20 juin 2019

Réformes ferroviaires : l'ARAFER s'inquiète des décrets d'application

Après l’adoption de la loi, les décrets d’application constituent un élément souvent au moins aussi important que le vote des parlementaires. Et parfois, les décrets se jouent des possibilités offertes par les subtilités rédactionnelles des textes de loi. Il arrive même qu'ils aboutissent in fine à des orientations assez divergentes par rapport à l’esprit de la loi. Sur la réforme ferroviaire, les clignotants ne sont pas – encore ? – au rouge, mais commencent à virer à l’orange bien mûr sur certains points.

Les modalités de transfert de personnel dans le cadre de marchés remportés par des concurrents de la SNCF constituent une première crainte : l’opérateur « sortant » définirait lui-même les effectifs et moyens de production transférés aux lauréats des appels d’offres. De ce fait, les nouveaux entrants ne pourraient pas définir librement leur organisation, évaluer leurs coûts et donc la consistance des offres qu’ils proposeront dans les appels d’offres des Régions ou de l’Etat. Il est évident qu’une telle rédaction susciterait de fortes réactions des opérateurs potentiels, plaçant le gouvernement en difficulté. Il est encore temps d’ajuster le tir.

L’évolution du groupe SNCF interroge aussi sur le respect du principe d’indépendance du gestionnaire d’infrastructure vis-à-vis de l’entreprise ferroviaire historique. L’ARAFER n’est pas convaincue par les garanties données par la réforme de 2018. Avec l’ouverture du marché intérieur, qui pourrait s’annoncer vive, y compris sur les liaisons grandes lignes en open-access, les intérêts du gestionnaire d’infrastructure, monopole naturel, et de l’opérateur, déjà pas toujours alignés dans un monopole, vont encore un peu plus diverger. In fine, revient toujours de façon à peine voilée la remise en cause de la réforme de 2014 et la « réintégration » de RFF dans le giron de la SNCF.

Et dans ce contexte d’ouverture, l’accès aux données devient central et de ce point de vue, les modalités actuelles d’accès à ces informations cruciales pour les Régions dans la préparation des appels d’offres constituent un potentiel point bloquant. L’ARAFER exige un accès rapide et exhaustif à ces éléments dans les meilleurs délais, appelant donc l’Etat à « serrer la vis » dans la rédaction du décret.

Mais pour l'instant, l'Etat exige de l'ARAFER un avis sous 15 jours et non pas sous 2 mois... alors que le gouvernement a mis plus d'un an pour lui transmettre les projet de décret. C'est la grande tradition française : dès qu'une instance indépendance de régulation est constituée, le pouvoir exécutif déplore à la première occasion l'usage de cette indépendance en préparant une nouvelle réforme pour la rogner. Rejet de la contradiction et immaturité sont en action !


18 mai 2019

TGV : les trous de mémoire de Guillaume Pépy

C'est vrai que sur la fin, il disait un peu n'importe quoi. Il avait comme des vapes, des caprices d'enfants... (Paul Wolfoni alias Jean Lefebvre, scène du bowling dans Les Tontons Flingueurs)

C'est ce que nous inspire l'entretien avec des lecteurs du Parisien du président de la SNCF dans lequel il annonce être prêt à acquérir de nouveaux TGV à un seul niveau. Et on est sidéré par le culot de l'argumentation développée.

« Je vais vous rassurer. Je suis pour un TGV à la française, qui dessert les territoires. En France, 230 gares sont desservies par le TGV. Elles sont moins de 40 au Japon. Le TGV est un outil d’aménagement du territoire et il le restera. Mais il faut faire évoluer les dessertes en fonction des besoins de nos clients. La deuxième chose, ce n’est pas de notre faute, est qu’Alstom ne construit plus depuis 1993 que des TGV à deux étages. Donc on achète que des jumbos qui peuvent emporter entre 515 et 650 passagers. On ne peut pas mettre un TGV « jumbo » en milieu de journée et courir le risque de n’avoir que 70 personnes à bord, ce serait du gâchis d’argent public. »

On passera sur le fait que dans les 230 villes desservies par le TGV, certaines ne sont pas en France, et qu'il convient donc de comparer des réseaux comparables puisque le Shinkansen japonais est un réseau très majoritairement indépendant des lignes historiques, comme en Espagne.

La mise en responsabilité d'Alstom nous coupe le souffle pour plusieurs raisons :

  • d'abord parce que le petit monde ferroviaire sait très bien que les relations entre Alstom et la SNCF sont très étroites et qu'Alstom a largement orienté son produit en fonction des besoins de la SNCF ;
  • ensuite parce que M. Pépy semble avoir oublié qu'en Italie, circulent 25 rames AGV, produites par Alstom, commandées par Italo, concurrent de Trenitalia sur les lignes à grande vitesse italiennes et dont la SNCF fut actionnaire à la création de la compagnie à hauteur de 20% jusqu'en 2015 : la SNCF a donc indirectement participé à la commande de ces AGV ;
  • enfin parce que l'arrêt de la production de l'AGV après les 25 éléments Italo est la conséquence d'une décision de la SNCF, de ne commander que des rames Duplex.

Sur le risque d'avoir des TGV vides, il est tout de même peu probable d'avoir un taux d'occupation de 12,5% des rames sur la section dimensionnante d'une relation. Et croire qu'il n'y aura que 70 voyageurs dans des TGV en milieu de journée est la négation de la diversité de la demande, alors que les déplacements de loisirs sont plus nombreux que les déplacements professionnels.

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Paris Nord - 21 mai 2019 - La première rame TGV française, la rame 01 surnommée Patrick, a passé en avril le cap des 40 ans de carrière, avec un parcours kilométrique cumulé phénoménal, de plus de 13 millions de kilomètres. Une résistante à la généralisation des rames Duplex... mais il ne reste qu'une vingtaine de rames Sud-Est en service commercial. © transportrail

La focalisation sur le taux de remplissage - et la marge nette par place-km offerte - amène à cette situation absurde d'une entreprise qui n'achète que des rames de très grande capacité depuis plus de 20 ans, et argue ensuite de la faible occupation pour élaguer l'offre (le nombre de TGV par jour ayant reculé de 10 à 15% selon les axes entre 2008 et 2018). Stupéfiant !

Evidemment, certains lecteurs ont fait remarquer à Guillaume Pépy qu'il y avait d'autres constructeurs de trains à grande vitesse...

« Oui, il y a Siemens et nous lui avons acheté quelques rames pour Eurostar. Sur les lignes saturées, nous mettons des TGV à deux niveaux, car c’est un moyen de faire circuler plus de voyageurs sans augmenter le nombre de train. Il ne faut pas renoncer aux TGV à deux niveaux pour les lignes saturées, mais pour les lignes qui ne sont pas engorgées – et c’est une annonce que je vous fais – je pense qu’il faut qu’on réfléchisse en France à la possibilité d’avoir non plus uniquement des TGV Jumbo de plus de 500 places, mais également des TGV de 300 places qui seraient moins chers à l’achat. »

On ajoutera quand même qu'après avoir commandé 268 rames Duplex, dont 250 en service (pour 134 rames TGV PSE, Atlantique, Réseau hors Thalys à l'effectif en mai 2019), la SNCF et Alstom ont conçu main dans la main le TGV2020 qui est lui aussi à 2 niveaux, avec une première commande de 100 rames à livrer à partir de 2023 !

Dans le même entretien, le sujet des trains de nuit nous a aussi fait bondir.

« La suppression des trains de nuit est une décision prise il y a quatre ans par le gouvernement. Chaque voyageur était subventionné à hauteur de 110 euros, par le contribuable. Cela dit, à partir de décembre 2020, le monopole de la SNCF disparaît et si d’autres opérateurs, comme Transdev, Thello, souhaitent opérer ces trains, ils sont les bienvenus. Il y a déjà eu un appel à manifestations d’intérêt, personne n’a répondu. »

C'est quand même oublier :

  • que le déficit par voyageur-km des trains de nuit est inférieur à celui des TET de jour (parcours moyen plus long, pas d'abonnés...) ;
  • que les conditions de l'appel à manifestation d'intérêt lancé par l'Etat sur les trains de nuit avait été unanimement critiqué par son manque de rigueur ;
  • que la relance des trains de nuit est une réalité chez nos voisins, avec Nightjet, grâce aux ÖBB, mais aussi au Royaume-Uni avec Caledonian Sleeper.

Bref, ces quelques déclarations vont certainement susciter de très nombreuses réactions !

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09 mai 2019

Déconcentrer les services ministériels

C'est la petite rumeur du jour. Alors évidemment, nous n'allons pas nous joindre au cortège des commentateurs, mais juste prendre quelques minutes pour nous détendre un peu... Le ministère des Comptes Publics envisage de déconcentrer une partie de ses services pour en réduire les coûts de fonctionnement, notamment du fait de bâtiments moins onéreux, et afficher une reconquête des territoires hors des grandes villes par l'administration. Passons sur le fait qu'une petite phrase lâchée au coin d'un micro ne fait pas un projet consolidé sur le plan organisationnel et social.

A transportrail, on a bien une petite idée pour revitaliser certaines lignes régionales en difficulté... Allez, on ose, on se lâche et déconcentrons les services :

  • pour donner l'exemple, le ministère de la Transition Ecologique, auxquels sont rattachés les Transports, irait à Rodez
  • l'Economie et des Finances à Montluçon
  • l'Intérieur à Ussel
  • la Cohésion des Territoires à Gap
  • la Justice au Tréport
  • l'Agriculture à Roscoff (ses primeurs, ses oignons...)
  • la Défense à Givet (infranchissables Ardennes...)
  • les Affaires Etrangères à Tende
  • les Affaires Européennes à Morteau
  • la Santé à Morez (capitale de la lunette) : on avait pensé à Comdom, mais la ligne est fermée, donc hors concours...
  • la Jeunesse et les Sports à Chamonix
  • la Culture à Loches (la Touraine, les châteaux de la Loire)
  • l'Outre-mer pose problème : on aurait bien pensé à la Corse...

 

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11 avril 2019

Hauts de France saisit l'ARAFER

Le président de la Région Hauts de France est en train de se faire le meneur de la fronde des Régions à l'égard de la SNCF, à coup de diatribes en commission permanente, largement relayées sur Internet puisque ces sessions sont filmées. S'il lui arrive de viser juste et d'appuyer là où cela peut faire mal, il lui arrive aussi de taper à côté en accusant par exemple la SNCF de ne pas élaguer les arbres au bord des voies ferrées... ce qui n'est pas totalement faux, mais qui est franchement exagéré quand les arbres en question sont situées sur des propriétés privées. Et on sait que ces opérations sont parfois soumises à un parcours d'obstacles...

Cette fois-ci, il saisit l'ARAFER, considérant que SNCF Mobilités retient des informations essentielles pour l'autorité organisatrice en vue de préparer l'allotissement des lignes en vue de désigner les exploitants par appel d'offres, sur la consistance du trafic, l'entretien et l'affectation du matériel roulant, la répartition du personnel, la destination finale des frais de structure et des zones d'ombre qu'il évalue à plus de 10 M€ par an présentés comme la conséquence du mécanisme dit de vieillissement-technicité des effectifs de l'opérateur.

Il serait quand même surprenant que SNCF Mobilités soit autant en décalage par rapport aux discours officiels de la SNCF et sa logique de reconquête de la confiance de Régions qui se préparent à changer de dimension par une logique d'appels d'offres... A l'inverse, que la Région sorte l'artillerie lourde est peut-être le moyen d'accélérer le processus... sans compter une prise de position tactique de son président...

 

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03 avril 2019

Et si Flixtrain arrivait en France ?

750 000 billets vendus en Allemagne en 2018 : c'est le résultat affiché par Flixtrain, l'activité ferroviaire de Flixbus. Aussi étonnant que cela puisse paraître, celui qui s'impose désormais comme le spécialiste européen du transport par autocars s'intéresse au ferroviaire et découvre que la massification des trafics par un système de transport plus capacitaire n'était pas dénuée d'intérêts. Qui plus est, l'augmentation du trafic entraîne une augmentation des coûts de production car la capacité d'un autocar est tout de même limitée. De surcroît, la congesiton routière à l'approches des grandes villes et la capacité insuffisante des gares routières amène à examiner la solution ferroviaire.

Bref, le train pourrait faire partie d'une stratégie multimodale de développement de la petite galaxie Flix', l'autocar devenant une solution complémentaire au train dans un système de transport intégré à bas coût : l'autocar assurerait le rabattement et la diffusion au-delà de relations ferroviaires, avec une continuité tarifaire et une garantie de continuité de service.

A ce jour, Flixtrain commercialise en Allemagne des relations ferroviaires privées, qui connaissent de modestes développements mais semblent pour l'instant en mesure d'être pérennisées. L'ouverture du marché français, où Flixbus se retrouve en position majoritaire depuis que la SNCF a vendu Ouibus à Blablacar et après le retrait de Transdev, pourrait-elle inciter l'opérateur aux véhicules vert et orange à envisager de venir sur le réseau ferroviaire français ? Difficile de comparer les situations de part et d'autre du Rhin : en Allemagne, Flixbus valorise des produits qui avaient émergé par leurs propres - et faibles - moyens. En France, il faudrait partir de zéro...

 

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27 mars 2019

Quand on parle des "petites lignes" au JT...

Hier soir, le journal de 20 heures de TF1 a consacré une longue séquence au devenir des lignes de desserte fine du territoire en prenant pour exemple le sud des Vosges avec Epinal - Belfort et surtout Epinal - Saint Dié, suspendue depuis décembre dernier.

D'abord un reportage sur place : on y voit que les autocars de remplacement entre Epinal et Saint Dié ne font pas le plein et ont fait fuir la moitié de la clientèle déjà maigre des trains. La question du tunnel de Vanémont est mise en question, mais de façon un brin caricaturale. Sur le cas de la ligne Epinal - Belfort, l'exemple de la gare de Bains les Bains est très révélateur puisqu'on a ici une belle illustration de certaines difficultés du train, la gare étant située à plusieurs kilomètres du bourg.

Quant à l'interview du vice-président aux transports de la Région, elle met clairement en avant la démarche d'ouverture à la concurrence de l'exploitation des lignes régionales, ce qui peut être une réponse pour un meilleur usage... mais ne répond pas à la question de l'état de l'infrastructure. Indirectement, vouloir une offre plus conséquente peut renforcer la pression pour obtenir la réalisation des travaux. Manifestement, la Région n'écarte pas un scénario de reprise des lignes pour piloter elle-même la gestion de l'infrastructure.

L'explication en plateau qui suivait était en revanche caricaturale :

  • la réduction de capacité des trains : les solutions innovantes présentées existent déjà depuis 20 ans. C'est l'X73500. Aller plus loin dans cet exercice n'a pas de sens puisque le besoin est défini par le trafic à l'heure de pointe. Des mobiles moins capacitaires devraient être plus nombreux.
  • mettre des cars à la place des trains sur les emprises ferroviaires transformées : sachant qu'il faut 7 m pour disposer de 2 voies compatibles avec la circulation d'autocars, il va falloir aller beaucoup plus loin pour araser les emprises. Et comment gère-t-on les ouvrages d'art ? Ponts, viaducs, tunnels ? Par des systèmes de circulation alternée probablement, mais comment s'accommode-t-on des tunnels de grande longueur ? Quelle mise aux normes ? Comment faire circuler un autocar sur un viaduc à structure métallique ? Et cela ne change pas le fait que, quitte à prendre la route, les voyageurs privés de trains choisissent en général la voiture : le reportage qui précédait venait de le démontrer !

Bref, que le maillage du réseau ferroviaire soit pris en considération par les grands médias est une bonne chose... à condition de le traiter correctement. Pour le coup, les explications des journalistes de TF1 n'ont certainement pas fait avancer le débat !

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24 mars 2019

La LOM au Sénat

Après un premier passage plutôt transparent à l'Assemblée Nationale, le projet de Loi d'Orientation sur les Mobilités est actuellement examiné par le Sénat. La chambre haute entend proposer d'importants amendements pour rectifier un texte qui, selon plusieurs sénateurs, comporte encore un grand nombre de lacunes, avec en toile de fond la question de l'accessibilité aux territoires, en dehors des grandes métropoles et hormis les liaisons avec Paris, mais aussi un débat capital sur le financement des investissements, sans réponse depuis le scandaleux naufrage de l'écotaxe.

Principal reproche fait par les sénateurs au texte adopté par l'Assemblée Nationale, l'absence de financement et de programmation sur les infrastructure ferroviaire. Le gouvernement se retranche derrière les annonces faites lors de la réforme ferroviaire, sur la garantie d'une dotation de 2,7 MM€ par an, dont on sait très bien qu'elle ne couvre pas la totalité du réseau ferroviaire mais seulement une partie du réseau structurant. Marteler la priorité aux transports du quotidien dans une situation de péril à l'horizon de 10 ans sur un tiers du réseau n'est pas la moindre des ambiguïtés de la situation actuelle. Le budget de l'AFITF n'est pas à la hauteur des engagements de l'Etat, puisque l'agence ne serait dotée que de 2,47 MM€ en 2019. Le Sénat envisage de lui affecter l'intégralité de la hausse de la TICPE prévue en 2014. En marchant sur des oeufs, ce qui n'est pas franchement dans ses habitudes, la ministre des Transports évoque régulièrement la possibilité d'instaurer une taxe sur le transport routier en transit au moyen d'une vignette.

Pour autant, le discours du gouvernement sur la consistance du réseau reste très évasif : à mots à peine masqués, outre le fait qu'il va charger les préfets de négocier un accord avec les Régions, on voit bien que, dans sa grande tradition, l'Etat va chercher à transférer la responsabilité de possibles mauvaises nouvelles - comprendre des fermetures de ligne - sur les Régions, récupérant des charges supplémentaires (sur l'infrastructure) sans ressource correspondante.

En outre, l'Etat semble s'orienter vers la reprise de la propriété du réseau, qu'il avait confié, en même temps que la dette, à RFF en 1997. Dans cette opération, il se pourrait que l'Etat ne reprenne pas la totalité du réseau avec la possibilité de transférer certaines lignes aux Régions. La manoeuvre est assez cohérente sur le plan financier (reprise du passif = reprise de l'actif), mais on peut être particulièrement inquiet des conséquences du fait de la vacuité stratégique de l'Etat.

Cependant, il semble tout de même que cette loi ne positionne pas le sujet ferroviaire au centre des préoccupations... ni même plus globalement les transports en commun car le volet urbain est tout aussi aride. En revanche, la LOM se penche très significativement sur la réglementation des navettes autonomes, des trotinettes en milieu urbain, l'organisation du covoiturage... et finalement dans une approche fataliste sur la dépendance sans cesse croissante de nombreux territoires à l'automobile. Probablement la conséquence d'un projet d'envergure technique dans laquelle il manque - et ce n'est malheureusement pas une première - la composante territoriale.

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04 mars 2019

Après la SNCF, Transdev abandonne ses autocars longue distance

Ah on devait voir ce qu'on allait voir ! Ce devait être la grande innovation, une nouvelle liberté de déplacement, une nouvelle solution pour les territoires à l'écart des grands axes ferroviaires, un nouveau segment d'activité économique avec à la clé plus de 20 000 emplois ! Heureusement, à transportrail, on n'y a pas cru, dès le début,  malgré des arguments souvent très grossiers, y compris de la SNCF. Quitte à passer pour des oiseaux de mauvais augure...

Quatre ans après la libéralisation du transport de voyageurs par autocars, créant les Services Librement Organisés appelés couramment Cars Macron, le bilan est assez désastreux. La fréquentation atteint 9 millions de voyageurs en 2018, un résultat largement dopé par la grève à la SNCF au printemps 2018. Cependant, il ne faut pas oublier qu'aucun opérateur n'est rentable. Megabus et Starshipper ont rapidement jeté l'éponge. La SNCF a cédé il y a quelques semaines Ouibus à Blablacar. Voici maintenant que Transdev fait coup double et annonce la cession de deux filiales : Isilines évidemment, l'activité SLO pour le trafic intérieur, mais aussi le réseau européen Eurolines né en 1985.

Devinez qui va récupérer l'activité ? Le géant aux autocars vert et orange : Flixbus. De la sorte, la filiale française de l'entreprise allemande va s'arroger à elle seule au moins 60% du marché.

Flixbus - Blablacar : un bel oligopole, qui va assurément être l'occasion d'une concurrence frontale pour que chacun puisse asseoir ses positions. On peut aussi s'interroger sur l'évolution des tarifs car la réduction de concurrence va probablement lever certains freins chez les deux opérateurs afin d'améliorer leur santé financière. Quelle sera aussi la stratégie en matière de couverture du territoire ? Bref, quelle recomposition de ce paysage pourtant très récent ?

Cependant, il leur faudra être prudent car, malgré les effets de la longue grève du printemps 2018, les résultats de trafic des trains de la SNCF sont plutôt positifs, ce que semblent aussi confirmer les premiers mois de 2019. Certes, sur 2018, le bénéfice net ressort à 141 M€ contre 1,5 MM€ en 2017, mais le rebond du trafic au second semestre a été plutôt vigoureux (la SNCF insistant sur plus de 4% de croissance de la fréquentation sur les TER entre septembre et décembre). Le train n'est pas encore totalement hors concours... et Flixbus le sait mieux qu'un autre avec sa filiale Flixtrain qui se développe en Allemagne, avec un troisième aller-retour Hambourg - Cologne et la création d'une nouvelle relation Berlin - Cologne, complétée par la relation Stuttgart - Berlin.

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28 février 2019

Epinal - Saint Dié : les paradoxes de l'Etat

Réunis à l'Elysée hier, les élus du Grand Est ont entendu le président de la République recadrer les présidents de SNCF Mobilités et SNCF Réseau. Par deux fois, au cours de sa campagne électorale et en novembre dernier, M. Macron avait clairement soutenu le maintien de la liaison ferroviaire entre Epinal et Saint Dié, suspendue depuis la fin d'année 2018. Il l'a encore rappelé hier soir (propos relatés par Le Monde) : « Saint-Dié - Epinal rouvrira : c’est une bonne mesure de santé publique, parce que j’en ai assez que les gens ne se sentent pas concernés par ce qui est dit, y compris quand le président de la République dit des choses [...] Jusqu’à preuve du contraire, c’est le contribuable, l’actionnaire de la SNCF. Et donc les engagements du président de la République sont aussi ceux des dirigeants de la société. »

L'orage est passé. Maintenant, on peut analyser. La situation confine au syndrome macronique primiaire du « en même temps » car l'Etat exprime ici une injonction de faire visant clairement SNCF Réseau... mais c'est tout de même l'Etat, actionnaire unique de SNCF Réseau, qui n'honore pas ses engagements dans les CPER (taux d'engagement actuel de l'ordre de 25% pour la participation de l'Etat). C'est l'Etat qui a établi un Contrat de (non-) Performance ne prévoyant pas les ressources permettant de couvrir les besoins de renouvellement des lignes de desserte fine du territoire. C'est l'Etat, transformant SNCF Réseau en Agence Publique d'Etat, en récupérant 35 MM€ de dette, qui bride encore un peu plus la capacité d'investissement du gestionnaire d'infrastructure, ne participant plus aux opérations de renouvellement qu'à hauteur de 8,5% sur ces mêmes lignes.

En un mot, c'est bien l'Etat et ses émanations qui ont organisé cette situation. Proclamer la priorité aux trains du quotidien à longueur de discours et assurer qu'il n'y aura pas de nouvelles fermetures de ligne gagnerait singulièrement en crédibilité si les financements suivaient à la hauteur des missions qui leur incombent. Pour les lignes de desserte fine du territoire, il manquerait 700 M€ par an et un peu plus de 500 M€ par an pour le réseau structurant.

Quand l'Etat décidera de rédiger un véritable Contrat de performance avec le gestionnaire d'infrastructure s'aapuyant sur des principes économiques (et non financiers), des objectifs techniques (modernisation des équipements, amélioration de la performance et de la capacité), territoriaux (préservation du maillage du territoire) et environnementaux (verdissement des mobilités), il sera possible de commencer à croire aux déclarations sur la priorité aux trains du quotidien. Mais pour l'instant, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

 

22 février 2019

UIC 7 à 9 : un an après le rapport Spinetta... ou le principe des Poppys

En février 2018, le rapport de Jean-Cyril Spinetta sur l'avenir du système ferroviaire avait une nouvelle fois jeté un pavé dans la mare en préconisant la fermeture massive de lignes régionales (UIC 7 à 9, désormais appelées lignes de desserte fine du territoire) pour améliorer l'économie du réseau. La belle affaire : c'est la méthode utilisée depuis 1938 et elle a toujours prouvé son inefficacité... mais il faut toujours continuer dans l'erreur de peur de se déjuger.

Face à la colère des Régions, autour du désengagement de l'Etat, le gouvernement avait prudemment botté en touche, ce qui, au regard des précédentes expériences, n'était déjà pas si mal. Mais où en est-on depuis ?

La Loi d'Orientation sur les Mobilités est creuse sur les questions ferroviaires. La réforme ferroviaire transformant le groupe SNCF en Sociétés Anonymes s'attache à des détails de structure juridique mais évitement soigneusement le fond : stratégie, gouvernance et financement. La mission confiée au désormais incontournable préfet François Philizot est chargée de déminer un terrain ô combien sensible compte tenu des tensions entre l'Etat, SNCF Réseau et les Régions, mais la marge de manoeuvre est d'autant plus étroite qu'il semble maintenant à peu près clair qu'il ne faut pas s'attendre à une révision à la hausse du Contrat de (non-) Performance, même pour couvrir les besoins orphelins sur le réseau structurant identifiés dans l'actualisation de l'audit de l'état du réseau.

L'avancement des CPER est très faible et l'Etat ne parvient pas à honorer ses participations financières, amplifiant sur les lignes de desserte fine du territoire le retard dans le traitement des lignes concernées.

Dans ces conditions, la priorité aux trains du quotidien, sans cesse rabâchée, demeure virtuelle. Le fossé entre les Régions et SNCF Réseau s'accroit et le point de rupture n'a jamais été aussi proche. La seule perspective qui se dessine pour espérer la préservation - au moins partielle - du maillage ferroviaire actuel passe probablement par la fin de l'ambiguïté. Les Régions paient la très grande majorité des coûts de renouvellement. Les péages qu'elles versent pour la circulation des trains ne couvrent qu'une partie des dépenses courantes de maintenance et SNCF Réseau commence à leur demander de les couvrir en intégralité (cas d'Oloron - Bedous par exemple) sur des lignes où ne circulent que des trains régionaux.

De ce fait, l'Etat et SNCF Réseau font porter aux seules Régions la responsabilité qui incombe normalement au propriétaire du réseau ferroviaire. L'heure est venue de se poser la question du transfert de la propriété d'une partie de ces lignes aux Régions, qui sortiraient du réseau ferré national pour se retrouver dans une situation comparable à celle des Chemins de fer de la Corse ou de Provence, en société publique locale ou en régie directe.

Encore faut-il établir les critères d'éligibilité de ce transfert et donc arrêter définitivement de fonder toute analyse sur l'utilité d'une ligne par ce qui est improprement appelé « les groupes UIC » et qui n'est qu'une classification franco-française inspirée de principes coordonnés par l'Union Internationale des Chemins de fer et destinée à définir des pas de maintenance de la voie. Encore faut-il associer au transfert de compétence un transfert de ressources aux Régions pour assumer cette mission... et on sait à l'avance que le ministère des Finances cherchera à confier la charge sans les modalités de l'assurer. Encore faut-il aussi admettre que les Régions vont devoir renforcer en nombre et en compétence leurs équipes pour prendre en charge cette charge importante.

On comprend pourquoi il est tellement plus simple de laisser dépérir ces lignes et plaider ensuite la fermeture...Bref, « Non, non, rien n’a changé, tout, tout va continuer… » : c'est le principe des Poppys !

Pas vraiment vraiment le meilleur moyen de « reconquérir la confiance des Régions », tant pour l'Etat, dont les relations avec les collectivités locales ont atteint un haut niveau de criticité, que pour SNCF Réseau, qui supporte parfois des responsabilités qui sont celles de l'Etat... en les amplifiant aussi un peu...