Ils sont habituellement nettement moins en vedette que les autres trains : d'abord, c'est du fret ; ils vont moins vite ; ils n'ont pas le prestige de la performance ou de l'excellence industrielle nationale. Et pour en ajouter une couche, ces trains sont de grands habitués de lignes du bas de classement, les capillaires fret : environ 3000 km de lignes qui n'accueillent que quelques trains par semaine, mais qui au final, génèrent plus de 20% du tonnage de marchandises transportées par le chemin de fer.

Les difficultés extrêmes d'organisation de l'exploitation ferroviaire dans cette période inédite de confinement ont quasiment mis à l'arrêt les trains. A l'échelle nationale, ne subsiste qu'un service minimal de trains de voyageurs pour les besoins urgents, notamment pour les personnes des services publics essentiels, à commencer par les personnels de santé. Ces trains permettent aussi de maintenir les lignes en conditions nominales sur le plan de la sécurité de l'exploitation.

Le fret revêt un caractère éminemment stratégique, surtout à cette période. Il s'agit de maintenir les acheminements liés aux productions essentielles, notamment pour le secteur alimentaire. Le trafic céréalier est essentiel pour le fonctionnement normal de l'agro-industrie céréalière essentielle à notre alimentation, éviter la perte de productions, soit dans les silos soit dans les récoltes à venir.

En outre, certaines usines ne peuvent s'arrêter complètement, notamment dans le domaine énergétique et certaines productions sidérurgiques, nécessitant un minimum d'activités. C'est la raison pour laquelle les moyens mobilisables et l'organisation particulière liée aux règles de sécurité sanitaire privilégie la circulation du fret... dont on redécouvre les vertus.

En conséquence, l'organisation mise en place par SNCF Réseau a pour l'instant abouti à la circulation de 50 à 60 % des trains prévus par les différents opérateurs. Un résultat qui témoigne de l'ampleur avec laquelle la crise sanitaire impacte le réseau ferroviaire : les effectifs disponibles varient beaucoup d'un territoire à l'autre, entre gestion familiale et impact direct du Covid-19. L'objectif est d'arriver à 100% en fin de semaine, toujours en priorisant les circulations essentielles pour l'agro-alimentaire et les industries dimensionnantes avec des effectifs réduits et une organisation adaptée aux règles sanitaires.

Il est bien trop tôt pour en tirer la moindre conclusion sur la situation du fret en France mais cette période permet de mesurer non seulement les difficultés qui frappent l'ensemble de l'organisation logistique mais aussi les vertus d'un mode massifié et son importance dans l'activité économique et la vie quotidienne.

Profitons-en pour présenter quelques clichés de ces trains d'habitude dans l'ombre et mis en lumière ces temps-ci.

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Loury - 20 août 2019 - Les trains céréaliers à l'honneur dans cet article, notamment dans la Beauce. Les BB60096 et 60062 assurent la traction de ce trains sur la ligne Orléans - Pithiviers. Même en roulant entre 40 et 60 km/h, le train reste plus efficace que la route pour transporter environ 1200 tonnes de céréales. © P. Mauduit

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Près de Pithiviers - 20 août 2019 - Le même train un peu plus haut sur la ligne . La voie composée de rails Double Champignon est faiblement armée mais elle a bénéficié d'investissements soutenus par la Région mais aussi les chargeurs céréaliers pour en maintenir l'exploitation. © P. Mauduit

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Beauchery - 11 mai 2017 - Les voies disparaissent sous la végétation de la ligne Provins - Esternay mais le train passe quand même dans cet environnement de l'est de la plaine céréalière d'Ile de France qui, comme le montre la fin du convoi, n'est pas si plate que cela... © P. Sombourg