Les deux lignes situées sud de l’estuaire de la Loire, vers Pornic et Saint Gilles Croix de Vie, ont alimenté la chronique de l’état du réseau ferroviaire, en 2013, après le drame de Brétigny sur Orge, avec parfois les défauts d’une médiatisation parfois excessive. Il est indéniable que ces deux lignes, comme bien d’autres voies ferrées à caractère régional, étaient alors dans un état d’obsolescence avancée, par des décennies de sous-investissement et des choix politiques nationaux qui ont – trop ? – longtemps favorisé les lignes nouvelles à grande vitesse, accaparant la majorité des crédits destinés au rail.

Si la section Nantes – Sainte Pazanne a bénéficié dans le CPER 2007-2014 d’un RVB après avoir été, voici une cinquantaine d’années, « vignolisée » (modification du rail double champignon pour approcher des caractéristiques géométriques du rail Vignole), l’infrastructure des deux branches de cette étoile du sud ligérien a finalement bénéficié, non sans difficultés, d'un programme complet de modernisation qui a permis de pérenniser ces lignes en améliorant leurs performances.

Ainsi, le train relie désormais Nantes à Saint Gilles Croix de Vie en 1h10 environ, alors qu'il faut 1h28 en voiture avec une circulation fluide. Les autocars TER qui complètent le service ferroviaire mettent eux 1h50. Le train, malgré 5 arrêts, assure la liaison Nantes - Challans en 52 minutes contre 1h pour le car direct ! On compte en 2016 7 allers-retours ferroviaires, 2 allers-retours par autocars entre Nantes et Challans ainsi que des renforcements le lundi et le vendredi à raison d'un aller-retour le lundi et 5 le vendredi dont 2 limités à Challans.

Vers Pornic, la desserte en 2016 comprend 5 allers-retours par train en 1h05 avec 8 arrêts intermédiaires, jumelés en journée à une tranche Saint Gilles jusqu'à Sainte Pazanne. En complément, 4 allers-retours d'autocars relient Nantes à Bourgneuf-en-Retz en 45 minutes (47 minutes en train). En voiture, en conditions normales de trafic, comptez 1h pour le trajet Nantes - Pornic.

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Saint Gilles Croix de Vie - 17 octobre 2005 - Un UM2 X73500 aux côtés d'un autocar Illiade de la Région : deux modes de transports que l'on a un peu trop tendance à mettre en compétition. © N. Godin - lyonrail

D’ouverture en réouvertures

Ouverte le 11 septembre 1875, la ligne de Nantes à Sainte Pazanne et Pornic du Chemin de Fer Nantais était prolongée de Sainte Pazanne à Machecoul le 25 mars 1876 avant d'être mise en faillite et d’être reprise par les Chemins de Fer de l’Etat. Atteignant Challans en 1878, les trains atteignent la côte le 17 octobre 1881, mais la liaison est orientée sur La Roche sur Yon. L’accès à Nantes via Sainte Pazanne oblige à rebrousser à Commequiers.

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En 1970, les plans de réorganisation de la desserte ferroviaire entrainent l’arrêt des circulations sur les lignes de Saint Gilles et de Pornic, sauf pendant la période estivale, pour les vacanciers. Le trafic était maintenu de Nantes à Sainte Pazanne pour le trafic pendulaire des étudiants et employés.

La ligne de Saint Gilles Croix de Vie rouvrait cependant tout au long de l'année dès 1982, à la faveur des quelques réouvertures Fiterman portées par le nouveau ministre des transports... et certaines associations de promotion du train. Néanmoins, elle avait été rendue possible par les économies d'exploitation liées à la fermeture de Nantes - Châteaubriant en 1980 : une initiative de l’Etablissement Public Régional des Pays de la Loire, qui avait bénéficié de la « prime » aux suppressions de km-trains.

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Saint Gilles Croix de Vie - 24 juillet 1990 - Nombre de gares terminus littorales avaient leur liaison directe avec Paris, constituant la tranche d'une relation Grandes Lignes, ici Paris - Nantes. La BB66439 est en tête de ce train Saint Gilles - Nantes - Paris. © Ph. Richards

On notera aussi que la ville de Commequiers avait accepté de sacrifier sa desserte, autorisant la création d'un raccordement direct évitant le rebroussement, accélérant de ce fait les liaisons Nantes - Saint Gilles. La ligne de Pornic ne rouvrait pour sa part que le 1er octobre 2001, notamment grâce à un fort portage associatif.

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Sainte Pazanne - 21 juillet 1996 - Quelle ambiance ! Le chandelier et ses signaux mécaniques, la maison de garde-barrière du passage à niveau numéro 57 et un X4630 "ambulance" dans une livrée très inspirée du tramway nantais, issue d'une rénovation améliorant le confort des voyageurs (finies les banquettes)... mais pas les performances. © F. Lanoue

De l’omnibus moribond à la modernisation du TER

Avec la politique régionale de revalorisation des dessertes ferroviaires, le trafic augmenta pour atteindre environ 4000 voyageurs par semaine. C’est peu vu de Paris (c’est tout juste 2 trains d’une ligne de RER), mais par rapport au territoire et aux performances procurées, pour des lignes promises il y a encore peu à la fermeture, ce résultat peut déjà constituer une petite victoire… qui pourrait en appeler d’autres compte tenu de la périurbanisation du sud nantais.

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Sainte Pazanne - 17 octobre 2005 - Croisement de TER de la ligne de Saint Gilles Croix de Vie, tous deux assurés en UM2 X73500. Un matériel performant sur une infrastructure obsolète. Depuis le cliché, la section Nantes - Sainte Pazanne a été modernisée. © N. Godin - lyonrail

Au titre du contrat de plan Etat-Région 2007-2013, les voies et la signalisation ont été renouvelées à compter de janvier 2009 entre Nantes et Sainte Pazanne, où se séparent les deux lignes. Le Block Automatique à Permissivité Restreinte a pris la succession du Block Manuel, un Poste d'Aiguillage Informatisé a été installé Sainte Pazanne. Ddes rails neufs sur traverses en béton ont remplacé les rails courts « vignolisés » et les traverses accusant plus de 80 ans d’âge sur 23 km entre Rezé et Sainte Pazanne. Pas moins de 5 passages à niveau ont été automatisés et plusieurs ouvrages d’art ont été rénovés pour assainir la plateforme.

Cette phase de travaux a aussi permis de supprimer sur 96 km les nappes de fils télégraphiques, en lien avec l’automatisation de la signalisation, et d’adapter la longueur et la hauteur des quais dans les gares de Rezé, Bouaye, Port Saint Pierre, Sainte Pazanne, Machecoul et Challans.

Ces travaux ont procuré un gain de 4 minutes sur le temps de parcours grâce à la nouvelle signalisation et à une voie permettant de mieux utiliser les aptitudes du matériel moderne. La vitesse maximale a en effet été relevée de 90 à 120 km entre Rezé et le km 6,3, et à 140 km/h jusqu’à Sainte Pazanne.

Le coût de cette première phase a atteint 51 M€, financés par la Région (16,4 M€), RFF (10 M€) les Départements de Vendée et de Loire Atlantique (8,3 M€ chacun) et l’Etat (8M€).

La seconde phase devait moderniser l’infrastructure les deux branches. Dans un premier temps, un relevage de la voie a été opérée par ajout de ballast au printemps 2012 sur la branche de Pornic, des traverses et du ballast ont été ajoutés au second semestre 2012 sur une vingtaine de kilomètres tandis que la section entre le raccordement de Commequiers et Saint Hilaire de Riez a été régénérée en fin d’année 2010. Des travaux nécessaires, mais insuffisants pour assurer la pérennité de la ligne : les ralentissements n'ont pu être évités...

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Saint Gilles Croix de Vie - 17 octobre 2005 - Entrée du TER en provenance de Nantes : le train serpente le long du port en pleine ville, le long de la voirie. Des dispositions héritées d'une conception au plus proche des côtes, argument commercial à la fin du 19ème siècle, mais que certains jugent aujourd'hui gênante pour le trafic routier. © N. Godin - lyonrail

Résultat, en dépit des améliorations apportées entre Nantes et Sainte Pazanne, la qualité du service a continué de se dégrader et la Région a donné de la voix.

Pour rénover intégralement les sections Sainte Pazanne – Pornic et Sainte Pazanne – Saint Gilles Croix de Vie, la Région a ainsi financé 108 M€ de travaux, au titre du CPER 2015-2020, pour accélérer la réalisation des travaux, sans attendre l'engagement financier de l'Etat. La médiatisation de la ligne au cours d'un reportage dans Envoyé Spécial sur France 2, n'a pas été étrangère à la décision de la Région de ne pas attendre la signature du CPER pour faire l'avance budgétaire de ces travaux.

Malheureusement, les délais annoncés à l'époque par RFF n'ont pas été tenus et la réouverture dut être différée, provoquant la colère des élus régionaux contre SNCF Réseau, informés en dernière minute du retard pris dans la restitution de la ligne. Initialement prévue en juin 2015, la réouverture des deux branches n'a pu être effective que fin août, portant un évident préjudice à l'économie balnéaire du littoral. En conséquence, Jacques Auxiette, alors Président du Conseil Régional, avait symboliquement démissionné de son siège d'administrateur de SNCF Réseau.

Reste que la ligne est - enfin - modernisée et pérennisée. C'est bien là l'essentiel !

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Challans - 28 février 2016 - Matériel moderne et performant, voie neuve, quais mis aux normes et sgnalisation automatisée : la ligne de Saint Gilles Croix de Vie peut désormais voir l'avenir plus sereinement... mais le chemin fut semée d'embuches... © transportrail

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Saint Gilles Croix de Vie - 28 février 2016 - L'entrée du TER sur le port de Saint Gilles, vue d'en face, depuis la dune enserrant le chenal d'entrée au port. Un environnement multimodal : ne manque que le navire assurant les navettes touristiques vers l'ile d'Yeu... © transportrail

Et si Notre Dame des Landes était abandonné ?

Quel rapport de prime abord entre l'étoile de Sainte Pazanne et le tumultueux projet de nouvel aéroport nantais ? Tout simplement parce qu'il peut être échaffaudé un plan B valorisant l'axe Nantes - Sainte Pazanne, qui longe l'actuel aéroport de Nantes Atlantique. Mieux, il faut rappeler que le tracé a été modifié entre Rezé et Bouaye en 1969 lors de sa création. L'amorce de l'ancien tracé existe toujours, utilisé épisodiquement par quelques dessertes locales de fret dans la zone industrielle. La voie longe le terminal voyageurs, ce qui offrirait une belle opportunité d'installation d'un terminus ferroviaire très commode.

La desserte serait assurée par le prolongement des trains arrivant à Nantes par l'ouest, c'est à dire les Rennes - Nantes, Le Croisic - St Nazaire - Nantes et les Quimper - Nantes. Elle s'inscrirait assez aisément sans un RER nantais. Evidemment, il faudrait électrifier la section comprise entre l'île de Nantes et l'aéroport et probablement doubler la ligne jusqu'en gare de Rezé pour faciliter l'exploitation.

On en profiterait pour ajouter une station TER sur l'île de Nantes à proximité de l'avenue des Martyrs, pour assurer la correspondance avec le réseau de tramways (lignes 2 et 3 existantes, auxquels s'ajoutent les projets dans l'île en lien avec le nouvel hôpital) pour réaliser une desserte fine de l'agglomération bien maillée avec les transports urbains. Tout ceci pour quelques dizaines de millions d'euros, et finalement de façon assez indépendante du devenir d'une ligne nouvelle Nantes - Rennes qui peut se justifier avec les besoins périurbains nantais (vers Savenay et Redon) et rennais (vers Messac et Redon) et de la liaison entre les deux métroples.

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