La ligne de la Côte Fleurie, reliant Deauville, Houlgate et Cabourg, est aujourd'hui exploitée en antenne depuis Deauville. Elle a échappé à la fermeture envisagée par la SNCF à l'occasion de l'électrification de Paris - Deauville et, fort de son potentiel touristique indéniable, connaît toujours un certain succès. Son histoire chahutée et intimement liée à celle de la liaison Paris - Deauville la rend d'autant plus attachante.

Aux origines de la ligne

En 1855, était mise en service la ligne de Mantes à Lisieux. Trois ans plus tard, la ligne était prolongée à Cherbourg. En 1863 était créée une nouvelle liaison vers la mer avec l'antenne en Y reliant Lisieux à Honfleur d'une part et à Trouville-Deauville d'autre part, via Pont l'Evêque. Le tourisme balnéaire était déjà en plein essor. Avec cette desserte ferroviaire, Deauville, créée de toutes pièces par le ministre de l'intérieur de Napoléon III, devenait ainsi la station balnéaire la plus aisément accessible de la très chic clientèle parisienne. Elle l'est toujours aujourd'hui, son accès en 2h03 depuis Paris-Saint-Lazare demeurant largement compétitif face à la voiture.

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Aujourd'hui gare terminus, la gare de Trouville-Deauville était autrefois dotée d'un raccordement portuaire au bassin à flot.

Parallèlement, sous l'impulsion des élus de la région et les pressions des communes, un projet de liaison était lancé pour relier Mézidon (localité située entre Lisieux et Caen) et Dives-Cabourg, où une station balneaire avait également été créée et qui souffrait de son manque de desserte par le chemin de fer. Dix ans après le lancement du projet et après le dépôt de bilan successif de deux compagnies d'intérêt local en charge des travaux, le département rachèta les parts de la concession, poursuivit les travaux et finalement, en 1878 mettait en service cette nouvelle antenne de l'artère Paris-Cherbourg.

Le raccordement côtier de 23 km en voie unique reliant Dives-Cabourg à Deauville-Trouville fut réalisé en 1882-1884, en prolongement de la ligne Caen - Dives-Cabourg mise en service en 1881 jusqu'à Dozulé. Les section d'extrémités, de Dives-Cabourg à Houlgate et de Trouville-Deauville à Villers sur Mer furent réalisées les premières, en 1882, suivies de la section centrale, techniquement plus difficile, en 1884. Le maillage prennait forme. Les stations balnéaires et compagnies ferroviaires profitaient mutuellement de leur succès et poursuivaient leur développement. En 1881, une nouvelle voie était posée, reliant Caen à la ligne de Mézidon à Dives-Cabourg au niveau de Dozulé. En 1891-1892, la première ligne des chemins de fer du Calvados ouvrait entre Caen et Dives, avec trois haltes sur la commune de Cabourg.

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Le succès des trains balnéaires

Dès le début de son exploitation en 1863, cinq trains circulaient quotidiennement sur Lisieux - Trouville-Deauville et, très rapidement, furent mis en place des trains saisonniers directs depuis Paris. La Compagnie Internationale des Wagons-Lits ciblait un marché de luxe en créant en 1884 le Trouville-Express, avec voitures-salon et restaurant, puis en 1904 le train saisonnier de luxe Cabourg-Express. Afin de faciliter leur accès, des travaux de remaniement de la bifurcation de Lisieux furent réalisés en 1892. A la veille de la 1ère Guerre Mondiale étaient proposés huit trains par jour sur Lisieux-Deauville dont trois directs depuis Paris. Pendant la guerre, la ligne de Trouville à Dives servit à l'acheminement des blessés et à la desserte de l'usine de Dives dont les activités avaient évolué vers la fabrication d'obus.

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A l'époque où le bain de mer se prenait habillé - décence oblige ! - Cabourg était à 5 heures de Paris et la Compagnie de l'Ouest vantait les mérites des plages normandes... et de ses casinos !

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Le célèbre site de la digue littorale entre Houlgate et la gare de Dives-Cabourg. En dépit du caractère très touristique du site, on remarque évidemment la vaste usine Secrétan située à l'entrée de Cabourg, visible depuis toute la plage à l'époque !

L'offre de luxe fut reconduite après la guerre avec notamment en 1927 le Deauville-Pullman Express composé de voitures-salon, mais rencontra un succès mitigé. Les voitures Pullman furent incorporées à deux des quatre rapides saisonniers Paris - Trouville. Puis, aux rames tractées de locomotives à vapeur 231 ou 241 succédèrent de nouveaux matériels automoteurs. En particulier, suite à la démonstration largement médiatisée en 1931 d'une Micheline prototype reliant Paris à Deauville à 107 km/h de vitesse moyenne, des services réguliers furent assurés par des Michelines de série puis, en 1933, par des autorails Bugatti, tandis que des automotrices Schneider assuraient une partie des navettes de Lisieux à Deauville et un service Honfleur - Deauvillé avec rebroussement à Pont-l'Evêque. En 1933, la desserte omnibus Lisieux-Trouville fut totalement remaniée et cadencée à 12-15 navettes par jour d'autorails Renault VH auxquelles s'ajoutaient 4 ou 5 rapides et express saisonniers, dont certains avec des voiture directes pour Dives-Cabourg.

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Trouville-Deauville - 18 août 2015 - Le parvis de la gare. L'actuel bâtiment voyageurs date de 1931, construit à l'emplacement de l'ancien datant de 1863 et qui s'avérait trop exigu devant le succès de la côte. © E. Fouvreaux

Coordination et régression ferroviaire

Les sections Caen - Dozulé et Mézidon - Dives, subissant la concurrence routière et le décret de coordination rail route, fermèrent au service voyageurs en 1938. Sous l'occupation, avec les restrictions pour l'accès des civils aux plages du littoral, ne circulaient plus qu'un train quotidien entre Dives-Cabourg et Deauville, classé marchandises-voyageurs et, temporairement et sous la même catégorie, un train reliant Mézidon à Dives-Cabourg. En raison de la présence de l'usine métallurgique Tréfimétaux à Dives, cette ligne vit circuler des trains de marchandises jusqu'en 1969 avant de fermer définitivement. L'acheminement de marchandises vers Dives se poursuivra jusqu'en 1985 via Trouville-Deauville.

Endommagée pendant la guerre, la ligne de la Côte Fleurie rouvrit au trafic voyageurs en 1946 ; en revanche, la section Troarn-Dozulé ne fut pas remise en état et fut déclassée dans les année 50. Sur Paris - Trouville-Deauville, le service reprit avec 4 à 5 navettes omnibus entre Lisieux et Trouville-Deauville et 2 à 4 express saisonniers Paris - Trouville-Deauville - Dives-Cabourg. La ligne vit alors circuler notamment des autorails Bugatti, puis une RGP bimoteur X 2700 en 1955, et des rames tractées de locomotives Diesel BB 63500, 66000, puis BB 67000 et A1A-A1A 68000.

Turbotrain : le prestige de la vitesse

En 1970, les omnibus furent supprimés, mais l'apparition des Turbotrains ETG (puis les rames à turbine à gaz, RTG, en 1975) sur Paris - Deauville - Dives-Cabourg vint bouleverser la desserte de la Côte Fleurie et son image auprès du public. Ce matériel réversible, permettant un rebroussement facilité à Deauville, assurait 3 des 4 express Paris - Dives-Cabourg avec d'importants gains de temps à la clé et un confort accru. Il y avait même une cuisine dans les ETG !

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L'affiche de 1970, très stylisée selon la tendance de l'époque, vantant les mérites de la vitesse du turbotrain : le train avait à l'époque des idées d'avance...

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Les RTG sont arrivées en 1974-1975 sur les liaisons Paris - Cherbourg / Dives-Cabourg afin d'apporter une capacité supplémentaire. Elles ont circulé sur la ligne jusqu'en 1995 et ont fait l'objet de cette aquarelle en carte postale. Le site illustré est celui d'Houlgate, qu'on retrouve dans les clichés ci-dessous.

En 1994, la ligne de Lisieux à Trouville-Deauville fit l'objet de travaux de modernisation et de simplification consistant en une mise à voie unique (avec unique point de croisement à Pont l'Evêque), équipement BAPR et électrification en 25 000 V monophasés, en complément de l'artère Paris-Cherbourg également électrifiée.

Quand mobilisation rime avec revitalisation

La mise en service de la traction électrique en 1996 mit fin à la desserte par Turbotrains, au profit de rames Corail tractées de locomotives BB 16000, 26000 et 15000. Avec l'électrification de Paris - Deauville, la SNCF reconsidéra très sérieusement le devenir de la ligne de la Côte Fleurie. Pour des raisons économiques, l'électrification n'était pas envisagée sur cette antenne au trafic saisonnier. La rupture de charge devenant inévitable, fallait-il conserver des navettes ? En 1998, résultat d'une forte mobilisation des associations et élus locaux, fut finalement signée une convention entre la Région Basse Normandie, SNCF et RFF pour le maintien et la modernisation de la ligne. En 2001, des X73500, puis des AGC furent mis en circulation en remplacement des X 4750 et 4900.

Aujourd'hui, en saison, 4 à 5 trains directs en moyenne depuis Paris et 8 navettes circulent quotidiennement entre Lisieux et Trouville-Deauville, tandis que 8 navettes assurent la desserte de la Côte Fleurie entre Trouville-Deauville et Dives-Cabourg. L'exploitation de cette ligne, longtemps purement saisonnière, est depuis 2004 prolongée les week-ends d'hiver pour relever les correspondances à Trouville-Deauville. Au service 2016, on compte :

  • en juillet et août : 8 allers-retours quotidiens Trouville-Deauville - Dives-Cabourg
  • les autres mois : 2 allers-retours le samedi, 3 le dimanche et un service très ponctuel la semaine se résumant à un aller simple Dives-Cabourg - Trouville-Deauville le lundi matin et dans le sens inverse le jeudi et le vendredi soir.

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Trouville-Deauville - 18 août 2015 - Après son arrivée de Paris, la BB15010 - toujours en livrée Arzens - est remise en tête avant de regagner la capitale. On compte 3 allers-retours directs en saison. © E. Fouvreaux 

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Trouville-Deauville - 18 août 2015 - La superbe fresque à l'intérieur du bâtiment voyageurs fait état du réseau ferroviaire très dense qui autrefois irriguait la Normandie. Aujourd'hui, l'accès à Deauville en train se fait uniquement via Lisieux. Et l'accès à Cabourg uniquement via Deauville. © E. Fouvreaux

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Houlgate - 18 août 2015 - Entre Trouville-Deauville et Houlgate, le train ne longe pas la côte mais emprunte un parcours relativement escarpé à l'intérieur des terres avec une rampe de 28 pour mille dans la tranchée de Gonneville - Saint Vaast, la plus forte de tout le réseau Ouest ! © E. Fouvreaux

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 Houlgate - 18 août 2015 - Pour accéder au quai, il faut contourner l'ancien bâtiment voyageurs, reconverti en salle polyvalente. © E. Fouvreaux

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 Houlgate - 18 août 2015 - La ligne de Trouville-Deauville à Dives-Cabourg est exploitée sous le régime de la navette en consigne locale, n'autorisant qu'un seul train sur la ligne. Elle autorise une vitesse de 90 km/h de Trouville-Deauville à Villers sur mer et de 70 km/h au-delà. Après avoir desservi la gare d'Houlgate, le train poursuit en direction de Dives-Cabourg sur un parcours de bord de mer... © E. Fouvreaux

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 Houlgate - 15 août 2009 -  ... offrant une distraction aux baigneurs. En Normandie il n'y a pas que des vaches pour regarder passer les trains ! © transportrail

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 Houlgate - 18 août 2015 - À l'entrée de Dives, le train est parfaitement intégré au paysage, entre bateaux, voitures et promeneurs. © E. Fouvreaux

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Dives-Cabourg - 15 août 2009 - Le train déverse son flot de visiteurs venus profiter des charmes de la Côte Fleurie. Depuis mars 2009, Cabourg bénéficie du label commune touristique. Le prolongement au centre de Cabourg, un temps étudié, n'a pas connu de suites. © transportrail