03 juin 2016

Rhône-Alpes - Auvergne : lignes régionales en danger

La révélation en début de semaine d'un audit réalisé par SNCF Réseau sur l'état des lignes UIC 7 à 9 a jeté un pavé dans la mare. Constatant qu'il faudrait investir 765 M€ pour pérenniser ces lignes à un horizon de 5 ans alors que le cumul des moyens alloués à ces lignes dans les deux CPER des anciennes régions totalisent 155 M€, il met en évidence le risque de saignée sur de nombreuses lignes :

  • Oyonnax - Saint Claude
  • Lyon - Roanne
  • Tassin - Lozanne
  • Lyon - Paray le Monial
  • Saint Etienne - Clermont Ferrand
  • Saint Etienne - Le Puy
  • Grenoble - Veynes
  • Livron - Veynes
  • la totalité du réseau auvergnat à l'exception de l'axe Paris - Clermont et de la section Clermont - Issoire

Pour ces lignes, soit le péril de "suspension du trafic" est imminent, soit les conséquences des limitations permanentes de vitesse seront telles que le plan de transport ne pourra plus être assuré. On notera que Saint Etienne - Clermont Ferrand a déjà été suspendue... mais en revanche, Lyon - Paray le Monial a été sauvée in extremis grâce à un accord avec la Bourgogne, fortement impulsée par celle-ci.

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Tarare - 22 décembre 2014 - Ce TER assurant une liaison Clermont - Lyon n'est pas à l'abri : la section L'Arbresle - Le Coteau est classée UIC 7. Son avenir n'est donc théoriquement pas assuré, mais compte tenu de son rôle stratégique dans la nouvelle grande région, elle ne devrait pas être menacée. © E. Fouvreaux

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Saint Nizier d'Azergues - 23 mai 2009 - Sous l'impulsion de la Région Bourgogne, l'axe Lyon - Paray - Moulins devrait être sauvée puisque les travaux auront lieu en 2017. Pour Rhône-Alpes et la SNCF, elle faisait partie de la "liste noire". © transportrail

Politiquement, les réactions ne se sont pas fait attendre, entre ceux qui feignent découvrir le sujet et ceux qui en font un argument pour accélérer la disparition de ces lignes. C'est peu dire que l'Auvergne ne s'intéresse pas au ferroviaire, historiquement focalisée sur les autoroutes (A72, A75, A89) et limitant le sujet ferroviaire à des LGV nord-sud et est-ouest à horizon de 30 ou 50 ans au plus tôt. L'Auvergne se targue d'avoir réalisé un Plan Rail, mais celui-ci n'avait rien de similaire à ce qui a été fait en Midi-Pyrénées. Quant au CPER, il reste maigre et focalisé sur certaines "danseuses"...

En Rhône-Alpes, le rail a été un peu mieux lôti. Cependant, les deux précédentes mandatures ont clairement esquivé le sujet. Dans le CPER, les 76 M€ alloués aux lignes secondaires étaient clairement sous-dimensionnés par rapport aux besoins, la Région préférant ménager des crédits pour d'autres sujets. Depuis le changement de majorité suite aux élections de décembre dernier, les routes sont à nouveau devenues la priorité en matière de transport. Laurent Wauquiez cherche 100 M€ pour financer l'A45 entre Lyon et Saint Etienne : avec les 76 M€ destinés à ces lignes, il en a déjà dans sa tête trouvé les trois quarts.

Cependant, les lignes évoquées ci-dessus assurent pour certaines des rôles stratégiques et demeurent compétitives face à l'autocar (sauf quand des esprits malhonnêtes comparent des services de cars directs avec des trains assurant des dessertes intermédiaires). Peut-on imaginer l'Auvergne sans aucun train ? Quid du train de nuit Paris - Briançon si l'accès est impossible via Livron et par Grenoble ?

Ceci dit, cet audit a au moins le mérite de faire une fois de plus la démonstration que la dérive des coûts du modèle ferroviaire français le rend incompatible avec une soutenabilité de la dépense publique. Etat, Région, SNCF se retrouvent dos au mur et l'esquive que constitue la fermeture des lignes n'en est pas une... surtout à l'approche d'une campagne électorale nationale (présidentielle et législatives) dans laquelle le déménagement du territoire pourra peser lourd, notamment au travers du vote en faveur de partis en limite de l'échiquier politique...

Il est donc grand temps d'inventer une autre façon de faire du chemin de fer pour que le train puisse continuer à assurer l'irrigation du territoire sans se limiter aux grands axes et aux flux périurbains.


07 mars 2015

CPER Rhône-Alpes : une temporisation ?

Le projet de CPER Rhône-Alpes prévoit 551,7 M€ d'investissements sur la période 2015-2020 et surprend par une diminution de l'enveloppe totale (tous domaines confondus) d'environ 10% par rapport au précédent programme.

Le chapitre ferroviaire est principalement dominé par le noeud ferroviaire lyonnais, objet d'une enveloppe de 191,8 M€ à parts égales entre l'Etat et la Région. Surprise, la 4ème voie entre Vénissieux et Grenay ne figure pas dans les priorités, en dépit des conclusions du rapport du CGEDD sur le noeud lyonnais. Il est surtout question de réaliser une 12ème voie à quai à Lyon Part Dieu, d'engager le réaménagement (un de plus) de cette gare, de traiter l'entrée de la gare de Perrache et d'achever le programme concernant les voies J et K destinées à la rive droite du Rhône. Figurent aussi des travaux pour le fret afin d'améliorer l'exploitation de l'entrée au port Edouard Herriot et au terminal multimodal de Vénissieux. Pas un mot sur la gare souterraine de Lyon Part Dieu pourtant portée par le Grand Lyon.

Surprise, pas un mot non plus sur l'achèvement du tram-train de l'ouest lyonnais avec le doublement du tronçon central Lyon - Tassin et la conversion de la branche de Lozanne.

Hors du NFL, ce sont 230 M€ qui sont destinés au rail, avec en priorité la desserte de la Haute Savoie et notamment l'axe Bellegarde - Annemasse - Saint Gervais, CEVA ainsi que la réalisation du doublement partiel de la ligne Aix les Bains - Annecy. Autour de Lyon, l'axe Ambérieu - Lyon bénéficiera de 28 M€ pour l'augmentation de capacité et les installations électriques de la ligne. En Isère, le plan de voies de Saint André le Gaz (bifurcation des lignes de Grenoble et Chambéry) et l'adjonction d'une voie à Grenoble sont retenus tout comme le déplacement de la halte de Pont de Claix en lien avec le prolongement de la ligne A du tramway. On note aussi 9 M€ destinés au raccordement au RFN de la zone industrielle de Salaise sur Sanne, au sud de Vienne.

Le CPER prévoit une provision de 26 M€ d'études sur des projets divers, à la fois des LGV et des opérations sur le réseau existant. Lyon - Turin, POCL et contournement de Lyon se partagent 25 M€. La réouverture de Sathonay - Trévoux est elle aussi renvoyée à une date très ultérieure, tout comme celle de la rive droite du Rhône au sud de Lavoulte sur Rhône. On voit toujours apparaître le shunt de Voiron sur la ligne Lyon - Grenoble ou celui d'Etrambières en Haute Savoie. Evian - Saint Gingolph devrait pouvoir continuer à avancer. Les départements seront sollicités pour financer ces études, de même que les intercommunalités.

Pas moins de 38 M€ sont orientés vers les gares afin de poursuivre la mise en accessibilité du réseau.

Enfin, 76 M€ sont consacrés aux lignes secondaires. En principe, les moyens nécessaires à la section rhonalpine de Lyon - Paray sont assurés, d'autant que la Bourgogne a prévu les moyens sur la section Paray - La Clayette. Cependant, les moyens identifiés sont insuffisants et les départements seront ici aussi sollicités. Le sort des lignes Saint Etienne - Clermont, Oyonnax - Saint Claude, Grenoble - Veynes et Livron - Veynes en dépend. En revanche, l'avenir de Saint Gervais - Vallorcine semble assuré. Là encore, les départements seront sollicités pour faire l'appoint.

Etrangement, 38 M€ sont fléchés vers des transports par câble, hors des compétences régionales pour 4 projets à Chambéry, Saint Etienne, Fontaine et Magland : des moyens peut-être plus utiles pour augmenter l'enveloppe destinée aux lignes secondaires...