05 septembre 2020

Avec le tunnel du Ceneri, la Suisse achève les NLFA

C'est fait : les Nouvelles Liaisons Ferroviaires Alpines en Suisse, dont le principe a été approuvé par votation en 1992, sont toutes réalisées.

Le tunnel du Lotschberg, long de 34,6 km est ouvert depuis 14 ans déjà, et une nouvelle phase de travaux y est prévue dans l'Etape d'Aménagement 2035, pour réduire la section actuellement à une seule voie, dans le cadre de la montée en puissance progressive de cet itinéraire prévue depuis les origines du projet.

Après l'inauguration du gigantesque tunnel du Gothard (57 km) en 2016, son prolongement sous le Ceneri, de longueur plus modeste puisqu'il ne fait que 15,4 km, a été inauguré hier et il sera ouvert aux circulations commerciales à l'horaire 2021. Il ne faudra plus qu'un quart d'heure pour aller de Bellinzona à Lugano. Au total, l'ensemble Gothard - Ceneri représente 24 MM€ d'investissement depuis le début de ce siècle. Sa mise en exploitation autorisera l'engagement sur le corridor Rotterdam - Gênes de trains de fret de 750 m de long (quand les positions de garage seront toutes à cette longueur) d'une masse de 2100 tonnes. Pour le transport de voyageurs, c'est une liaison Zurich - Milan en 3 heures et un désenclavement du Tessin qui va profiter d'une sensible réduction des temps de parcours vers les autres territoires suisses.

NLFA-corridor

tableau-synthese-NLFA

Il faut ajouter que si la Suisse vient d'achever les maillons essentiels de ce corridor, d'autres travaux sont programmés dans le pays pour augmenter la capacité des lignes qui donnent accès aux tunnels : transportrail vous a récemment présenté un article à propos des aménagements du côté de Bâle. En Allemagne, les travaux avancent à un rythme bien inférieur (la dernière grande opération étant le tunnel de Katzenberg entre Freiburg im Breisgau et Bâle), alors que l'exploitation est de plus en plus tendue sur des itinéraires à double voie accueillant jusqu'à 350 trains / jour... quand ce ne sont pas les travaux eux-mêmes qui sont victimes de sérieux incidents côté italien, la situation semble se débloquer aussi avec le maillon de l'axe Milan - Gênes dont transportrail vous a récemment parlé.

Quant à la Suisse, des aménagements complémentaires prévus dans l'Etape d'Aménagement 2035 sont :

  • la réalisation de la deuxième partie du Tunnel du Zimmerberg le long du lac de Zurich, ce qui le fera atteindre les 20 km de long et déchargera la ligne côtière au sud de Thalwil ;
  • la mise à double voie du tronçon central du tunnel du Lötschberg, dont la galerie est déjà creusée mais pas équipée, ainsi que du tunnel sous la gare de Frutigen, ce qui permettra d'avoir une vraie cadence semi-horaire entre Berne et Brig plutôt qu'une succession 30/30/60 répétée toutes les 2 heures.

Il se peut que la réalisation complète du tunnel se fasse, en fonction des coûts et des perturbations de trafic générés par une réalisation partielle.


17 août 2020

Italie : relance des travaux sur Milan – Gênes

On espère que les travaux seront menés aussi rapidement que ne le furent ceux du nouveau viaduc autoroutier, mis en service 2 ans après l’effondrement tragique de l’ancien ouvrage. Le 21 juillet dernier, ont repris les chantiers de percement du tunnel ferroviaire entre Gênes et Novi Ligure, long de 27 km, sur la ligne nouvelle de 53 km Gênes – Tortona, maillon du projet d’amélioration de la relation Milan – Gênes. Les travaux, envisagés depuis 1991 mais seulement lancés en 2013, étaient interrompus depuis 2 ans et à ce jour, 37% du tunnel a été percé tandis que 40% du génie civil de cette infrastructure a été réalisé. Le contrat prévoit une livraison de la ligne en décembre 2022.

La première section ne comprend donc que 10 km à l’air libre, du fait de la traversée du massif des Appennins. Après Novi Ligure, la ligne se divise en 2 itinéraires. La première doit rejoindre Turin pour donner accès à l’itinéraire alpin du Simplon, avec un tunnel de 5km évitant Novi Ligure avant de rejoindre la ligne classique en direction d’Alessandria et de Turin. La seconde rejoint la ligne existante à hauteur de Tortona, avec un troisième tunnel de 7 km à Serravalle Scrivia.

ligne-nouvelle-milan-genes

Ces 53 km, parcourables à 250 km/h, contribueront à réduire le temps de parcours Milan – Gênes de 1h39 à 50 minutes, assurant également la liaison entre le réseau à grande vitesse en forme de T et l'axe littoral dont la modernisation - incluant des sections nouvelles en retrait de la côte - est toujours en cours. Ils seront équipés en ERTMS niveau 2. Le bénéfice ne sera pas limité aux dessertes voyageurs puisqu’il s’agit aussi évidemment dernier maillon du corridor européen de fret entre les ports de la mer du Nord (Rotterdam, Anvers, Zeebrugges) et Gênes via l’Allemagne et la Suisse. Tracée avec des rampes de 12,5 / 1000, la ligne pourra ainsi admettre des trains de marchandises, qui pourront aussi continuer à utiliser la ligne existante bénéficiant de la capacité libérée par le report sur l'infrastructure nouvelle des circulations rapides de voyageurs. 

On notera d'ailleurs qu'en combinant cette réalisation avec la construction d'une ligne nouvelle sur l'axe littoral, remplaçant la difficile ligne historique, une liaison type Eurocity Milan - Nice pourrait devenir très intéressante. Nous avions emprunté la ligne existante au cours de notre voyage en Thello de Milan à Nice.