transportrail a testé le Régiolis sur la relation Paris - Granville. Impression de voyage sur cette ligne du sud de la Normandie, qui avait bénéficié à la fin des années 1990 d'un programme de modernisation de la voie et de la signalisation, accompagnée de relèvements à 160 km/h et de la mise en voie unique entre Argentan et Folligny avec une zone de croisement dynamique entre Briouze et Flers. L'arrivée des X72500 tricaisses devait matérialiser cette nouvelle dynamique mais la fragilité du matériel posa rapidement problème. La Région Basse Normandie décidait donc de financer l'acquisition de nouvelles rames Régiolis, bimodes afin de profiter de la traction électrique de Paris à Dreux. La Région poursuit son engagement initié dès le début des années 1980 avec l'acquisition à l'époque d'autorails X4750 pour remplacer les rames tractées. Cette fois-ci, le matériel semble être enfin au diapason.

Vendredi 17 avril – IC 3421 Paris 10h55 – Granville 13h55

C’est dans l’annexe Vaugirard de la gare Montparnasse que partent les trains de la ligne de Granville. Pas très commode d’accès, avec un parcours de près de 10 minutes à pied pour aller de la sortie du métro jusqu’aux quais, le B84569 est à quai pour assurer l’Intercités 3421. Avec un temps de parcours de 3 heures, c’est le train le plus rapide de l’axe, du fait d’une desserte allégée. Ce train dessert Verneuil sur Avre, L’Aigle, Argentan, Flers, Vire et Villedieu les Poêles.

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Paris Montparnasse Vaugirard - 17 avril 2015 - Le 3421 est ce jour-là assuré par le B84569 arborant, comme tous les Régiolis Basse Normandie, une livrée ornée de dessins mettant en scène la réputation météorologique normande. © transportrail

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L'Aigle - 17 avril 2015 - Le 3421 affiche 10 minutes de retard. On notera une certaine affluence sur le quai, signe de l'utilité de ces trains pour l'aménagement du territoire et sa dynamique. Non ces trains ne sont pas vides comme certains se complaisent à le dire ! © transportrail

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Argentan - 17 avril 2015 - C'est sans regrets que les voyageurs de Paris - Granville voient les X72500 partir progressivement de la ligne. Leur recyclage est prévu notamment sur Caen - Tours. On notera les quais récemment rénovés qui autorisent un accès direct aux rames Régiolis. © transportrail

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Granville - 17 avril 2015 - Eh oui, il arrive qu'il fasse gris en Normandie ! Le bâtiment voyageur comprend deux ailes : l'une dans le style des chemins de fer de l'Ouest et l'autre plus récente, face aux heurtoirs, datant de l'entre deux-guerres. © transportrail

En ce vendredi matin, l’affluence est déjà importante. Au départ de Paris, à l’heure, l’occupation du train est déjà de l’ordre de 80%, en première comme en seconde classe. Il en sera globalement de même tout au long du parcours, les montées et descentes au cours des arrêts intermédiaires maintenant quasiment constante la fréquentation du train. Le taux d’occupation au terminus de Granville est d’environ deux tiers. La capacité de la rame Régiolis à 6 voitures en configuration intervilles est donc compatible avec le trafic. Par rapport aux X72500, les nouvelles rames évitent le recours aux unités multiples pour les trains chargés de plus de 220 voyageurs.

Versailles Chantiers : arrêt inopiné juste après la gare, d’une durée de 3 à 4 minutes. Le train repart. Traction électrique jusqu’aux abords de Houdan avec transition sans arrêt à la traction thermique au-delà de Dreux. Cependant, le train circule à allure réduite et le retard est déjà de 5 minutes à Verneuil sur Avre. Alors que l’échange de voyageurs est assuré après 40 secondes de stationnement, le train restera 3 minutes en gare. Résultat, 10 minutes de retard à L’Aigle, du fait d’une marche toujours ralentie. A Argentan, le retard n’est plus que de 7 minutes et il diminuera tout au long du parcours final, pour une arrivée avec une seule minute de retard en gare de Granville.

Dimanche 19 avril – IC 3450 – Granville 18h45 – Paris 22h05

Le 3450 dessert en outre Folligny, Briouze, Surdon et Dreux, expliquant les 20 minutes de temps de trajet supplémentaire. Au départ de Granville, l’affluence est modeste avec environ 25% d’occupation. La charge augmente régulièrement pour atteindre 75% à Argentan et 85% à L’Aigle. L’arrêt à Dreux n’a pas d’impact significatif du fait de son horaire (21h24/26). En revanche, la correspondance à Surdon avec la transversale Caen - Tours génère un flux non négligeable.

Ainsi, même le dimanche soir, un seul Régiolis est suffisant. En revanche, pour le dernier train, arrivant à Paris après 23 heures, il est probable que la fréquentation ait été plus importante du fait du ciel bleu qui régnait depuis le samedi midi sur la Basse Normandie.

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Granville - 19 avril 2015 - Grand bleu sur la Normandie : le viking peut replier son parapluie ! Le B84557 assure le 3450 pour Paris. La capacité des Régiolis 6 caisses, 328 places, permet d'exploiter plus de trains en rame simple qu'avec les X72500 tricaisses de 220 places. © transportrail

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Briouze - 19 avril 2015 - Soleil couchant sur le bâtiment voyageur typique des chemins de fer de l'Ouest. © transportrail

Impressions de voyage à bord

Pour le voyageur, le Régiolis apporte plusieurs améliorations par rapport à l’X72500. D’abord, le silence. Le Power Pack en toiture du Régiolis est bien plus discret que le GROG des X72500. Les bruits de roulement sont plutôt bien maîtrisés ainsi que les bruits aérauliques. En revanche, la finition intérieure provoque plusieurs grincements liés à des assemblages imparfaits. On ressent aussi les mouvements de la caisse du fait de la charge en toiture, notamment sur des voies moyennes, comme entre Dreux et Argentan.

Difficile d’évaluer les performances de la motorisation sur ces marches relativement détendues, puisque les 10 minutes de retard sur le 3421 ont pu être rattrapées. Cependant, le Régiolis est très correctement dimensionné en thermique avec une puissance massique de 8,07 kW / t, contre 7,97 sur les AGC 82500. En traction électrique, l’écart en faveur du Régiolis est légèrement augmenté avec 11,6 kW / t contre 10,91 KW / t pour les B82500.

Côté siège, l’ergonomie est satisfaisante sur des trajets régionaux du quotidien, mais nettement moins pour un voyage de 3 heures : il manque de maintien latéral et de profondeur d’assise. En première classe, l’inclinaison mécanique nécessite de pousser fort avec son postérieur, mais le verrouillage en position étendue mériterait d’être plus résistant. De même, il est assez difficile de trouver une position correcte pour dormir sur ces sièges. 

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Intérieur de la grande salle de première classe. Les bagageries sont en nombre conséquent. Attention aux sièges situés à hauteur de la rampe : malgré la bande d'éveil en jaune, on peut facilement trébucher. Une disposition à l'utilité contestable... © transportrail

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Espace de seconde classe avec au premier plan la zone d'intercirculation et ses places surélevées puis une plateforme. On aperçoit au fond à gauche un WC et en face une bagagerie. © transportrail

L’accès au train est évidemment nettement plus aisé avec les plateformes à 600 mm autorisant une entrée de plain-pied depuis des quais standardisés et au pire avec une marche depuis les quais anciens à 380 mm.

A l’intérieur du train, le Régiolis s’affranchit de toute marche sur le couloir central, au prix de longues rampes d’une pente conforme à la STI PMR. Louable intention s’il en est, mais dont l’application n’est pas exempte de reproche puisque les places en pied de rampe sont situées plus bas que le couloir : ne pas trébucher relève de l’exploit. Pourtant, les fauteuils roulants ont un espace réservé avec WC de grande dimension et les personnes âgées préfèrent les escaliers meilleurs pour la gestion de l’équilibre.

Les portes d’intercirculation sont manuelles et leurs poignées sont trop fines : la petite réglette est de maniement délicat et l’aluminium brossé est glissant. Sa préhension est incertaine.

On compte 2 WC dans la rame dont un adapté aux fauteuils roulants. Evidemment, l’impact est important sur la capacité du train avec 12 places assises perdues. Le WC classique consomme 8 places car le dispositif de traitement des déchets double l’espace utile par rapport aux WC des précédentes générations de matériel.

Parmi les bons points à accorder à l’aménagement intérieur, les bagageries : outre les racks situés traditionnellement au-dessus des sièges, des espaces complémentaires ont été installés dans chaque voiture pour tirer les enseignements des précédents matériels régionaux un peu trop justes de ce point de vue.

Autre point positif : la présence d’une prise de courant 220 V sur chaque rangée de siège et la bonne ergonomie des places de seconde classe qui permet de se dispenser d’accoudoir côté fenêtre. Cela permet de compenser la moindre largeur des rames à hauteur d’épaule par rapport aux AGC qui offre 10 cm de plus. En revanche, la face droite des caisses offre plus d’espace aux pieds, ce que les voyageurs installés côté fenêtre ne manqueront pas d’apprécier.

Enfin, sur les plateformes, les écrans TFT donnent une information claire sur les heures d’arrêt dans les gares. Il n’y a plus qu’à espérer une évolution du contenu pour annoncer les correspondances ferroviaires et routières.

Conclusion

Le Régiolis Intervilles offre des prestations très correctes si on fait exception du siège qui s’avère de confort un peu limité pour 3 heures de voyage. Ce point a déjà été soulevé par les voyageurs auprès de la SNCF et de la Région Basse Normandie. Le silence, les prises de courant et la luminosité procurée par les grandes baies vitrées sont à mettre à son actif tout comme la commodité d’accès et l’information avec les écrans TFT à bord. On sera en revanche plus critique sur les rampes générant des marches négatives pour accéder à certaines places assises.

La version retenue pour les TET est différente puisqu'avec la même longueur, la capacité ne sera que de 267 places, avec un aménagement différent. Pour des lignes à 160 km/h, la base est bonne. Il faudra la travailler pour atteindre le niveau de confort attendu sur des Grandes Lignes à 200 km/h. Le bogie à grand empattement est cependant un peu contraignant, notamment sur les zones sineuses, où le Régiolis ne pourra pas systématiquement bénéficier des taux de vitesses applicables aux automoteurs, phénomène amplifié par la prise de poids continue des nouvelles générations de matériel.

Concernant la ligne, sa fréquentation reste donc assez soutenue, même en heures creuses, et démontre le potentiel de trafic y compris dans les zones les moins urbaines de la Normandie. Le prochain renouvellement de voies entre Dreux et Argentan devrait traiter la zone générant le plus d’inconfort de roulement. Enfin, le rehaussement des quais à Verneuil sur Avre, L’Aigle et Briouze permettrait d’accéder de plain-pied aux trains. Certaines de ces opérations sont prévues au CPER Basse Normandie 2015-2020.