Un axe de référence pour les transversales

La transversale Lyon - Nantes évoque, selon les générations, des 231G ou 231H tractant des voitures OCEM, des RGP1 en livrée vert et crème, des RTG ou des CC72000 en tête de voitures Corail.

231G240_Vierzon_1957

Vierzon - 1957 - Dans une gare dont les voies abondemment garnies témoignent de l'importance du carrefour ferroviaire, la 231G240 fait étape en tête d'un express Nantes - Lyon. (collection D. Gamard)

RGP_Lyon-Perrache

Lyon Perrache - Fin des années 1950 - cette RGP2, alias lézard vert, constituait à cette époque le fleuron du matériel pour les express et avait permis de substantiels gains de temps et de confort sur les transversales : songez que ces rames disposaient d'une cuisine dans la remorque ! (collection D. Gamard)

D'un point de plus géographique, elle évoque ces noeuds ferroviaires bien connus des amateurs : Saint Germain des Fossés, Saincaize, Vierzon et Saint Pierre des Corps.

72017tours

Tours - automne 2005 - Les moteurs de la CC72017 vient d'être lancés, enfumant quelque peu la verrière de Tours. Ces machines de prestige, coûteuses en exploitation, ont toutefois assuré très correctement leur service jusqu'à ce que les opérations de maintenance ne soient limitées au strict minimum, affectant la fiabilité et augmentant les défaillances, y compris en ligne. © transportrail

Marquée par le franchissement de la rampe des Sauvages entre Tarare et Roanne, l’arrivée dans les années 1950 des automoteurs sur cette relation avait sérieusement réduit les temps de parcours : les RGP1, plus puissantes avec leurs 825 ch et courant à 140 km/h, étaient toutefois détrônées en 1977 par les RTG, qui s’emparaient d’une nouvelle grille comprenant 4 allers-retours en 6h07 de Lyon à Nantes.

Le succès fut tel que la SNCF dut se résoudre à l’époque à retirer les RTG et engager des rames de 7 voitures Corail emmenées par une CC72000 à compter de 1979. Une situation qui perdura jusqu’en 1991, jusqu’à la mise en service des premiers TGV Lyon – Nantes via Massy, désormais au nombre de 4, et qui servit de prétexte à la SNCF pour alléger progressivement l’offre via Moulins et Bourges, limitée à 2 allers-retours.

72042-4506-tar-260306

Tarare - 26 mars 2006 - Composition classique sur site bien connu de la tranversale Nantes - Lyon : la CC72042 emmène 7 voitures Corail sur le viaduc de Tarare, qui marque le début de l'ascension de la rampe des Sauvages. Atteignant 26  pour mille, les CC72000 arrivaient dans le meilleur des cas au sommet à 55 km/h ! © N. Godin - lyonrail.

D'un point de vue plus politique, Lyon - Nantes rappelle le différend entre les Régions, la SNCF et l'Etat au début des années 2000 sur l'avenir de cette relation desservant le centre de la France. On se souvient qu'en 2004, la SNCF avait manifesté son intention d'écrémer drastiquement les liaisons Corail déficitaires. Face au tollé politique, des compromis, plus ou moins acceptables, avaient été actés et une partie des trains avait pu être maintenue mais en à peine une décennie, l'offre diurne avait été divisée par deux. La SNCF voulait remplir les TGV Lyon - Nantes, détricotant par étapes - pour que cela ne soit pas trop visible - la desserte classique via Vierzon et en faisant fi des besoins de cabotage interrégional ne pouvant être couvert par le réseau à grande vitesse. Le train de nuit Genève - Quimper a évidemment fait les frais de cette purge.

0505_72044bourre

Bourré - Mai 2005 - La ligne de Tours à Nevers est désormais électrifiée, sur l'initiative de la Région Centre et avec le concours de l'Union Européenne. Les CC72000 en tête de voitures Corail ont rejoint au rang de souvenirs les RGP et autres RTG. © transportrail

67365-4548-lpr-101205

Lyon Perrache - 10 décembre 2005 - La tranversale Nantes - Lyon avait encore aussi une relation nocturne. Emmené ce jour là par un UM de BB67300, 67365 en tête, le train 4548 a été ensuite dévié par l'Ile de France avant d'être purement et simplement supprimé. © N. Godin - lyonrail.

Une relation soutenue par les Régions

Parallèlement, avec beaucoup d'efforts de conviction, les Régions Rhône-Alpes, Bourgogne et Centre ont mis en cohérence des TER existants partiellement ou totalement pour créer de nouvelles relations de bout en bout. Ainsi, en décembre 2005, l'offre Intercités constituée de deux allers-retours Lyon - Tours via Roanne (avec prolongement d'un aller-retour à Nantes en fin de semaine) a été doublée par la transformation en TER de bout en bout de l'aller-retour Lyon - Orléans (qui était déjà TER Centre d'Orléans à Saincaize), et la création d'un aller-retour Lyon - Tours, tous deux tracés via Paray le Monial.

230509_81710stnizier

23 mai 2009 - Saint-Nizier d'Azergues - En tête du TER Lyon - Tours, le B 81709/10 en livrée Rhône-Alpes (tendance pomme-aubergine) dans la vallée d'Azergues. La coordination des offres régionales de Rhône-Alpes, Bourgogne et Centre a permis la création en décembre 2005 d'un aller-retour Lyon - Tours via Paray le Monial, assuré en AGC, seul matériel mobilisable pour cette relation. © transportrail

Si en principe, les temps de trajet sont voisins (10 minutes d'écart) entre Lyon et Moulins, l'application sur la ligne Moulins - Lozanne de ralentissements, du fait d'une infrastructure à bout de souffle, dégrade la performance, malgré le recours à des AGC bimodes B81500. La section Paray - Lozanne a été renouvelée en 2017, permettant de revenir aux performances nominales, mais la Région Rhône-Alpes avait préalablement revu la desserte en ajoutant plusieurs arrêts entre Lozanne et Lamure sur Azergues plombant le temps de parcours de ces trains. Qui plus est, l'aller-retour Lyon - Orléans a été limité au parcours Lyon - Nevers par une Région Centre en panne d'inspiration.

Quant aux Intercités, les CC72000 agonisantes ont été remplacées en décembre 2009 par des X72500 tricaisses libérés par l'arrivée des AGC B82500 de Rhône-Alpes. D'un confort d'assise correct et bien suspendus, ces matériels plus véloces n'ont cependant pas redorer le blason de la transversale du fait de leur fiabilité exécrable et de leur niveau sonore élevé à bord.

180813_72709lyon-perrache2

Lyon Perrache - 18 août 2013 - Deux X72500 tricaisses emmenés par le 72509/10 sont engagés sur l'Intercités Lyon - Nantes d'après-midi. Si la relation a perdu de sa notoriété, elle reste placée sur le quai A, le quai d'honneur, de son origine lyonnaise. Si les X72500 sont diversement appréciés, du moins ont-ils permis de maintenir la relation... © transportrail

Néanmoins, les rames tractées ont fini par faire leur retour : la Région Rhône-Alpes avait souhaité récupérer ses X72500 qu'elle louait à Intercités. Les voitures Corail étaient tractées par des BB67300/400 à l'agonie sur l'étape Lyon - Nevers, relayées par des BB26000 sur l'étape Nevers - Tours - Nantes, puisque la mise en oeuvre du cadencement en 2012 a entrainé la création d'un arrêt à Nevers pour supprimer les navettes Nevers - Saincaize financés par Intercités.

300515_67345moulins2

Moulins - 30 mai 2016 - 6 voitures Corail et une seule BB67300 sur l'étape Lyon - Moulins. L'agonie de la formule en rame tractée de la liaison Lyon - Nantes, avec certes des voitures Corail rénovées un peu plus avenantes. © transportrail

Dans la catégorie « ça s’en va et ça revient », Lyon - Nantes s'est illustré par cette forte versatilité des matériels affectés dans cette période d'incertitude sur l'avenir de la liaison puisque les X72500 sont revenus en 2016, bénéficiant de la libération de quelques rames par l'arrivée des Régiolis sur l'axe Paris - Granville. Finalement, les Coradia Liner série B85000 sont arrivées à l'été 2017 avec à la clé, maintenance à Nantes oblige, un prolongement systématique des 2 allers-retours à Nantes.

Infrastructures : un axe bien doté mais sous-employé

La relation Lyon – Nantes a bénéficié, de longue date, de programmes d’investissements sur les infrastructures. Outre l’électrification et le renouvellement de la signalisation de Nantes à Tours, la Région Centre avait financé un premier programme sur la signalisation de Tours à Vierzon, tandis que l’Etat avait électrifié la section Vierzon – Bourges, mais au titre de la radiale Paris – Bourges. En 2008, la caténaire a été mise en service de Tours à Vierzon, projet porté par la Région Centre, qui engageait dans la foulée le financement de la section Bourges – Saincaize, mise sous tension en 2011.

Cependant, tout comme l’électrification de l’axe Paris – Clermont Ferrand, elle n’a pas réellement tiré profit de la traction électrique. Le hiatus thermique entre l’axe du Bourbonnais et Lyon continue de solliciter les engins Diesel, de façon particulièrement sévère entre Tarare et Roanne sur la rampe des Sauvages : il s'agit de la seule vraie difficulté - 26 pour mille - d'un axe au profil plutôt facile, et autorisant des vitesses de 130 à 160 km/h de Nantes à Saint Germain des Fossés, et de 110 à 140 km/h jusqu'à Lyon sur le flanc est du Massif Central.

300714_26024montrichard1

 Montrichard - 30 juillet 2014 - Les TET sont depuis 2013 à nouveau assurés en rame Corail avec une BB67300/400 de Lyon à Nevers et une BB26000 de Nevers à Tours. La BB26024 sort du tunnel de Montrichard avec un train pour Tours. © transportrail

Par ailleurs, les B81500 des Régions engagés sur les TER via Paray le Monial n’étant apte qu’au 1500 V continu, n’utilisent leur pantographe qu’entre Tours et Saint Pierre des Corps et entre Vierzon et Bourges, puisque les autres sections électrifiées ont adopté le 25 kV.

L’achèvement de la jonction Est-Ouest passant par l’électrification de Nevers – Chagny, les projets concernant l’axe de la vallée d’Azergues (Moulins – Paray – Lozanne – Saint Germain au mont d’Or) ou par Roanne et Saint Etienne sont devenus de fait caducs. En conséquence, le choix d’un automoteur Intercités bimode semble durable, du moins tant que des TGV ne pourront circuler entre Lyon et Tours en empruntant la LN1 puis la VFCEA pour rejoindre Nevers, soit au mieux pas avant une quinzaine d'années ce qui laisse le temps pour valoriser une relance des dessertes à l'occasion du renouvellement du matériel, la solution de location de rames Rhône-Alpes n'étant qu'un palliatif de court terme. 

Après le rapport Duron

L'élu normand chargé de proposer la nouvelle feuille de route des TET a plutôt bien servi la transversale Nantes - Lyon puisqu'il a préconisé le passage de 2 à 4 allers-retours et surtout de généraliser la desserte entre Tours et Nantes qui n'existe actuellement qu'en fin de semaine. Ce second point a été mis en oeuvre en décembre 2017... mais toujours avec 2 allers-retours seulement.

L'arrivée des Coradia Liner bimodes, commandés par l'Etat pour renouveler rapidement le parc sur les liaisons ayant encore besoin de la traction thermique, est devenu réalité sur l'axe en décembre 2017, ce qui permet de profit de la traction électrique présente de Nantes à Saint Germain des Fossés, soit sur les trois quarts du parcours. Le maintien du crochet par Nevers fait en revanche question car s'il bénéficie aux liaisons interrégionales de moyenne distance (Lyon - Nevers, Tours - Nevers), il coûte tout de même 25 minutes aux voyageurs qui vont du Val de Loire à l'Auvergne ou à la vallée du Rhône. Le système de correspondance à Saincaize avait du bon et pourrait être restauré par le prolongement à Saincaize des TER Bourgogne Cosne - Nevers. La desserte de Nevers serait alors assurée depuis Tours par les TER Centre existants.

En revanche, en 2018, les Intercités desservent l'agglomération tourangelle par la seule gare de Saint Pierre des Corps, évitant un rebroussement de plus. Cependant, il semble que la Région Centre ait obtenu de l'Etat le retour de l'arrêt sous les verrières de la gare de Tours, ce qui pénalisera d'au moins 20 minutes le trajet de bout en bout. Le meilleur temps est obtenu en 2018 au train 4402, plus rapide d'au moins 21 minutes que le second temps de parcours, celui du 4504.

  • 4402 : Nantes 6h43 - Saint Pierre des Corps 8h30 - Lyon Part Dieu 13h15 - Lyon Perrache 13h30 (en 6h47)
  • 4406 : Nantes 14h44 - Saint Pierre des Corps 16h50 - Lyon Part Dieu 21h56 - Lyon Perrache 22h10 (en 7h26)
  • 4504 : Lyon Perrache 6h42 - Lyon Part Dieu 6h55 - Saint Pierre des Corps 12h01 - Nantes 13h50 (en 7h08)
  • 4506 : Lyon Perrache 15h30 - Lyon Part Dieu 15h42 - Saint Pierre des Corps 21h16 - Nantes 23h02 (en 7h32)

On notera en conclusion que malgré un matériel utilisant la traction électrique, bien motorisé, facile d'accès et des infrastructures pour le coup plus performantes que dans les années 1970 (vitesse de 160 km/h praticable sur plusieurs centaines de kilomètres), les RTG et leurs 6h07 restent très largement inégalées. Mais rappelons qu'à cette époque, les trains étaient mieux tracés :

  • desserte de Saincaize et Saint Pierre des Corps : pas de crochet par Nevers et Tours
  • arrêts limités à 1 minute dans toutes les gares
  • marge de régularité de 3 min aux 100 km au lieu de 4 min 30

Mais au moins avec ce nouveau matériel, Lyon - Nantes peut espérer un avenir plus radieux si la commercialisation de cette offre était un peu mieux assurée, les logiciels de vente privilégiant encore trop souvent le passage par Paris, pour relier Bourges à Lyon...

131217_85063lyon-perrache_assez

Lyon Perrache - 13 décembre 2017 - Double nouveauté au service annuel 2018 : le prolongement de Tours à Nantes devient quotidien et le service est assuré par les B85000 Coradia Liner gérés par le technicentre de Nantes, gérant déjà les rames de l'axe Nantes - Bordeaux. © S. Assez

151217_85052saint-germain-des-fosses_entressangle1

Saint Germain des Fossés - 15 décembre 2017 - Les B85000 peuvent circuler de Nantes à Saint Germain des Fossés en mode électrique : le changement de mode de traction semble cependant s'effectuer pendant l'arrêt à Moulins car il n'y a pas de signalisation entre Moulins et Saint Germain des Fossés pour un changement de mode de traction en ligne. C'est déjà un net progrès ! © J. Entressengle