Le mariage avec Siemens ayant capoté au risque de placer l'ensemble formé avec Alstom en situation particulièrement dominante, sur la grande vitesse et la signalisation d'abord, sur le secteur régional ensuite, Alstom envisage un rapprochement avec la branche Transport de Bombardier et aurait, selon la presse allemande, évoqué un montant de 7 MM€ pour en prendre le contrôle. La branche - allemande - du groupe canadien représente aujourd'hui les deux tiers de ses activités mais le secteur aéronautique est en difficultés et Bombardier avec une dette de 9 MM£, envisagerait de réduire la voilure en cédant des actifs majeurs.

Cependant, Bombardier Transport connaît quelques revers dans le domaine du transport : après plus de 15 ans de domination du secteur des locomotives électriques avec la Traxx, Siemens prend depuis plusieurs années une longueur d'avance avec sa Vectron. Les relations avec la DB sont tendues en Allemagne et les commandes sur ce marché sont devenues très faibles. La DB tire les oreilles de Bombardier sur les rames 69 rames IC2 en cours de livraison. Les 25 premières compositions de 5 voitures à 2 niveaux avec une Traxx série 146.5 ont certes vu progresser leur fiabilité et leur comportement dynamique, notamment en pousse. En revanche, les 44 formations suivantes associées à la nouvelle génération Traxx série 147.5 souffre non seulement d'un retard de livraison mais aussi de déboires informatiques répétés mais aussi de difficultés de compatibilité avec les équipements ERTMS déployés en Suisse, d'où une suspension des réceptions puisqu'une partie de cette seconde tranche est destinée à la relation Stuttgart - Singen - Zurich. Ajoutons aussi les retards annoncés pour la livraison de Talent2 dans le Bade-Wurtemberg et, chez le voisin suisse, le passif sur les  rames Twindexx Vario. Côté français, la situation semble tout de même meilleure : le Francilien ne pose pas de soucis et les tracas rencontrés sur les Régio2N sont plutôt à torts partagés (dans des proportions à déterminer) entre l'infrastructure, le cahier des charges et l'industriel.

En France, le carnet de commandes est encore relativement garni et le plan de charge de l'usine de Crespin est assuré pour au moins 3 à 4 ans... en attendant la suite, et notamment le marché du renouvellement des trains du RER B (MIng)... ce qui sous-entend que, jusqu'à présent, Bombardier envisageait de se présenter indépendamment d'Alstom.

Mais après le rejet par la Commission Européenne de la fusion Alstom - Siemens, quel crédit donner à la perspective d'une fusion Alstom - Bombardier ? Une meilleure complémentarité sur la production de matériel roulant, avec un risque de quasi-monopole globalement limité au territoire français. Sur le domaine de la signalisation, les deux industriels sont en position secondaire par rapport à Siemens, et la fusion pourrait peut-être dégager des synergies pour proposer une offre concurrente crédible... ou de le délaisser complètement. Un second refus européen pourrait passer pour de l'entêtement, mais il faudra que les deux industriels, si le projet se confirmait, précise leur stratégie pour en évaluer la compatibilité avec le droit européen.