Une collaboration entre la SNCF et les RZD amène à utiliser deux voitures de première classe faisant un vaste tour de l’Europe arrivant par la relation Moscou – Paris et repartant par la relation Nice – Moscou toutes deux assurées par les chemins de fer russes.

transportrail a donc embarqué – avant qu’il ne soit trop tard – à bord d’une de ces voitures pour aller passer un week-end sur la Côte d’Azur, pour évaluer le confort de ces voitures. Pour le Paris – Nice, le 10 décembre 2017 restera une date fatale…

Accès aux compartiments

L’accès à ces voitures est commode avec les portes louvoyantes-coulissantes et un passage plus large d'environ 10 cm que sur les Corail. La porte du couloir est automatique, à commande électrique. Dans le couloir, on remarquera au passage l’écran indiquant la destination, le numéro de voiture et les températures intérieure et extérieure.

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Dans le couloir : on note à gauche la baie vitrée plus basse pour que les plus jeunes puissent aussi profiter du paysage, et à droite le miroir situé sur le côté intérieur de la porte des compartiments. Des tapis antidérapants ont été posés sur le sol plastique : pour éviter les glissades ? On aperçoit aussi l'affichage de la destination et de la température. © E. Fouvreaux

Le contrôleur accueille les voyageurs en leur distribuant la carte magnétique d’ouverture des compartiments, sésame pour découvrir l’aménagement des couchettes.

Dans les compartiments : 40 ans d’écart, ça compte

Les voitures adoptent une disposition classique à 4 places par compartiment, mais on note tout de suite que l’espace pour les bagages se limite au sol, sous les couchettes inférieures : c’est moins bien que sur les Corail, qui offrent une capacité supplémentaire au-dessus de la porte d’accès au compartiment. On est donc prié de voyager relativement léger, mais reconnaissons que la sensation d’espace est appréciable. Ce type d’aménagement paraît a priori peu adapté à des dessertes de type Paris - Briançon, sur lesquelles les voyageurs peuvent avoir des bagages assez volumineux (surtout en hiver) ; en revanche, sur un Paris – Nice, à en juger par l’emport moyen de nos compagnons de voyage croisés dans les couloirs et en gare, l’emplacement au sol est bien suffisant.

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Les couchettes, avec la couette SNCF, la liseuse (puissante), la bouteille d'eau et une décoration tout de même plus moderne. © E. Fouvreaux

Pour accéder aux couchettes supérieures, la traditionnelle échelle inclinable est remplacée par des marches escamotables et des poignées intégrées à la structure du mobilier. Très chic, mais l’escalade est plus acrobatique.

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Zoom sur l'échelle dépliable : elle prend certes moins de place que la version classique, mais elle n'est pas forcément commode pour tout le monde. La couchette du haut est plutôt destinée aux voyageurs souples et alertes. Pour les enfants et les personnes plus âgées, il faut penser à demander une place en bas. © E. Fouvreaux

La porte fait office de miroir, ce qui augmente encore la sensation d’espace, tout en étant finalement bien utile. Les banquettes comprennent une position « nuit » et une position « jour » : elles sont aisément manœuvrables par les voyageurs. Nous avons pu les tester : elles comportent une petite tablette entre les deux places assises, pour poser le verre d’accueil et le petit biscuit distribués par le contrôleur au début du voyage, ou pour le petit-déjeuner proposé au petit matin.

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A transportrail, on fait comme chez nous et on essaie tout ! Personne d'autre dans le compartiment ? Alors on essaie la position diurne. Assise ferme, mais une ambiance de petit salon. © E. Fouvreaux

Le petit kit de voyage, avec chaussettes, bouchons d’oreille, mouchoir en papier et lingettes nettoyantes, est toujours de mise tout comme une bouteille d’eau.

La couchette est ferme et, sur la relation Paris – Nice, la SNCF nous gratifie de son traditionnel « sac à viande » matelassé. Contrairement à la couchette Corail de première classe, celle-ci n’est pas inclinable en position « lecture » : dommage. Cependant, on remarque quelques détails qui font la différence pour se sentir bien : des supports bien pensés pour accrocher ses petites affaires, des matériaux de qualité...

L’insonorisation des voitures russes est nettement meilleure que celle des Corail : 40 ans ont passé et le joint caoutchouc fait la différence sans difficulté par rapport aux cadres métalliques des fenêtres des voitures françaises. Au point de vue thermique, la climatisation est évidemment réglable et assez rapide dans la variation de la température. La liseuse individuelle à diodes est presque trop puissante… mais celle des Corail, avec sa petite ampoule 12 V l’était franchement trop peu.

La surprise se situe sous la fenêtre du compartiment : une tablette généreusement dimensionnée, c’est déjà bien. Deux prises 220 V, à l’ère des tablettes et autres smartphones, c’est encore mieux. Mais en soulevant la tablette, on découvre un lavabo avec robinet thermostatique.

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Sous la tablette ici relevée, le lavabo ! La poubelle en dessous est de faible contenance du fait du mécanisme du lavabo. Mais c'est tout de même très appréciable. Dommage que ces services ne soient offerts qu'une fois prise la décision de supprimer le service ! Une stratégie incompréhensible... © E. Fouvreaux

Puisqu’on aborde le chapitre des commodités, allons faire un tour aux toilettes. Chaque voiture dispose de 2 toilettes dont une comprend une douche, avec là encore des robinets thermostatiques. Néanmoins, certains voyageurs oublient d’appuyer sur le bouton pour arrêter l’eau en sortant de la douche : résultat, la réserve s’épuise rapidement. Mais il est vrai que les – rares – français qui empruntent les – derniers – trains de nuit n’ont pas l’habitude d’un tel luxe.

Le confort dynamique : une déception

En ligne, le niveau sonore est évidemment en net progrès par rapport aux Corail, du moins quand la voie est de bonne qualité. Quoique modernes, les voitures Siemens des RZD reposent sur des bogies somme toute assez classiques dans leur conception, proche du type Minden-Deutz des voitures allemandes. Résultat, sur voie moyenne, le roulement devient plus bruyant et grogne sourdement sur les appareils de voie. De ce point de vue, 40 ans plus tard, le bogie Y32 des Corail semble encore constituer une référence. On trouvera peut-être une autre partie de l’explication à ce confort de roulement moyen dans la comparaison des masses : 56 tonnes pour la voiture russe, 41 pour la voiture française. A défaut d’avoir un prix, le confort a un poids.

A quoi bon ?

En résumé, les services proposés à bord de ces voitures sont de bon niveau. Il est d’abord regrettable qu’on n’ait pas songé à en intégrer une partie lors de la dernière grande rénovation des voitures couchettes françaises (celle de l’opération Lunea) : changer les liseuses, installer des prises 220 V, moderniser les sanitaires, proposer des tablettes individuelles pour chaque couchette, organiser une petite restauration… était-ce trop demander ? Etait-ce une dépense inconsidérée ?

On peut être amer à voir le comportement de la SNCF qui « tente des choses » en ayant à peu près tout fait pour conduire les trains de nuit à l’échafaud avec l’accord – du moins la passivité – de sa tutelle. Une réminiscence éphémère et incontrôlée avant la mort : n’est-ce pas cela le chant du cygne ?