21 juillet 2018

Hyperloop, SpaceTrain : les entourloupes en folie

C'est un peu le concours Lépine des idées foireuses, focalisant l'attention d'élus en mal de notoriété avec ce qui est nouveau, innovant, hypertechnologique, et surfant facilement sur la confusion entre la critique de la SNCF (surtout après trois mois de grève) et de la technologie ferroviaire.

Hyperloop, c'est le suppositoire dans lequel vous vous installez sans véritablement savoir dans quel état vous allez arriver, compte tenu des accélérations foudroyantes qui sont annoncées pour tenir des objectifs, qui ne coûtent guère plus cher que la salive qu'il a fallu produire pour les énoncer.

Comme si cela ne suffisait pas, voici que SpaceTrain se remet en évidence : apparue en 2016, cette entreprise cherche à réhabiliter... l'aérotrain. Bref, le suppositoire mais sans le tuyau. Non, vous n'êtes pas revenu en 1969 : la télévision n'est pas revenue au noir et blanc, Léon Zitrone n'enchaine pas journaux télévisés, tiercé à Longchamp et Intervilles... Point besoin de ressortir les portraits du président Pompidou et la tapisserie à grosses fleurs !

SpaceTrain et Hyperloop n'ont qu'un seul objectif : détourner l'attention, capter quelque argent public et faire miroiter des performances hallucinantes à des esprits crédules avec des vitesses selon les goûts oscillant entre 500 et 1200 km/h, à un coût nettement moindre qu'une ligne ferroviaire à grande vitesse. Un tube d'acier de 4 m de diamètre pour l'un, un rail de béton pour l'autre, pensez donc, c'est pas plus de 7 M€ du km, alors que le TGV, c'est 3 à 4 fois plus cher, tout cela pour aller au mieux à 320 km/h et subir les prestations de la SNCF...

SpaceTrain cherche à réutiliser le rail de béton du prototype de l'aérotrain, sur 18 km entre Artenay et Cercottes, qui ne sert plus depuis plus de 40 ans, sauf à quelques graffitis politiques bien visibles depuis la RN20 et la ligne ferroviaire Paris - Orléans. Manifestement, ils n'ont pas compris les raisons de l'échec du concept dans les années 1970. Rappelons que le contrat signé le 21 juin 1974 pour une liaison La Défense - Cergy Pontoise a été cassé le 17 juillet suivant. Outre la consommation gargantuesque de kérosène (et l'hydrogène vantée par SpaceTrain n'y changera pas forcément grand chose), envisager des modules de faible capacité pour un système de transport à frais fixes élevés (l'infrastructure) aboutira immanquablement à un échec. SpaceTrain ne se prive pas de tacler son rival Hyperloop en expliquant - pour le coup assez justement - que personne ne connaissait son coût réel : encore un petit effort de lucidité et les partisans de SpaceTrain arriveront à la même conclusion à propos de leur propre délire. Pour concrétiser une liaison Paris - Le Havre en 17 minutes et un Paris - Roissy en 5 minutes, il va forcément falloir construire des sections souterraines, sauf à imaginer le monorail de béton passer sous la Grande Arche de La Défense et l'Arc de Triomphe... Résultat, la facture va exploser.

Alors, quelle sera la surprise de l'été ? La sustentation magnétique ? le SK ? Aramis ? Un come back du Swissmetro ?

Lire cet argumentaire de François Lacôte, l'un des pères du TGV. Au moins, cela remet les choses au clair...

Posté par ortferroviaire à 17:24 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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