Deuxième volet de nos études sur la recomposition de la desserte Intercités après le transfert aux Régions. Après le val de Loire et le Berry, cap au nord où nous nous penchons sur l’axe Paris – Amiens qui semble illustrer une fois de plus - et on ne peut que le déplorer - l'absence d'une vision prospective sur l'offre avant d'engager des investissements.

110915_22232amiens3

Amiens - 11 septembre 2015 - La BB 22232 s'est mise en tête d'une rame Corail de 12 voitures sur une relation Boulogne sur mer - Paris, succédant à une BB 67400. Sur cette liaison, les Coradia Liner vont être engagés, mais l'électrification Amiens - Rang du Fliers permettrait d'envisager un tout autre scénario, afin d'ajuster la capacité à la demande, de part et d'autre d'Amiens. © transportrail

En 2017, la desserte sur le périmètre étudiée comprend :

  • 8 allers-retours Intercités Paris – Amiens
  • 5 allers-retours Intercités Paris – Amiens – Boulogne sur mer
  • 7 allers-retours TER Paris – Amiens
  • 4 allers-retours TER Paris – St Just en Chaussée
  • 1 aller-retour TER Paris – Clermont de l’Oise
  • 10 allers-retours TER Amiens – Lille
  • 3 TER Rouen – Amiens – Lille

13 allers-retours Intercités et 7 TER, soit 20 rotations journalières. En complément, 7 allers-retours TER assurent une desserte complémentaire entre Creil et Amiens.  Parmi les 13 Intercités, 5 assurent la liaison Paris – Boulogne sur mer.

250409_67540abbeville

Abbeville - 25 avril 2009 - 9 voitures Corail et 2 BB 67400 pour ce train Boulogne - Paris marquant l'arrêt à Abbeville : notre proposition assure a minima le maintien des 5 allers-retours, et préconise à terme un cadencement aux 2 heures. © transportrail

Renouvellement du matériel : des données d’entrée partielles

Le remplacement des rames tractées Corail par des automotrices Omneo Premium offre l’occasion de réexaminer le schéma de desserte et de valoriser les aptitudes des automotrices pour améliorer les relations entre Paris et les Hauts de France. Dans le scénario contractualisé entre l’Etat et la Région Hauts de France, la liaison Paris – Boulogne sur mer, également transférée, est assurée au moyen de Coradia Liner bimodes, puisque la section Amiens – Rang du Fliers n’est pas électrifiée. En revanche, ces trains étant moins capacitaires (267 places sur 110 m), ils génèrent de plus fortes contraintes vis-à-vis de la capacité, du fait d’une demande fortement concentrée sur la section Paris – Amiens. L’accord porte sur 10 rames Coradia Liner pour les liaisons Paris – Boulogne sur mer et une provision de 250 M€ pour le matériel à deux niveaux.

La provision de 250 M€ portera évidemment sur la gamme Bombardier. La version Omneo Premium apparaît toute désignée pour assurer la succession des Corail. Etant donné qu’il n’y a pas de sections aptes à 200 km/h en Picardie, une version limitée à 160 km/h serait suffisante. Cependant, il y a un intérêt évident à homogénéiser le parc : la version 135 m retenue par la Normandie, avec 480 places (qui semble pouvoir être encore améliorée pour atteindre 500 places) mériterait donc d’être adoptée, plutôt qu'une version de 110 m qui impliquerait une gestion plus alambiquée de formations UM3 en hyperpointe. L'écart de capacité, relativement modeste, pourrait être gérée au moyen d'une réorganisation des dessertes favorisant un lissage de la fréquentation (sans pour autant imposer aux salariés des horaires incompatibles avec leur emploi...).

010315_22346chantilly

Chantilly - 1er mars 2015 - Passage à 160 km/h d'un Intercités Amiens - Paris emmené par la BB 22346. Chantilly bénéficiera de la liaison Roissy - Picardie : une ligne nouvelle permettant non seulement d'accéder aux liaisons TGV Intersecteurs et d'améliorer les liaisons domicile - travail entre l'Oise et la zone logistique de l'aéroport. © transportrail

Il faut ajouter que les Z26500 (TER2Nng 5 caisses) et les rames V2N (10 voitures) concourent à la desserte Paris – Picardie. L’arrivée des Omneo Premium pourrait être l’occasion de redistribuer les  séries de matériel de sorte à homogénéiser les prestations offertes par missions. 

220510_517orry

Orry la Ville - 22 mai 2010 - Les TER2Nng pentacaisses offrent certes une capacité élevée, mais le niveau de confort sur des longs trajets est insuffisante et les bagageries sont de faible contenance ce qui pose problème sur des liaisons utilisées par des voyageurs parfois dotés de bagages nombreux. © transportrail

La Région Hauts de France disposera de 7 Régio2N en version TER 135 m périurbains, avec une capacité assise maximale (mais des performances minimales : 2400 kW pour 300 tonnes...). A terme, une commande complémentaire permettrait d’éliminer les V2N en fin de carrière, même avec rénovation. Dès lors TER2Nng et Régio2N s’arrogeraient les dessertes TER au départ de Paris, tandis que les relations Intercités seraient du ressort des Omneo Premium.

021011_15036saint-denis

Saint Denis - 2 octobre 2011 - Question capacité, on ne fera pas mieux qu'une V2N, mais c'était avant les différentes normes qui coûtent au total 15% de places assises. Les Régio2N XXL commandés en appoint ne brilleront pas par leurs performances, à peine compatibles avec les marches en longues rames tractées... L'arrivée sur Paris reste le point dur de l'exploitation des liaisons Paris - Picardie, imposant de rechercher de la capacité par l'architecture du train plus que par la fréquence. © transportrail

Quelle structure de desserte ?

Le schéma de base découlant de l’accord Etat-Région présente l’inconvénient de s’adosser sur la desserte existante et de n’intégrer que les besoins de renouvellement du matériel sur cette base.

Il faut aussi intégrer les effets de la mise en service de la liaison Roissy – Picardie, qui va impacter la desserte d’Amiens. Il s’agit donc de redistribuer assez largement les cartes avec un nouveau plan de transport.

Le scénario alternatif que nous proposons élargit le périmètre du projet. Il s’appuie sur les axes suivants :

  • Structurer les offres rapides (un seul arrêt à Longueau) et express (desserte de Chantilly, Creil, Clermont de l’Oise, Saint Just en Chaussée et Longueau) entre Paris et Amiens ;
  • Augmenter la capacité de transport entre Paris et Amiens en intégrant la contrainte capacitaire parisienne ;
  • Améliorer la desserte du réseau de villes des Hauts de France et les liaisons interrégionales.

La proposition de transportrail s’inscrit dans la continuité du CPER 2015-2020 qui mentionne l’électrification de la section Amiens – Rang du Fliers. Cette opération a plusieurs avantages :

  • pour le fret afin de constituer un vrai itinéraire de contournement de la conurbation nordiste par l’itinéraire Dunkerque – Calais – Amiens – Laon – Reims – Chalons – Dijon ;
  • pour le voyageur, en autorisant l’engagement d’Omneo Premium sur les missions Paris – Boulogne à la place des Coradia Liner contraints en capacité (267 places sur 110 m).

260509_15001pno1

Paris Nord - 26 mai 2009 - Tête de série des BB 15000, la 15001 bientôt quinquagénaire, est vue ici au départ d'un Intercités pour la Picardie, avec une douzaine de voitures Corail au crochet. © transportrail

L’offre rapide (un seul arrêt, à Longueau) et capacitaire (en Omneo Premium) s’appuierait donc sur les 13 allers-retours existants, restructurés avec un montage différent entre pointe et journée compte tenu de l’écart de besoin :

  • en heure de pointe : alternance de trains bitranches Paris – Amiens / Boulogne et de Paris – Amiens en UM2 cadencés aux 2 heures
  • en journée, un train toutes les 2 heures Paris – Amiens, avec en mi-journée l’insertion en renfort du 5ème aller-retour Paris – Boulogne pour disposer d’un train par heure dans la tranche 12h-14h, compatible avec des séjours d’une demi-journée à Paris ou Amiens. La desserte en heures creuses pourrait se satisfaire de rames simples. 

Une offre express desservant Orry la Ville, Chantilly, Creil, Clermont de l’Oise, St Just en Chaussée, Breteuil et Longueau serait composée des 12 allers-retours existants, à prolonger systématiquement à Amiens, avec une cadence horaire en pointe et aux 2 heures en journée.

Dans cette catégorie seraient aussi intégrées les liaisons Roissy – Creil - Amiens, prévues à la mise en service de la courte section nouvelle à hauteur de 3 allers-retours : un renforcement à 9 allers-retours serait possible sans création d’offre entre Creil et Roissy, puisque le projet de desserte actuellement étudié prévoit – outre les 17 allers-retours vers Compiègne – 6 allers-retours terminus Creil. Enfin, une trame omnibus avec 8 allers-retours Creil – Amiens serait maintenue, mais avec probablement la nécessité d’utiliser les possibilités de dépassement dans les gares principales.

Le retour de trains Paris – Lille par Amiens ?

C’est une question qui se pose légitimement à bien des égards. Aujourd’hui, l’offre ferroviaire Paris – Lille se limite au TGV ou à un jonglage aléatoire dans les correspondances à Amiens entre un Intercités et un TER. Sinon, le voyageur en quête de petit prix est prié d’aller sur la route.

On notera que la trame TER Amiens – Lille est assez fournie avec 13 allers-retours, globalement espacés d’une heure en pointe et aux 2 heures en journée. Parmi ces trains, 3 sont prolongés à Rouen. La présente réflexion propose d’explorer les possibilités de prolongement de trains Paris – Amiens à Lille en limitant le besoin de circulations supplémentaires afin d’en maîtriser le coût, en ciblant une desserte toutes les 2 heures, sans impacter l'offre Lille - Rouen.

Bref, sur la base des 13 allers-retours existants, de couper la poire en deux : un sillon Lille - Rouen toutes les 2 heures et un sillon Amiens - Lille qu'il faudrait fusionner avec un sillon Paris - Amiens, afin de ne pas requérir de sillons supplémentaires en Ile de France, la section Paris - Villiers le Bel étant en limite de capacité du fait du tronc commun avec les TGV filant ensuite sur LN3. En revanche, on pourra s'autoriser une recomposition de desserte entre Amiens et Arras pour accélérer les actuels sillons Amiens - Lille en proposant une offre de proximité distincte. Objectif : un Paris - Lille en moins de 2h30 avec arrêts à Longueau, Amiens (rebroussement), Arras et Douai.

280610_616amiens

Amiens - 28 juin 2010 - Les TER2Nng tricaisses acquises par la Région Nord Pas de Calais assurent les TER Lille - Amiens, dont 3 sont prolongés à Rouen. Avec une offre quasiment cadencée à l'heure entre Lille et Amiens, il existe de belles opportunités d'études non seulement pour dynamiser une dorsale Lille - Douai - Arras - Amiens - Rouen et proposer une offre régionale sans correspondance entre Paris et Lille. © transportrail

Première contrainte commune à l’ensemble des scénarios : l’enveloppe de 250 M€ pour du matériel Omneo Premium ne suffira pas et il faudra donc passer par une acquisition complémentaire à la charge de la seule Région, mais qui pourrait s’inscrire dans le cadre d’une redistribution du parc TER Hauts de France et du renouvellement des matériels les plus anciens, les VR2N associées désormais à des BB22200.

011207_16043pno1

Paris Nord - 1er décembre 2007 - Les BB 16000 ont achevé leur carrière sur les axes Paris - Amiens / Saint Quentin. Remplacées par le duo 15000 / 22200, les trains ont gagné 1 MW avec le changement de génération de locomotives. Quelles seront les aptitudes dles Omneo Premium ? © transportrail

Second point : la capacité d’emport. Aujourd’hui quelque peu en sommeil, l’achèvement de l’électrification de la Côte d’Opale, entre Amiens Rang du Fliers permettrait d’engager des Omneo Premium plutôt que des Coradia Liner sur la relation Paris – Boulogne qu’il faudrait au demeurant rétablir jusqu’à Calais. De la sorte, en pointe, l’offre rapide Paris – Amiens cadencée à l’heure alternerait une mission Amiens et une mission bitranche Calais / Lille.

Synthèse

  • 1 sillon rapide Paris – Amiens par heure, utilisé une fois sur deux pour une mission bitranche Calais / Lille
  • 1 sillon express Paris – Amiens toutes les heures en pointe et aux 2 heures en journée
  • 1 sillon express Roissy – Amiens toutes les heures en pointe et aux 2 heures en journée
  • Une offre omnibus Creil – Amiens et Amiens – Arras recomposée
  • Electrification en 25 kV de la section Amiens – Rang du Fliers
  • Matériel roulant : Omneo Premium 135 m type Normandie
  • Acquisition complémentaire d’Omneo Premium pour les sillons rapides (et l'intégration des bitranches Boulogne / Lille) et de Régio2N pour succéder aux rames de voitures V2N
  • Redistribution des Coradia Liner initialement engagés sur Paris – Boulogne sur mer