01 février 2018

Le Conseil d'Orientation des Infrastructures livre son rapport

Et d'un ! Philippe Duron a remis à Elisabeth Borne le rapport d'évaluation du Conseil d'Orientation des Infrastructures. Sans surprise, son volet ferroviaire traduit l'objectif de réorientation des investissements d'abord en faveur des déplacements quotidiens et de l'amélioration de l'exploitation des grands noeuds du réseau.

Cependant, le rapport préconise la fin d'une quête du report modal de la route vers le rail : étant donné que le président de la FNTV était vice-président de la commission du COI, cela n'a rien d'étonnant mais c'est aussi révélateur d'une évolution contrastée des modes routier et ferroviaire.

Balayons d'abord le sujet ferroviaire.

On s'occupe de l'existant d'abord

Les grands objectifs - à partir de la page 30 - sont assez clairs : moderniser l'infrastructure existante, augmenter sa capacité par l'introduction de nouveaux systèmes d'exploitation (ERTMS en tête d'affiche) et développer des offres type RER dans les grandes métropoles.

Le programme de modernisation de l'exploitation, centré sur ERTMS, est appuyé par le rapport qui considère qu'il doit bénéficier d'un soutien financier de l'Etat et que les règles de participation de SNCF Réseau aux investissements de cette nature devraient être assouplies. Le déploiement sur Marseille - Vintimille constitue le laboratoire de développement de cette solution. L'amélioration de la capacité et de la fiabilité de l'infrastructure ainsi que les gains de productivité issus de cette modernisation constituent des ressouces qui peuvent être mises à l'actif du bilan économique de ce projet. Au passage, le rapport en rajoute une couche sur la nécessité de concevoir l'infrastructure de demain en fonction d'un projet de service concret. Rappelons l'adage d'un grand spécialiste ferroviaire : « Un bon projet, c’est une prévision de trafic et une grille horaire ! ».

Pour les grands projets (voir à partir de la page 73), le verdict pourrait se résumer à la formule suivante : « On modernise et on décongestionne d’abord. Pour les gains de temps, on verra plus tard ». Dans le propos qui suit, nous résumons par le terme d'abandon tous les projets différés d'au moins 20 ans, ce qui revient à peu près au même :

  • abandon de POCL au profit de la modernisation de la LN1 (ERTMS niveau 2 et pilotage automatique), de POLT et de Paris - Clermont-Ferrand en (ré-) examinant les possibilités de relèvement de vitesse des lignes existantes, et incluant le traitement de l'accès à Paris-Bercy ;
  • abandon de la branche Dax de GPSO, là encore au profit d'un réexamen des opportunités sur la ligne existante ;
  • abandon des branches Est, Ouest et Sud de la LGV Rhin-Rhône ;
  • abandon de LNOBPL, c'est à dire des sections nouvelles à l'ouest de Rennes, y compris la liaison nouvelle Nantes - Rennes ;
  • concentration de LNPN sur les sections Paris - Mantes la Jolie et la traversée de Rouen, incluant le traitement de l'accès à Paris Saint Lazare (dont le saut de mouton entre les groupes V et VI) ;
  • concentration de LNPCA sur les noeuds de Marseille, Toulon et Nice, avec une première étape centrée sur la gare de Nice Aéroport, sur la gare existante de Marseille Saint Charles : la gare souterraine marseillaise est visée à horizon 2028-2032 (ce qui n'est pas si mal compte tenu de la complexité du projet) et la section nouvelle Cannes - Nice sont reportées à horizon 2035, pour évaluer les apports d'ERTMS niveau 2 sur l'axe ;
  • report à long terme du Contournement Ferrovaire de l'Agglomération Lyonnaise et des accès ferroviaires à la Transalpine, au profit de la modernisation de l'axe Dijon - Bourg en Bresse - Ambérieu - Chambéry - Modane ;
  • phasage de la LGV Bordeaux - Toulouse en commençant par le traitement des accès à Bordeaux et Toulouse et en priorisant la section nouvelle Agen - Toulouse à horizon 2028-2032 ;
  • phasage de LNMP en préservant la section Montpellier - Béziers (sous forme de ligne mixte comme CNM) et en reportant à long terme la section Béziers - Perpignan ;
  • phasage de VFCEA en priorisant le renouvellement de la ligne et le GSM-R et en différant l'électrification ;
  • confirmation de l'augmentation de capacité sur la Grande Ceinture entre Massy et Valenton avec création d'une gare TGV Pont de Rungis pour la desserte de l'aéroport d'Orly ;
  • confirmation du projet Roissy - Picardie en priorisant le développement de la desserte TER entre la Picardie et l'aéroport ;
  • soutien au développement des autoroutes ferroviaires en particulier sur les axes existants, et d'abord sur l'axe Atlantique et en vallée du Rhône.

Le COI préconise un débat multimodal sur la région lyonnaise pour préciser l'avenir des grands projets routiers et ferroviaires : la position du conseil est cependant assez négatif quant à la pertinence de l'A45.

On note aussi que le rapport soutient l'abandon de la réouverture de Bedous - Canfranc et des projets d'électrification à l'exception de la section Gretz - Nogent sur Seine considérée comme un coup parti. Cependant, le COI souhaite l'abandon de la section Nogent sur Seine - Troyes.

Prudence sur les lignes régionales

Concernant les lignes régionales, le rapport se montre prudent : le sujet est trop politique. La porte est ouverte à des expérimentations, qu'il s'agisse d'autorails à hydrogène, du transfert de la propriété des infrastructures, pour une exploitation hors RFN ou de l'abandon de certaines lignes pour d'autres formes de transport en commun. Néanmoins, la classification des lignes par les groupes UIC y est aussi égratignée (page 57).

Mais on pourra tout de même reprocher au rapport de faire un peu trop la part belle aux solutions alternatives et de ne pas assez mettre en avant les réflexions sur l'évolution de l'exploitation de ces lignes.  Citons un autre expert ferroviaire, suisse cette fois : « Deux solutions pour les trains vides : les remplir ou les supprimer. Et en Suisse, on choisir généralement la première solution ! ».

Financement : 3 scénarios dont un favori

Sur le plan du financement, question ô combien centrale, le rapport propose 3 trajectoires, à moyens constants et avec 2 niveaux d'augmentation des investissements, respectivement à 48, 60 et 80 MM€ sur 20 ans, pour l'ensemble des modes de transports (urbains, routiers, fluviaux, ferroviaires).

Sans surprise, le rapport préconise le scénario central, qui prévoit un effort de 600 M€ pendant 20 ans, en plus du budget actuel en vertu de l'adage « Majorer, minorer, encadrer » : le premier ne permet pas de traiter les urgences et les actions de priorité 1, tandis qur le troisième apparaît, avec un effort porté à 800 M€ par an, hors de portée des finances publiques.

Nous reviendrons prochainement sur ce rapport dans un dossier plus détaillé... après avoir digéré les 207 pages du document.


15 mars 2017

Roissy - Picardie : la relance ?

On croyait le dossier enterré. Inscrit au CPER 2007-2013, il avait été l'objet d'un débat public en 2010 puis plus aucune avancée, avec des débats difficiles entre l'Oise et le Val d'Oise. La mise en service en 2020 a été repoussée en 2022 puis en 2024. SNCF Réseau annonce la tenue d'un nouveau débat public sur Roissy Picardie (nos articles du 31 mars 2015 et du 20 mars 2011) en 2017 afin d'obtenir une Déclaration d'Utilité Publique en 2018 et ainsi pouvoir maintenir l'échéance de mise en service en 2024.

Le projet, évalué à 280 M€, prévoit de réaliser une ligne nouvelle de 6 km entre la ligne classique Paris - Lille et l'aéroport, avec un aménagement de la gare TGV existante pour recevoir des circulations supplémentaires.

Le projet de desserte a été précisé, et les dernières prises de position de la Région Hauts de France ont permis une avancée significative. Ainsi, la ligne sera d'abord utilisée par des TER avec 26 allers-retours entre Creil et Roissy dont 17 seront prolongés à Compiègne et 3 à Amiens. La Région Hauts de France acceptant de financer leur déficit d'exploitation, 2 allers-retours TGV seront proposés au départ d'Amiens en direction de Lyon et Marseille d'une part et de Strasbourg d'autre part. Cependant, on rappellera que tous les TGV conventionnés ont fini par disparaître faute d'un trafic suffisant. Dans le cas présent, il s'agira d'une liaison supplémentaire depuis Strasbourg, Marseille et Lyon vers Marne la Vallée et Roissy, ce qui présente a priori plus d'intérêt que les défuntes liaisons type Lille - Brive ou Cherbourg - Dijon...

On peut aussi espérer que le montage horaire procurera de bonnes correspondances avec les TER Creil - Beauvais, mettant l'aéroport à un peu plus d'une heure en train de Beauvais, c'est à dire à peu près à l'équivalent du trajet en voiture, contre 1h30 aujourd'hui en passant par Paris.

Par conséquent, la liaison Roissy - Picardie sera avant tout utilisée par des trains régionaux, ce qui constitue au demeurant le coeur du marché : les liaisons domicile - travail dans les franges franciliennes entre l'Oise et les zones d'emplois autour de Roissy et Aulnay sous Bois. La correspondance avec le RER B sera donc au moins aussi utile qu'avec le TGV. En outre, Roissy - Picardie procurera une liaison ferroviaire directe entre les gares les plus au nord du RER D, entre Survilliers et Creil, et pourrait être aussi un levier pour réfléchir à la recomposition de la desserte du RER D au nord de Paris, les extensions de Orry à Creil étant surtout justifiées par le besoin de remiser des trains en heures creuses.

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22 juin 2016

Europe : des crédits limités pour les projets français

A l'issue du deuxième appel à projets du Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe, la France est assez peu lotie puisque le nombre de projets retenus est très faible. Dans le domaine ferroviaire, 5,1 M€ seront alloués au financement de l'ERTMS entre la France et le Luxembourg, section éligible au titre du corridor européen. Elle financera à hauteur de 37%, soit 7,7 M€, une nouvelle phase d'études pour le contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise (CFAL). Pour les projets de désaturation de Marseille et de Nice, dans LNPCA, 5,6 M€ ont été alloués, soit 50% du budget d'études. Enfin, la Commission européenne accorde 1,77 M€ (soit une participation de 50%) pour la poursuite des études de la liaison Roissy - Picardie.

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06 mai 2015

CPER Picardie : priorité à la liaison vers Roissy

Avec 315,8 M€, le projet de CPER 2015-2020 en Picardie poursuit la tradition ferroviaire engagée dès l'expérimentation de la régionalisation. La modernisation du réseau régional a permis le sauvetage de plusieurs lignes, notamment Amiens - Compiègne. Pour les 5 années à venir, la priorité est accordée à la liaison vers la métropole parisienne au travers du projet Roissy - Picardie qui proposera, au moyen d'une ligne nouvelle de 6 km, une liaison directe depuis les villes picardes vers le premier aéroport français, qui est également une zone d'emplois logistiques de premier ordre. Ainsi, 21 M€ seront consacrés aux dernières études et aux travaux préparatoires.

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Petit Blangy - 12 février 2008 - Avec l'arrivée des AGC, la Région Picardie a changé l'image du train régional, ici sur la ligne Amiens - Tergnier - Laon. Les investissements sur l'infrastructure ont également permis de pérenniser le réseau complémentaire. © F. Léonardi

Il prévoit également 45 M€ sur le réaménagement du plan de voies de Creil, noeud structurant l'ensemble des dessertes radiales vers Paris, à la convergence des axes venant d'Amiens et de Saint Quentin. S'y ajoutent 34 M€ pour la mise en accessibilité de la gare et 46 M€ de réaménagement urbain de ses abords. Sur l'axe Creil - Amiens, des études sont en cours pour la création de zones de dépassement, liées à la future desserte Amiens - Creil - Roissy.

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Anizy-Pinon - 30 mars 2009 - L'axe Paris - Laon passe progressivement de l'AGC au Régiolis. Cette ligne, quelque peu en marge du réseau principal picard fondé sur le Y de Creil, a également bénéficié des crédits des précédents CPER pour maintenir ses performances et améliorer sa fiabilité. © F. Léonardi

Deux lignes régionales bénéficient d'importants crédits. Sur Beauvais - Le Tréport, en lien avec la Haute Normandie, l'enveloppe destinée à la modernisation de l'axe atteint 58 M€ avec deux sections distinctes : un renouvellement complet de Beauvais à Abancourt et un programme de régénération sur Abancourt - Le Tréport.  Sur l'axe Amiens - Calais, la section Amiens - Rang du Fliers sera mise au gabarit avec une enveloppe de 46,8 M€ en vue d'une prochaine électrification destinée à constituer un second itinéraire performant pour l'accès au tunnel sous la Manche.

Les autres opérations concerneront la mise en accessibilité des principales gares avec une enveloppe de 30 M€ dont 10 M€ consacrée à la gare de Compiègne. Enfin, 20 M€ seront engagés sur l'axe Paris - Crépy en Valois afin de rehausser les quais - au moins à 550 mm - en vue de la prochaine exploitation de cette desserte Ile de France avec des automotrices Francilien qui succéderont aux RIB associées aux BB17000.

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Nanteuil le Haudouin - 6 juillet 2013 - BB17000 et RIB restent la composition de base des Transilien Paris - Crépy en Valois, mais la relève approche. Pour les rames Francilien, il faudra rehausser les quais au moins à 550 mm, contre 320 à 380 mm actuellement. © transportrail

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31 mars 2015

Roissy - Picardie : y aura-t-il des TGV ?

Question qui arrive peut-être un peu tardivement, mais le projet de liaison de 6 km entre l'axe Paris - Creil et l'aéroport de Roissy pourrait connaître un retard de l'ordre de 2 ans suite à la décision ministérielle de prioriser les travaux de maintenance et de régénération du réseau ferroviaire par rapport aux projets de développement. Conséquence, l'enquête publique pourrait être retardée, alors même que la commission Mobilités 21 jugeait ce projet pertinent dans la liste des opérations à réaliser en première phase. Parallèlement, la SNCF semble plus que prudente - pour ne pas dire très réticente - à l'idée de développer de nouvelles relations TGV Intersecteurs en direction de la Picardie. De quoi bousculer le modèle économique de la nouvelle infrastructure, qui n'en reste pas moins utile pour faciliter l'accès à la zone d'emplois de Roissy depuis les villes de Picardie.

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20 mars 2011

Roissy - Picardie trace sa voie

Les conclusions du débat public relatif à la liaison Roissy - Picardie donnent le tempo de la poursuite du projet. D'un coût estimé à 255 M€, il est destiné à relier la LGV de contournement de Paris à la ligne classique Paris - Creil - Amiens tant pour proposer des relations TGV au départ d'Amiens vers le sud et l'est de la France via Roissy et Marne-la-Vallée, que pour créer une relation régionale entre Creil et l'importante zone d'emplois de Roissy. Les premières esquisses tablent sur 7 allers-retours de TGV au départ d'Amiens et Creil, vers Rennes, Nantes, Bordeaux, Lyon, Montpellier, Marseille et Strasbourg, et d'une liaison TER Creil - Roissy toutes les 30 minutes en pointe et toutes les heures en journée.

Sur le tracé de ce raccordement, la Commission particulière du Débat Public a orienté la poursuite des études vers les tracés centre et sud, et suggéré de coordonner le processus d'acquisition foncière avec les réflexions menées sur la création du barreau ferroviaire de Gonesse qui propose de raccorder le RER D au RER B à hauteur du parc des expositions de Villepinte, projet fortement soutenu par les élus locaux mais dont la solution n'est pas forcément adapté à la réalité des besoins...

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