Une liaison performante

Reliant trois radiales au départ de Paris Nord vers Lille, Bruxelles et Hirson, la rocade Amiens – Laon résulte de la juxtaposition de deux concessions. Les Chemins de fer du Nord avaient initialement reçu la concession de la ligne de La Fère à Reims via Tergnier qu’elle échangea avec la Compagnie des chemins de fer des Ardennes contre la ligne Creil – Beauvais. La section Tergnier – Laon ouvrit le 1er septembre 1857 mais fut absorbée par les Chemins de fer de l’Est dès 1864. La section d’Amiens à Tergnier fut pour sa part inaugurée le 1er juin 1867 par les Chemins de fer du Nord.

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Longue de 107 km, la liaison entre Amiens et Laon bénéficie d’une infrastructure à double voie récemment modernisée (37,8 M€ investis pour le renouvellement de Tergnier à Laon) et équipée sur la totalité du parcours du Blok Automatique à Permissivité Restreinte, hors sections communes avec les grandes radiales munies de Block Automatique Lumineux.

Les gares ont été modernisées dans le cadre du programme d’investissements de la Région Picardie, avec un budget total de 27,3 M€ financé à 90% par la Région : les quais ont été rehaussés à 550 mm pour autoriser un accès de plain-pied aux nouveaux autorails (X73500, AGC et Régiolis) et assurer l’accessibilité dans les gares principales de l’axe, figurant au Schéma Directeur d’Accessibilité.

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Laon - 11 septembre 2015 - Les installations récemment modernisées de la gare de Laon. L'X75653/4 est arrivé de Paris-Nord et stationne au pied de la nouvelle passerelle équipée d'ascenseurs. © transportrail

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Laon - 11 septembre 2015 - Deux B82500 quittent Laon pour Paris. A droite, les voies pour Amiens et à l'extrême droite, le faisceau marchandises aujourd'hui en grande partie inutilisé. © transportrail

Au service 2016, le service comprend en semaine 9 allers-retours Amiens – Laon et 7 allers-retours Amiens – Saint Quentin, empruntant le barreau de Jussy, restauré en 1998 pour éviter le rebroussement de Tergnier. S’y ajoutent 5 allers-retours Tergnier – Laon, une liaison Amiens – Tergnier le lundi et prolongée à Laon le vendredi et un 10ème aller-retour Amiens – Laon le lundi.

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Laon - 10 mai 2016 - Venant de quitter Laon, ce TER assuré par une Régiolis Picardie à 6 ciasses entame son parcours qui le conduira jusqu'à Amiens. L'usage de ces rames de grande capacité témoigne du regain de fréquentation du train sur cet axe. Rappelons-nous qu'il y a seulement 20 ans, la SNCF employait des EAD ou au mieux des RRR ! © L. Knop

Les vitesses autorisées oscillent entre 110 et 120 km/h, avec seulement 5,5 km limités à 100 km/h à l’approche d’Amiens dans la zone du raccordement de Longueau. Ainsi, la liaison Amiens – Laon est assurée en 1h29 à 1h32 selon la desserte, tandis qu’il ne faut que 56 min pour relier Amiens et Saint Quentin. Le TER peut donc rivaliser avec la voiture puisque le temps de parcours en train est meilleur de 10 minutes vers Saint Quentin, et équivalent vers Laon.

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La Fère - 11 septembre 2015 - Voie renouvelée, quais standardisés, abri Marquenterre signature des gares rénovées par la Région Picardie et BV en brique : le Régiolis parachève ce vent de modernité sur Amiens - Laon. © transportrail

Une rocade multifonctions pour le fret

On compte en moyenne 6 trains de fret par jour sur l’axe Amiens – Laon et un flux hebdomadaire de 28 trains par sens. Sans être considérable, il n'est pas anodin.

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Ham - 18 février 2013 - Belle composition homogène pour ce train de fret de l'opérateur OSR sur la liaison Tergnier - Le Havre, avec une BB75000 gérée par la filiale de location de la SNCF... © L. Knop

Outre la desserte des industries et sites céréaliers riverains, Amiens – Laon constitue le maillon septentrional d’une vaste rocade de contournement de l’Ile de France, dont le petit monde ferroviaire ne cesse de parler à chaque « plan stratégique » destiné à revigorer le fret sur le réseau français.

La ligne a de sérieux atouts à faire valoir. S’il manque la traction électrique, la capacité et les performances sont correctes et surtout, elle est bien maillée aux axes à fort potentiel. Côté Amiens, peuvent être drainés les trafics en provenance des ports de Dunkerque et du Havre, mais aussi du tunnel sous la Manche.

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Hombleux - 4 mars 2013 - Parti d'Alost en Belgique, ce train de produits pétroliers approche de Nesles, son terminus. Il est tracté par une locomotive Vossloh HLD de B Logistics, la filiale fret de la SNCB. © L. Knop

Les connexions à l’axe Paris – Lille et surtout à la ligne de Belgique auraient de quoi motiver un sérieux défrichage des voies de service à Longueau et à Tergnier.

Et de Laon, il est assez aisé de rejoindre Chalons en Champagne et l’axe Paris – Strasbourg, via Reims, en retrouvant la traction électrique à Saint Hilaire au Temple, et en ayant contourné l’Ile de France par le nord. Pour rejoindre le sud, deux possibilités :

  • via Saint Dizier, Chaumont et Chalindrey pour rejoindre Dijon, mais l’itinéraire n’est pas électrifié ;
  • pour rester sous caténaire, le détour par Toul.

Si, pour des trafics est-ouest, le transit par Amiens et Laon génère des kilomètres supplémentaires, il présente l’avantage d’emprunter des axes moins chargés et surtout d’éviter l’aléa francilien qui veut qu’il ne soit pas évident d’arriver à y pénétrer… et qu’il est très difficile de savoir quand on en sort. Cet itinéraire a le mérite de proposer des sillons fret MA100 dont la vitesse moyenne peut atteindre les 80 km/h, alors que via la région parisienne, il sera souvent difficile de dépasser les 60 km/h.

De nouvelles perspectives pour les voyageurs

L’amélioration de la desserte régionale sur cette rocade pourrait être relativement limitée : un cadencement aux 2 heures des missions Amiens – Saint Quentin et Amiens – Laon serait une base aisément accessible puisqu’on dispose aujourd’hui d’une grille nominale à 16 allers-retours. Elle devrait être renforcée pour concilier une bonne compétitivité des temps de parcours intervilles et préserver la desserte des petites gares de proximité : il faudrait donc envisager a minima 5 allers-retours de cabotage (2 le matin, 2 le soir et un aller-retour le midi) entre Amiens et Tergnier.

Pour la section Tergnier – Laon, cette réorganisation pourrait être l’occasion de créer une nouvelle desserte, avec également un cadencement aux 2 heures, entre Saint Quentin et Laon, entre la préfecture et la sous-préfecture de l’Aisne, qui ne sont aujourd’hui pas reliées directement par train.

L'ouverture vers l’est pourrait être améliorée, car les correspondances à Laon pour rejoindre Reims sont médiocres, avec seulement 3 combinaisons possibles sur 8 rotations Laon - Reims, avec des délais variant en 2016 de 11 à 64 minutes.

L’accès à Reims serait l’occasion de rejoindre la gare Champagne-Ardenne et ainsi proposer des correspondances notamment vers Strasbourg sur les liaisons province-province. En 2016, la combinaison 48625 + 39609 + 40810 proposait une liaison Amiens – Champagne Ardenne via Laon et Reims en 3h08, tandis que le transit par Paris par les 2033 + 2515 ne mettaient que 38 minutes de moins. Un trajet Amiens – Strasbourg via Paris s’effectue au mieux en 4h16, contre 5h18 via Laon. 

Preuve qu’une offre régionale directe Amiens – Champagne Ardenne pourrait être intéressante : si le flux potentiel est assez modeste de bout en bout, la chalandise potentielle de la gare TGV et de la rocade pourraient quand même en profiter mutuellement : la correspondance à Reims Champagne-Ardenne serait quand même plus facile que le transit entre gares parisiennes, fussent-elles proches !

Electrifier la rocade ?

La question peut se poser et la réponse devrait être logiquement positive pour favoriser son usage par les trains de fret qui aujourd’hui ne font que transiter – rarement facilement – par la Grande Ceinture francilienne. Amiens - Laon et son extension vers Chalons en Champagne est un maillon du contournement de l'Ile de France pour le fret. Néanmoins, le développement de l’usage des nouvelles locomotives bimodes fournit une nouvelle donnée d’entrée. Loin d’être une alternative pouvant ravir les tenants d’une vision comptable étriquée, elles pourraient être un facteur facilitant, en permettant une progressivité de l’investissement tout en utilisant au plus tôt les sections nouvellement équipées.

Même chose pour les dessertes voyageurs avec a minima des matériels bimodes, qui ne sont cependant pas généralisés sur cet axe. Eux aussi pourraient être compatibles avec une stratégie d’électrification progressive, soit en conservant leur bimodalité électrique – thermique, soit en les convertissant à la traction électrique en remplaçant les moteurs thermiques par des batteries.

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Tergnier - 11 septembre 2015 - Carrefour entre la transversale Amiens - Laon et la ligne de Belgique, Tergnier reste un carrefour ferroviaire important en Picardie, quoique le trafic fret soit en net recul. © transportrail