120316_26233la-roche-sur-foron

La Roche sur Foron - 12 mars 2016 - Le jour se lève sur la Haute Savoie : la BB 26233 vient de finir son changement de bout : elle emmène la tranche Saint Gervais composée de 5 voitures. © transportrail

Il fait partie des noctambules de la gare d’Austerlitz puisqu’il quitte la capitale à 22h25, bien après les liaisons vers Nice / Briançon, Hendaye / Rodez, La Tour de Carol / Cerbère. Pourtant, il fait le plein, si bien que l’archaïque contrôle à l’embarquement sur « listing » papier entraîne un départ retardé d’une dizaine de minutes, aisément récupérable dans la marche et le temps de stationnement nocturne.

Les tranches de Saint Gervais et Bourg Saint Maurice font cause commune jusqu’à Chambéry. La manœuvre est relativement simple puisque la machine parvenue de Paris via Dijon, Bourg en Bresse, Ambérieu et Culoz continue en direction de Bourg Saint Maurice. C'est à Chambéry, et non à Aix les Bains, que les deux tranches se séparent, tant et si bien que le Paris - Saint Gervais passe deux fois dans cette gare, une fois dans chaque sens, mais sans s'arrêter au premier passage !

La tranche Saint Gervais rejoint la vallée de l’Arve par Annecy et La Roche sur Foron. L’amateur (matinal) ne manquera pas de profiter d’un stationnement d’une vingtaine de minutes pour sortir son appareil photo et mettre en boîte le ballet de la machine pendant le rebroussement, dont la durée allongée est justifiée par le croisement avec un TER.

140715_26060marignier_lapeyre

Marignier - 14 juillet 2015 - En plein été, la liaison fait aussi recette avec une composition nettement plus fournie puisque composée de 10 voitures. La vallée de Chamonix attire les touristes été comme hiver, en chaussures de randonnée comme en ski ! © R. Lapeyre

L’arrivée à Saint Gervais à 8h44 (à l’heure) procure un battement de 20 minutes pour la correspondance en direction de Vallorcine : un délai confortable qui permet aux voyageurs ayant le réveil difficile de se préparer. Trop court pour un petit déjeuner : sauf à faire la queue au distributeur automatique de la gare et donc risquer de louper la correspondance, prière de ne pas oublier le petit encas dans votre sac !

Le retour est très hâtif puisque le départ de Saint Gervais est à 19h19 (encore une fois, pensez au casse-croûte…) pour une arrivée à 6h19 à Paris. Pour le petit déjeuner, il vous faudra vous contenter de peu… ou alors de patienter au moins jusqu’à 7h ou 7h30 pour trouver de quoi remplir correctement l’estomac sans vous vider le portefeuille. Expérience vécue : les quelques cafés ouverts avant 7h dans le quartier vous proposent le petit-déjeuner à prix d’or (jusqu’à 14,90 € pour café, croissant, tartine, jus d’orange) et les chaînes (Brioche Dorée, Paul, Starbucks) n’ouvrent qu’à 7h30 ! Si Dutronc devait reprendre « Paris s’éveille », ce ne serait certainement plus à 5 heures (même si à cette heure-là « les balayeurs sont pleins de balais »).

Cette parenthèse gastronomique – pas si anodine – étant refermée, revenons au train de nuit et à sa fréquentation. Emprunté hors vacances scolaires, la tranche Saint Gervais comprenait 5 voitures pour 7 à destination de Bourg Saint Maurice.

La concurrence du TGV est assez frontale puisque des liaisons directes sont proposées le week-end et pendant les vacances scolaires en 4h36 (pour le plus rapide). Première arrivée le samedi matin à 11h47 puis à 15h20. Au retour, l’unique TGV est à 12h39 : pour le week-end, cela laisse à peine le temps de mettre les pieds dans la neige. Moralité, on ne répétera jamais assez que le train de nuit permet de maximiser la durée du séjour sans poser de jour de RTT (évidemment si vous ne voulez partir qu’un week-end !)

La disparition du train de nuit pose donc la question de l’accessibilité à la vallée de Chamonix par le train et de l’optimisation à la fois du coût et du délai du séjour. Elle interpelle quant au devenir de la desserte Saint Gervais – Vallorcine qui pourrait payer les conséquences de la disparition du trafic lié aux trains de nuit.

Qu’on ne vienne pas dire « pas de trafic, pas de potentiel, pas d’avenir », air trop souvent déclamé par un opérateur à la dynamique commerciale concentrée sur le TGV, plus rapide, plus cher et pas forcément plus commode surtout pour les courts séjours. La vallée de Chamonix est mondialement connue. Le domaine alpin est une destination prisée en toutes saisons, par les skieurs et les randonneurs. La chalandise existe, française, européenne, mondiale, et une partie de celle-ci bénéficie d’un pouvoir d’achat relativement conséquent. Si la clientèle internationale arrive principalement par avion (via Genève), une prestation ferroviaire intégrée à un circuit touristique peut-elle avoir ses chances ? On peut espérer qu’un opérateur moins monolithique que la SNCF puisse sortir des sentiers battus pour examiner de façon plus large la réalité du marché et a minima restaurer la liaison nocturne avec Paris, d’autant plus que l’accès aux sites touristiques de renommée mondiale est facilité par les correspondances non seulement avec le Saint Gervais – Martigny mais aussi avec les chemins de fer du Montenvers et du Mont-Blanc !

Que dire aussi de ces populations de la vallée de l'Arve qui subissent les effets de la pollution du trafic automobile et des poids-lourds, avec à la clé une recrudescence des maladies respiratoires, poussant 14 familles à porter plainte contre l'Etat. En dépit de la COP21, la Vallée Blanche devient grisonnante à cause de cet intense trafic. Avoir supprimé le train de nuit apparait anecdotique, sauf si on l'inscrit dans une succession de mesures qui aboutissent à augmenter le trafic routier...