.

France : vers une démarche comparable ?

En comparaison avec la France, où les Régions financent un matériel qui aujourd'hui est propriété de SNCF Mobilités, le Land du Bade-Wurtemberg prend en charge la gestion de sa flotte dans la durée, qui est supérieure à celle des contrats d'exploitation. La LOM, désormais adoptée, prévoit le transfert de la propriété du parc aux Régions, mais elles sont pour l'instant toujours dans la logique d'acqusition des trains via SNCF Mobilités, avec les contrats-cadres actuels, tels ceux du Régiolis et du Régio2N.

De facto, le schéma français actuel semble en fin de vie du fait de l'ouverture à la concurrence et appelle une nouvelle page dans l'histoire du transport régional. Elle pourrait concerner SNCF Mobilités, car aujourd'hui, l'ingénierie du matériel roulant en son sein occupe une place stratégique, mais SNCF Mobilités, un opérateur parmi d'autres, ne peut être juge et partie dans un schéma ouvert. Les Régions devront inéluctablement monter en puissance sur ce sujet, soit de façon isolée, mais avec le risque de marchés cloisonnés de faible volume, soit avec une mutualisation nationale pour garder les avantages de principe des actuels contrats. Dans le domaine du transport urbain, une première démarche similaire a abouti en 2011 à la création de la Centrale d'Achat du Transport Public, principalement pour les autobus et les autocars, à l'initiative d'Agir, l'Association pour la Gestion Indépendante des Réseaux de transport public.

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26 novembre 2018

Allemagne : la NBS Wendlingen - Ulm à mi-parcours

Si le projet Stuttgart 21 continue de défrayer la chronique en raison de la dérive de ses coûts et des critiques toujours persistantes, le projet de ligne nouvelle Wendlingen - Ulm est à mi-parcours. L’itinéraire entre Francfort et Munich est caractérisé par la rudesse de son profil de moyenne montagne. Les 94 km entre Stuttgart et Ulm sont abattus en 55 minutes par les meilleurs trains, pénalisés par une section limitée à seulement 70 km/h.

Ainsi, la création d’une ligne nouvelle (Neubaustrecke) apte à 250 km/h sur 59,6 km devrait réduire le temps de parcours Stuttgart – Ulm à 28 minutes pour les trains à grande vitesse (ICE et TGV Paris – Munich) et à 42 minutes pour les Intercity plafonnant à 200 km/h. Singularité de cette NBS, la moitié du tracé sera établie en tunnel. La ligne comprendra tout de même des rampes de 25/1000 limitant l’accès aux trains de fret d’un tonnage maximum de 1500 tonnes. A ses extrémités, les rampes dépasseront même les 30/1000 mais sur des voies réservées aux circulations voyageurs, pour rejoindre les sections nouvelles du projet Stuttgart 21, notamment la ligne nouvelle via l’aéroport, et pour atteindre la gare centrale de Ulm. L’itinéraire sera donc moins rude pour le fret, mais restera tout de même relativement contraint.

NBS-Wendlingen-Ulm

Cette NBS est un maillon du corridor européen, la Magistrale Paris – Budapest, comprenant pour l’instant :

  • en France, la LGV Paris – Strasbourg ;
  • en Allemagne, le doublement de la ligne de rive droite Karlsruhe – Bâle apte à 250 km/h, notamment la section Offenburg – Karlsruhe (effectif jusqu’à Rastatt et quelque peu bousculé au-delà depuis l’an dernier), la NBS Mannheim – Stuttgart, l’accélération de la section Dinkelscherben – Augsburg – Munich rendue apte à 200 km/h ;
  • en Autriche avec la ligne nouvelle apte à 230 km/h entre Attnang-Puchheim et Vienne, qui doit être progressivement étendue jusqu’à Salzburg.

Magistrale

La mise en service est prévue par DB Netz en décembre 2022. Le coût du projet est de 3,75 MM€ dont 2,3 MM€ par l’Etat, incluant les fonds européens, et 950 M€ par le Land du Bade-Wurtemberg.

Un prolongement de Ulm à Augsburg est étudié : ces 70 km supplémentaires sont évalués à 1,9 MM€ par le mixage de sections nouvelles et d’adaptation de la ligne existante pour relever la vitesse à 200 km/h afin de faire la jonction avec la section Dinkelscherben – Augsburg.

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05 décembre 2017

Stuttgart 21 : plus tard... et plus cher

En France, il y a Notre Dame des Landes. On devrait peut-être connaître l'issue du "stop ou encore" sur ce projet. En Allemagne, le sort de Stuttgart 21a été tranché par référendum et devient progressivement une réalité. Néanmoins, les débats politiques ne sont pas terminés, loin de là.

D'abord, rappelons rapidement ce qu'est Stuttgart 21. La gare centrale comprend 17 voies. Elle est en impasse et la DB a étudié une reconfiguration complète du noeud ferroviaire : une nouvelle gare souterraine traversante avec 8 voies à quai sera implantée dans système de tunnels de 9,5 km, drainant l'ensemble des branches au nord de la ville, et prolongé au sud par une ligne nouvelle de 10 km assurant la desserte de l'aéroport avant de rejoindre la ligne rapide à destination de Ulm à hauteur de Wendlingen. Stuttgart 21 libèrera pas moins de 100 hectares, mais le bâtiment de la gare sera préservé. Il est aussi prévu de créer deux nouvelles gares pour la S-Bahn.

Map_Stuttgart_21_outer

Le coût du projet n'a cessé de dérivé : 2,4 MM€ en 1994, 4,5 MM€ en 2010, 6,5 MM€ en 2013 et 7,7 MM€ en 2017. La DB demande aux collectivités de prendre en charge 2 MM€ supplémentaires par rapport au plan de financement initial, ce qu'elles refusent évidemment. Elle i justifie cet écart par le résultat des appels d'offres et l'impact du retour de la croissance en Allemagne sur le coût des matériaux, mais aussi le renforcement des normes environnementales, a donc décidé de porter l'affaire en justice pour les contraindre à abonder en son sens. Pour couronner le tout, la mise en service recule et n'est désormais envisagée qu'en 2024 car les travaux, eux, ne s'arrêteront pas...

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07 décembre 2011

Stuttgart 21 : ya !

Objet de contestation sur le coût du projet et son impact environnemental, le projet de nouvelle gare souterraine à Stuttgart, afin de libérer les emprises - considérables - de l'actuelle gare en impasse, a été soumis à référendum dans le land. La campagne a été rude car les opposants ont occupé le terrain pour inviter la population à les rejoindre : il n'en fut rien car le projet a été confirmé par les urnes, avec une large majorité : 58,8 %. Le Ministre-Président du Land, écologiste et opposant au projet, a indiqué qu'il se soumettrait - comment pourrait-il en être autrement ? - au résultat des urnes.

Le projet peut donc être poursuivi : il vise à construire une gare souterraine comprenant 6 voies passantes afin de remplacer la gare actuelle, en cul de sac, et libérer les nombreux espaces ferroviaires, plus de 100 hectares, afin de proposer de nouvelles constructions de logements et d'espaces accueillant des entreprises.

Il est également lié à la construction d'une section à grande vitesse entre Stuttgart et Ulm et intègre également une nouvelle gare pour la desserte de l'aéroport, et une troisième station pour le réseau régional S-Bahn. Au total, 57 km de voies ferrées seront créées, dont 30 pour la grande vitesse. Sur ces 57 km, 33 seront en souterrain, engendrant une facture élevée, une des raisons de l'opposition au projet.

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07 mars 2010

La Suisse toujours championne des investissements

284 € par an et par habitant, c'est le montant annuel des investissements dans le domaine ferroviaire en Suisse. Deuxième de ce classement, sans surprise, l'Autriche avec 205 €. Plus surprenant, et qui fera certainement réfléchir bien de ceux qui dénigrent ce réseau, le Royaume-Uni, à 136 €. La France n'est que 7ème, avec 80 €, devancée par les Pays-Bas, la Suède et l'Espagne, cette dernière tirant profit des investissements TGV. Surprise, l'Allemagne est 9ème avec seulement 47 € ! L'Allemagne vivrait-elle sur ses acquis ? La pause serait-elle décrêtée après la remise en état du réseau est-allemand ? La situation est pour le moins contradictoire avec la position de leadership mondial de l'Allemagne dans l'industrie ferroviaire...

Pourtant, un important chantier va démarrer en Allemagne, avec la reconstruction du noeud de Stuttgart, dans le cadre de la création de la ligne à grande vitesse Stuttgart - Ulm : 117 km, une vingtaine de tunnels, 3 nouvelles gares (centrale, aéroport et une gare de banlieue) pour abandonner l'actuel cul-de-sac. Les 100 ha occupés par la gare seront libérés au profit de nouvelles constructions urbaines, en préservant les bâtiments existants. Une opération à plus de 4 MM€ qui devrait susciter quelques réflexions en France dans certaines villes où le réseau ferroviaire n'est pas des plus efficaces (Marseille, Lyon par exemple). Reste que l'opposition au projet est forte et qu'un référendum n'est pas à écarter.

Autre exemple de ces grands chantiers, la Suisse avec le tunnel sous Zurich : 4,6 km des 9 km du tunnel de Weinberg sont déjà percés, l'actuelle gare souterraine de Zurich devrait être atteinte à l'été. La "passante" zurichoise, qui rejoindra  Oerlikon depuis Altstetten, via la nouvelle gare sous l'actuelle, sera en principe en service en 2013 pour la partie Oerlikon - Gare centrale. Pour l'émergence à l'ouest en direction d'Altstetten, il faudra attendre 2015. L'opération soulagera une gare très encombrée  (300 000 voyageurs par jour, 500 000 à horizon 2020) mais où les flux arrivent à s'écouler correctement grâce au cadencement et à l'organisation des correspondances au cordeau. 1,5 milliards d'euros sont consacrés à l'opération, dont 40% financés par le canton de Zurich et 60% par les CFF.

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23 septembre 2008, gare souterraine de Zurich - Les automotrices à 2 niveaux série 514, construites par Siemens, assurent une large partie de la S-Bahn zurichoise, où elles démontrent leurs performances impressionnantes en accélération et freinage, et le niveau élevé de confort. Le réseau va profondément évoluer avec la nouvelle liaison Altstetten - Oerlikon intégrant une seconde gare souterraine à Zurich ! © transportrail

Le tunnel du Gothard avec 57 km sera le plus grand ouvrage du monde, et devrait être mis en service en 2017. Et n'oublions pas non plus que le tunnel du Brenner, long de 56 km, est en cours de réalisation : le tunnel de reconnaissance, long de 1767 m est achevé après 18 mois de réalisation. Le début des travaux de percement du tunnel de base devrait commencer en 2013 et s'achever en 2022. Et pendant ce temps là, le Lyon - Turin fait du surplace !

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