C'est un train de nuit, régulièrement menacé, mais qui suscite une forte mobilisation du territoire qu'il dessert. Le Paris - Briançon permet aux amateurs de montagne, en toute saison, de rejoindre la montagne, la vallée des Ecrins, le Queyras et de combiner en une seule dépense le coût du voyage et d'une partie des nuitées, tout en optimisant la durée du séjour.

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Paris Austerlitz - 12 mars 2015 - Arrivée du train de nuit Briançon / Nice - Paris, emmené par la BB22324. Les deux tranches circulent en commun de Paris à Valence. La tranche Briançon est ensuite reprise par des locomotives Diesel. © transportrail

Un train, un territoire

La mobilisation sur Paris – Briançon est atypique et mérite d’être soulignée. Le train de nuit est la solution la plus simple pour relier les stations de ski du massif des Ecrins, du Briançonnais et du Queyras comme Vars ou Serre-Chevallier, mais aussi une multitude de villages et sites alpins, renommés ou plus secrets, qui offrent, été comme hiver, des prestations plus natures. Elles attirent une clientèle familiale, les amateurs de randonnées et ceux qui veulent aller à la montage à moindres frais. Les multiples interruptions du service pour travaux, les ouvertures à la réservation quelques jours avant la circulation du train (les guichetiers incitant, « dans le doute quant à la circulation du train » à l’achat de billets TGV-TER…) et les suppressions à la dernière minute sont pénalisantes pour l’activité touristique de la région : baisse de la fréquentation, déprogrammation des navettes d’autocars.

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La Freissinouse - 22 février 2015 - Sans leur train de nuit, que seraient les Alpes du Sud et la haute vallée de la Durance ? Sans compter l'intérêt pour les amateurs de chemin de fer qui peuvent mettre en boîte de longues compositions dans un décor enneigé... © R. Lapeyre

La tentation fut grande de supprimer la tranche Briançon afin d’économiser des locomotives Diesel, mais les élus locaux ont réussi à infléchir l’orientation de la SNCF, alors même que la liaison fait partie, comme tous les trains de nuit de la SNCF, de la convention des Trains d’Equilibre du Territoire. Il est à noter que, si la fréquentation du train est très variable suivant les saisons et les jours de la semaine, la capacité offerte est tout juste suffisante en périodes d’affluence (principalement week-end et vacances scolaires).

Le train de nuit Paris – Briançon apparaît donc comme essentiel à l’avenir de l’activité économique des Hautes Alpes, très liée au tourisme, et relève donc bien d’une logique de dynamique des territoires. La question est donc à la fois celle de sa commercialisation par l’opérateur et celle de la mise en place d’un financement stable de ce train.

Un train utile pour un week-end en montagne

Ainsi, en partant le vendredi soir, il est possible de passer deux jours complets au grand air. Impossible à réaliser de jour en utilisant le TGV jusqu'à Valence et le TER, qui réduit considérablement la durée du séjour sauf à prendre un jour de plus.

Plus précisément, en quittant Paris à 21h22, il est possible d'arriver au petit matin à l'heure du petit déjeuner : 8h31. De jour, impossible d'arriver avant 14h14 à Briançon en étant parti de Paris à l'heure du laitier - 6h05 - et avec près de 2 heures de correspondance à Valence TGV (et pas grand chose à faire dans cette gare excentrée pendant ce temps...)

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Briançon - 5 mars 2016 - Finalement, pas besoin d'aller bien loin pour les amateurs de glisse : mais l'usage des skis est interdit en gare ! Les BB75300 ont repris la traction entre Valence et Briançon aux BB67400 à bout de souffle. Reste maintenant à définir le sort des voitures couchettes... (cliché X)

Au retour, en partant de Briançon à 20h23, le voyageur malin arrivera par le train de nuit à l'heure du petit déjeuner à Paris : 7h39. En TGV, départ à 14h45 de Briançon pour atteindre Paris à 21h11 moyennant une correspondance à Valence Ville en 10 minutes (comme quoi, on sait faire de vraies correspondances !). Les amateurs de correspondances multiples pourront gagner une heure en partant à 15h51 pour arriver à 23h32 moyennant changements à Gap et Grenoble... du moins tant que la ligne des Alpes est encore ouverte ! Ainsi, sans prendre de jours de congés pour agrandir le week-end, le voyageur de jour passera 24h29 minutes très précisément dans les Hautes-Alpes, contre 47h53 minutes par le train de nuit : transportail vous laisse le soin de calculer la valeur de la minute de grand air gagnée !

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Gap - 8 mars 2015 - Petit matin, premières lueurs du soleil, un petit saut sur le quai pour profiter du tandem 67418+67330 bien propre pendant un arrêt prolongé pour croisement. © transportrail

Bref, le train de nuit reste aujourd'hui très prisé des amateurs de montagne pour rejoindre les Hautes Alpes. Pourtant, les élus locaux reprochent à la SNCF de ne guère valoriser ce train et de commercialiser tardivement les places, ce qui permet ensuite de déplorer le manque de fréquentation. Alors il est vrai qu'il y a beaucoup de travaux de rénovation sur la ligne, et qu'ils ne sont pas finis. Le sujet est donc celui de la planification des travaux.

Lors de notre voyage, pas une place disponible au départ de Paris, tant en couchettes - quelle que soit la classe - qu'en places assises dans les voitures à siège inclinable. A l'aller (un samedi soir), et au retour (un mercredi soir).

Un matériel à renouveler, des prestations minimalistes

On ne peut nier que les investissements à consentir sont élevés puisque les voitures Corail couchettes ont entre 30 et 40 ans d'une part, et que les locomotives Diesel sont épuisées et sujettes à de nombreuses avaries. Un lot de BB75000 commandées pour le Fret et largement surnuméraires a été transformé en BB75300 équipées pour le service voyageurs. Reste un petit point de détail : ces machines à la base interdites entre Livron et Briançon car trop agressives pour la voie en état médiocre et moyennement armée, ont nécessité des modifications en urgence de l'infrastructure pour autoriser leur mise en exploitation en 2015.

A bord, l'absence de restauration se fait évidemment ressentir. Pour le petit-déjeuner, la proposition de service - payant - de la SNCF est mal connue. A Montdauphin-Guillestre, le bar-tabac de la gare a compris qu'il pouvait combler cette absence et sait rassasier les estomacs entre l'arrivée du train et le départ des autocars, et il fait salle comble !

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Embrun - 8 mars 2015 - Puisque l'opération photo fut un succès à Gap, autant en profiter à Embrun où l'agent commercial annonce 3 minutes d'arrêt. A l'arrière-plan, les sommets sont cette fois-ci au soleil ! © transportrail

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Montdauphin-Guillestre - 8 mars 2015 - Dans la courbe bien prononcée, le cadrage ne permet pas de mettre tout le train en image : il comprenait ce jour-là 10 voitures. Une charge moyenne pour le duo de machines, mais qui doivent tout de même être ménagées compte tenu de leur grand âge. © transportrail

Supprimer : une facilité !

Supprimer le train serait assurément une facilité : il est tellement plus simple de baisser les bras quand il faut remonter les manches. Si on considère que l'économie du train va bien au-delà du transport ferroviaire, si on prend en compte l'impact sur la dynamique des Hautes Alpes, le regard peut être différent d'autant que le système d'autocars mis en place par le Département est très bien organisé et contribue à assurer une continuité de déplacement qui permet d'aller au grand air sans trop se soucier des moyens de transport. Autant dire que la suppression de ce train serait lourd de conséquence pour les Hautes Alpes. 

Après la Commission Duron sur l'avenir des TET, l'Etat a décidé de conserver la liaison Paris - Briançon. En revanche, il n'a pas souhaité l'intégré, comme le Paris - Rodez et le Paris - La Tour de Carol, dans le périmètre de l'appel à manifestation d'intérêts auprès d'opérateurs privés, qui n'ont pas répondu à une procédure qu'ils jugeaient mal organisée et insuffisamment claire pour permettre la constitution d'un plan prévisionnel d'affaires et le chiffrage d'une réponse. Ces trains resteront donc dans le giron des liaisons assurées par la SNCF. Le matériel roulant sera une nouvelle fois rénové... mais pour combien de temps ?

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Briançon - 26 août 2018 - Train de nuit entre ombre et lumière : à quelques minutes du départ, les BB75320 et 75340 sont prêtes à tracter le train pour Paris, composé de 10 voitures, qui se garniront à ras bord jusqu'à Crest, dernier arrêt avant la capitale. © transportrail