La renaissance du chemin de fer du Vivarais est une heureuse nouvelle pour qui aime les trains mais aussi pour l’économie locale.

Cinquante ans après la fin de l’exploitation régulière, le train touristique dut être arrêtée en raison du mauvais état de l’infrastructure et du matériel roulant, en dépit des efforts de la SGVA.

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L’exploitant de sites touristiques Kléber-Rossillon, retenu par le Département, relança le Vivarais. Dans un premier temps, pour la saison 2011, un parcours en vélorail fut proposé, avec usage d’un autorail pour acheminer les bagages et les voyageurs dans le sens de la montée. Deux ans plus tard, le « vrai train » à vapeur est revenu.

Nous y sommes retournés à l’été 2019, année des 50 ans de la naissance du Mastrou.

Le sacrifice de la gare de Tournon

L’activité ferroviaire a donc pu renaître en 2013 avec des investissements importants : le terminus de Tournon a été abandonné au profit d’une nouvelle gare à proximité des campings de Saint Jean de Muzols. Ce choix évite l’emprunt du tronc commun avec le réseau ferré national sur la rive droite du Rhône : la voie 2 était historiquement équipée d’un troisième rail pour l’écartement métrique, mais le prix du sillon et la soi-disant contrainte capacitaire pour le fret dissuadèrent les nouveaux gestionnaires de rétablir le terminus historique.

Il faut saluer le résultat : la nouvelle gare de Saint Jean de Muzols est totalement dans l’esprit architectural des CFD. Elle s’avère assez fonctionnelle avec un vaste parking pouvant accueillir les autocars de tourisme… après quand même un parcours relativement sinueux et étroit, pas forcément des plus faciles pour eux depuis Tournon.

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Saint Jean de Muzols - 11 juillet 2019 - Ambiance sur le coup de 10 heures avec le départ du Train des Gorges vers Colombier le Vieux assuré avec les voitures semi-ouvertes (attention aux escarbilles). Le Mastrou pour Lamastre est lui aussi en train de monter en pression et naturellement, la tradition d'aller voir la locomotive avant le départ. Les Mallet 403 et 414 ont été remises en service après de lourds travaux réalisés en partie en Pologne, pour trouver des compétences sur des locomotives atypiques. © transportrail

La gare comprend une boutique proposant souvenirs et une belle brochette d’ouvrages ferroviaires, français et anglais, en particulier sur le Vivarais et les réseaux à voie métrique. Un petit musée a également aménagé dans une dépendance créée spécifiquement à côté de la nouvelle gare.

Sur le plan ferroviaire, le nouveau terminus comprend 3 voies et une petite remise pour les locomotives a été construite pour accueillir 2 locomotives. Le reste du matériel est remisé à Lamastre.

Des gares rénovées

Les gares intermédiaires de Boucieu le Roi et de Colombier le Vieux ont été elles aussi réaménagées. La première reste l’occasion de la pause pour les voyageurs et la locomotive. C’est aussi pour l’exploitant le moyen de gérer la circulation des vélorails. La seconde accueille le terminus du trajet le plus court, le Train des Gorges avec des manœuvres qui peuvent être suivies depuis le Mastrou pendant son ascension. Histoire de ne pas faire retomber l’attention des ferroviphiles, le spectacle de la manœuvre en parallèle de la locomotive de ce second train est franchement plaisant !

La gare de Lamastre a elle aussi été rénovée : une petite boutique a été aménagée, la gare accueillant désormais l’Office de Tourisme. Pour le reste, l’ambiance est intacte, avec des quais mieux aménagés. Les manœuvres, la prise d’eau, la remise en tête : tout y est !

L’état du matériel remisé à Lamastre montre l’ampleur de ce qui reste à faire. On y voit aussi de sémillantes voitures rouges du Chemin de fer Rhétique, qui devraient bientôt être utilisées. D’autres autorails corses sont aussi présents, protégés par une bâche, dans l’attente de leur rénovation. Sous l’ancienne halle, le matériel d’origine est en revanche dans un état bien plus dégradé. Plusieurs locomotives et autorails (dont un Billard et le De Dion-Bouton) sont toujours là…

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Boucieu le Roi - 11 juillet 2019 - Deux autorails historiques sont utilisées : les X213 et X214. Ce dernier n'a pas encore été rénové, contrairement  celui à qui il est couplé pour tracter les vélorails et ensuite remonter les voyageurs. © transportrail

Une rénovation progressive de la voie

Les travaux de voie ont été engagés. Il reste encore plusieurs sections en mauvais état à rénover, mais on peut mesurer la différence lorsqu’on circule sur une voie restaurée. Non seulement on roule un peu plus vite, mais on y est moins secoué !

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Dans les gorges du Doux - 11 juillet 2019 - Pas beaucoup d'eau dans le Doux, mais l'image traditionnelle du Vivarais avec sa locomotive à vapeur, ses voyageurs aux fenêtres. Le matériel du Mastrou vient essentiellement de Suisse, de différents réseaux secondaires à voie métrique, dont certaines ont été rénovées. © transportrail

Si de prime abord, la question du temps de parcours n’est pas centrale sur un train touristique, elle n’est cependant pas négligeable : trop long, elle dissuade le grand public, fatigue les enfants et réduit le délai à Lamastre. Historiquement, il fallait 2 heures. Réduction du parcours à 26 km contre 33 et bénéfice des travaux ont permis de gagner une quinzaine de minutes et on peut raisonnablement penser que la cible avec une voie entièrement rénovée sera d’assurer le trajet en 1h30. Un temps raisonnable pour attirer un public pas forcément accro du train.

Des trains et des vélorails

Différents produits touristiques ont été mis en œuvre sur la ligne : outre le vrai Mastrou, jusqu’à Lamastre, assuré avec des voitures venues de différents secondaires suisses, des parcours partiels jusqu’à Colombier le Vieux et Boucieu le Roi sont proposés, assurés avec des voitures semi-ouvertes qui attirent les touristes.

Deux locomotives à vapeur type Mallet 030+030, les 403 et 414, sont en service après une restauration remarquable. Elles assurent l’ensemble des circulations du Mastrou, du Train des Gorges et du Train du Marché. En juillet et août, quelques voitures supplémentaires sont ajoutées au Mastrou descendant pour un aller-retour Lamastre – Boucieu le Roi, avec locotracteur Diesel.

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Boucieu le Roi - 11 juillet 2019 - Prise d'eau, un grand classique du Vivarais, qui évidemment attire toujours autant d'amateurs. On remarque notamment ce jeune photographe qui a abandonné ses parents à la boutique gastronomique... © transportrail

Précisions que le matériel historique est petit à petit restauré en fonction des possibilités d’investissement et qu’un incendie en 2014 a détruit 5 voitures dont 2 de l’ancienne composition et 3 récemment arrivées de Suisse. Un petit auvent à Boucieu le Roi accueille quelques véhicules pour la restauration : une troisième locomotive à vapeur est actuellement en cours de réactivation ainsi que certaines voitures à bogies historiques.

Du côté des autorails, l’X213 a été rénové pour le train des vélorails. Les Chemins de fer corses ont cédé 5 autorails : les X2001, 2002, 2005, 5001 et 5002, livrés entre 1975 et 1982. Ces deux derniers ont été rénovés et sont aptes au service touristique, notamment avec les vélorails.

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Boucieu le Roi - 11 juillet 2019 - Le Vivarais prend des accents corses avec des autorails pyrénéens ! Les X5000 ont été cédés par la Collectivité Territoriale de Corse et rénovés par le nouveau Vivarais avec les couleurs traditionnelles des autorails des CFD. Des engins bien utiles pour l'exploitation, et qui sait, pour diversifier encore les trains, car il n'y a pas que la vapeur dans la vie ! © transportrail

Bref, l’activité ferroviaire du Vivarais a quasiment retrouvé tous les ingrédients qui ont fait jadis son succès. Si l’ambiance à Saint Jean de Muzols n’est pas celle de Tournon, l’avenir s’annonce meilleur, surtout si le programme d’investissements est poursuivi, sur la voie d’abord et ensuite pour constituer une rame supplémentaire.

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Lamastre - 11 juillet 2019 - Deux clichés intéressants pendans les manoeuvres de remise en tête de la Mallet. Pendant la prise d'eau, la diversité du public, avec des amateurs de tous âges. Au cours de notre voyage, nous avons été surpris par le nombre de jeunes filles s'intéressant à ces drôles de train... à moins qu'elles aient été contaminées à l'insu de leur plein gré par leur entourage familial ?  Une fois remise en tête, ce très jeune apprenti remonte sur la plateforme de la locomotive, suivant parfaitement les instructions élémentaires sur le refoulement de la machine, l'attelage et la préparation du feu. Un beau symbole ! © transportrail

Que faire à Lamastre ?

Le train arrive vers midi et naturellement, tout le monde se dirige vers les restaurants du village de 2300 habitants, ou vers des espaces propices au pique-nique. Cependant, hormis les commerces de bouche, l’arrivée des voyageurs bénéficie assez peu au commerce local puisque la plupart des boutiques sont fermées dans ce créneau.

Sans aller jusqu’à transformer Lamastre en parc d’attraction, il y a peut-être moyen de tirer un peu plus partie de la présence de ce public pour animer le village. C’est en partie le cas, c’est vrai, avec le marché, mais il n’a lieu qu’une fois par semaine, le mardi. Un sujet à creuser pour renforcer encore le lien entre le train touristique et ce territoire du Vivarais.