C’est une ligne en proie à de multiples difficultés, symbole du délaissement du réseau classique. Pourtant, elle relie la 5ème et la 7ème agglomération de France. Elle est handicapée par une infrastructure en partie obsolète, contraignant le débit, les performances et le confort ; par un matériel épuisé et n’offrant aucun service à bord ; et plus récemment par la montée en puissance de la concurrence routière avec le succès du covoiturage et la libéralisation du marché de l’autocar. Quant à l’exploitant, il cherche surtout à mettre un maximum de monde dans les TGV empruntant SEA, quitte à inciter les voyageurs entre Nantes et Bordeaux à transiter par Tours.

C'est en septembre 2015 que nous avons effectué ce voyage entre Nantes et Bordeaux, avant l'application du ralentissement à 60 km/h entre La Roche sur Yon et La Rochelle.

Voir notre dossier sur la transversale Nantes - Bordeaux.

Nantes – La Rochelle à bord du 3835

Quittant Nantes à 13h05, le 3835 assure une liaison d’après-midi, parvenant à Bordeaux à 17h17, soit un temps de parcours de 4h12, avec la desserte de La Roche sur Yon, Luçon, La Rochelle, Rochefort, Saintes et Jonzac.

Le train est composé de 8 voitures Corail dont 2 de première classe et 6 de seconde classe, incluant une voiture aménagée pour les personnes en fauteuil roulant. La traction est confiée à un UM de BB67400.

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Nantes - 24 septembre 2015 - Le 3835 Nantes - Bordeaux de mi-journée est ce jour-là emmené par le duo 67589 + 67582 avec une machine en livrée bleue Arzens en tête. La gare de Nantes devrait être transformée dans les prochaines années avec la création d'un bâtiment reliant les têtes nord et sud de la gare, franchissant le plan de voies. © transportrail

De Nantes à La Roche sur Yon, la ligne a été récemment électrifiée, à la fois pour l’exploitation du tram-train Nantes – Clisson, des TER Nantes – Les Sables d’Olonne mais aussi pour les TGV Paris – Les Sables d’Olonnes. Hormis la sortie de la gare de Nantes, la voie est en bon état jusqu’à Clisson. Au-delà, elle ne cesse de se dégrader, devenant moyenne jusqu'à La Roche sur Yon puis franchement mauvaise jusqu'à La Rochelle.

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La Roche sur Yon - 24 septembre 2015 - Deux minutes d'arrêt dans la préfecture de Vendée, qui marque la fin de la section électrifiée de la ligne, mais aussi de la section en état correct... © transportrail

A la clé, des performances en chute libre. Si le 140 km/h peut être tenu jusqu’à La Roche sur Yon, seule une quarantaine de kilomètres admet 130 km/h au-delà, l’essentiel plafonnant à 110 km/h, mais soumis à des limitations temporaires à 100, 60 voire 40 km/h à l’approche du pont du Lay, situé au nord de Luçon, dont le renouvellement est programmé en 2016.

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Entre La Roche sur Yon et Luçon - 24 septembre 2015 - Traverses bois, en béton monobloc ou bibloc et même encore métalliques. Sur cette voie hétéroclite à l'alignement incertain, la maintenance est défaillante. Résultat, la vitesse se retrouve réduite à 40 km/h. © transportrail

Sur cette section, en dépit de la qualité des suspensions des voitures Corail, le confort est évidemment altéré et l’on peut assez aisément compter pâquerettes et coquelicots le long de la voie…

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Luçon - 24 septembre 2015 - Le départ de Luçon reste donné par des signaux mécaniques. A gauche, un carré violet pour la voie de service alors que le sémaphore est déjà ouvert pour le départ du 3835. Une transversale muséographique... © transportrail

Emprunté un jeudi, « jour ouvrable de base » dans la terminologie ferroviaire, le 3835 ne faisait guère recette puisqu’on ne comptait que 155 voyageurs dans une rame offrant au total 600 places assises entre La Roche sur Yon et Luçon. Dans ces conditions, la capacité des Coradia Liner commandés par l’Etat, 267 places, sera effectivement suffisante.

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La Rochelle - 24 septembre 2015 - La gare de La Rochelle a heureusement bénéficié de travaux de rénovation qui ont concerné le bâtiment mais aussi la halle, remarquablement restaurée. En revanche, seul le quai 1 a été rehaussé à 55 cm et l'état des quais 2 (d'où est prise la photo) et 3 n'est guère reluisant... © transportrail

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La Rochelle - 24 septembre 2015 - 8 voitures pour 155 voyageurs : la composition du train est généreuse et le coût de la place occupée s'en ressent. Mais est-il normal d'avoir aussi peu de monde dans les trains entre deux métropoles d'une telle importance ? © transportrail

La Rochelle – Bordeaux à bord du 3831

Le Quimper – Bordeaux est un train au long cours et le breton a intérêt à être matinal puisque le 3831 quitte le Finistère dès 6h08. C’est à 11h05 qu’il se présente à La Rochelle, avec une composition identique de 8 voitures.

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Rochefort - 25 septembre 2015 - C'est la 67549 secondée par la 67432 qui tracte le 3830, à l'arrêt à Rochefort dont on aperçoit la marquise qui n'accueille que les trains remontant vers La Rochelle et Nantes. © transportrail

Le confort de voyage est meilleur puisque la voie se tient encore. Du point de vue des performances, ce n’est pas forcément transcendant, mais les restrictions de vitesses sont plus rares et surtout plus faibles. La vitesse limite plafonne entre 100 et 120 km/h jusqu’à Montendre avant de s’emballer pour autoriser 160 km/h (pour les automoteurs) sur une douzaine de kilomètres avant de revenir à 120 puis 110 km/h au franchissement du majestueux viaduc de Cubzac les Ponts, assurément l’ouvrage phare de la ligne au même titre que les gares de La Rochelle et de Bordeaux Saint Jean.

Si le rail court n’a pas totalement disparu, l’armement de la voie est tout de même meilleur sans être cependant le summum de la modernité : on est une transversale délaissée ou on ne l’est pas…

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Saintes- 25 septembre 2015 -Un peu plus de monde en ce vendredi à bord du Quimper - Bordeaux. Le mécanicien guette les indications du chef de service avant de s'engager sur une section Saintes - Bordeaux déjà mieux équipée que le coeur de la transversale. © transportrail

On note tout de même la présence de LTV à 100 km/h, dont certaines sont liées aux travaux de la LGV SEA longée au sud de Saint Mariens jusqu’à l’entrée de Bordeaux, sans qu’il n’existe de raccordement. SEA n’est reliée qu’à l’axe Paris – Irun, ce qui ne manquera pas de poser problème en cas d’incident d’exploitation entre Bordeaux et La Grave d’Ambarès… Comme quoi, une ligne moribonde pourrait parfois être utile.

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Entre Saint Mariens et Cubzac - 25 septembre 2015 - La LGV SEA longe sur une dizaine de kilomètres l'ancienne ligne Paris - Bordeaux des chemins de fer de l'Etat, qu'emprunte la tranversale Nantes - Bordeaux depuis Saintes. Cependant, aucun raccordement n'a été prévu entre les deux lignes. © transportrail

L’arrivée à Bordeaux s’effectue encore à allure réduite du fait des travaux de quadruplement de l’entrée nord, liés à SEA. Et jusqu’en 2016, la verrière de Bordeaux Saint Jean est en rénovation, offrant un spectacle insolite avec un échafaudage impressionnant de complexité pour permettre les travaux tout en maintenant l’exploitation, en dépit de conditions de circulation des voyageurs passablement dégradées.

Emprunté un vendredi, le 3831 faisait un peu plus recette : 255 voyageurs comptabilisés entre Rochefort et Saintes, mais tout de même seulement 40% de la capacité du train était occupée.

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Cubzac les Ponts - 25 septembre 2015 - Deux vues de ce qui constitue encore aujourd'hui un des plus majestueux ouvrages du réseau français, sur la Dordogne juste avant qu'elle ne se jette dans l'estuaire de la Gironde. Après une première partie en tablier métallique, l'élément central de cet ensemble de plus de 2 kilomètres est constitué d'un pont-cage en treillis. Ci-dessous, on l'apercçoit depuis la fin de l'ouvrage en tablier métallique toujours mais avec d'élégants pieds en maçonnerie. © transportrail

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Bordeaux Saint Jean - 25 septembre 2015 - La halle de la gare emblème des Chemins de Fer du Midi est en pleine restauration. Un impressionnant échaffaudage surplombe voies et quais pour permettre la réalisation des travaux sans interception de l'exploitation. © transportrail