31 mars 2019

Suisse : Prodes 2035 bientôt adopté

C’est un pas aussi important que la concrétisation de Rail2000 en 2008, qui avait consacré la cadence horaire sur toutes les lignes de Suisse. L’année 2019 devrait être marquée par l’adoption de l’Etape d’Aménagement 2035, déclinaison de moyen terme du projet à horizon 2050 adopté voici maintenant 5 ans par votation. Les études sont quasiment terminées et une première trame de l’horaire 2035 est aujourd’hui stabilisée. Le Conseil Fédéral va proposer le dossier au Parlement qui statuera sur les modalités d’adoption, éventuellement par votation.

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Sur les coteaux du Lavaux - 17 octobre 2017 - Entre le lac Léman et la montagne, le train. Cette composition de VU IV est intéressante puisqu'elle comprend un segment de base de 9 voitures avec une Re460, ayant reçu le renfort d'un coupon de 3 voitures pour l'heure de pointe... avec une seconde Re460 pour tenir l'horaire conçu pour la formation de base. © J. Vernet

Sans surprise, ce programme d’investissement de 11,9 MMCHF comprend près de 200 opérations sur l’ensemble du réseau ferroviaire, et réaffirme encore un peu plus la volonté de la Suisse d’organiser l’ensemble de l’offre de transports publics dans le pays autour du chemin de fer, également présenté comme un élément central de la cohésion du territoire. Les CFF se donnent pour objectif de transporter 2 millions de voyageurs par jour sur leurs lignes, soit le double du trafic en 2018.

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Rupperswil - 21 mars 2019 - Elles en font couler de l'encre (et de la salive), les nouvelles automotrices FV-Dosto de Bombardier. Une mise au point manifestement délicate sur un projet qui a pris beaucoup de retard... et en grande partie pour des motifs extérieurs au processus industriel. Elles sont cependant très attendues par les CFF pour augmenter la capacité de ses trains. © J. Vernet

La cadence à la demi-heure sera généralisée sur l’ensemble des dessertes voyageurs et la cadence 15 minutes sera introduite sur les missions les plus fréquentées autour des grandes villes, notamment Bâle, Zurich et Genève. Ce n’est pas tout : les sillons fret sur l’axe Est-Ouest seront eux aussi mis en cadence 30 minutes, y compris en heures de pointe, afin de standardiser au maximum les circulations de marchandises à travers le pays et renforcer encore un peu plus le rôle du train, qui atteint déjà une part de marché de 32%.

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Pratteln - 4 octobre 2018 - Pour renforcer encore l'attractivité du chemin de fer pour le transport de marchandises, le principe de sanctuarisation de 2 sillons par heure et par sens est prévu dans l'horaire 2035, qui seront intégrées dans la trame cadencée au même titre que les liaisons Intercity. © J. Vernet

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Rupperswil - 21 mars 2019 - Les Re6/6 série 620 sont toujours fidèles au poste : voici un UM (Re12/12) sur cet axe est-ouest sur lequel les aménagements de capacité sur l'infrastructure devront ménager un peu plus de place pour le fret. Les trains étant un peu plus courts que dans les autres pays européens, les circulations sont un peu plus faciles à insérer dans la trame. © J. Vernet

Les investissements seront prioritairement destinés au traitement des principaux points de congestion. Mais le PRODES 2035 (Programme de Développement Stratégique) garantit aussi les ressources pour l’exploitation, la maintenance et le renouvellement du réseau.

Le nouveau schéma de desserte prévoit d’augmenter le nombre de gares desservies par les missions Interregio, qui se rapprocheront un peu plus des missions Régionales, ce qui, outre l’affichage de meilleures connexions, facilitera la construction horaire.

Les CFF mettent en avant dans leur synthèse du projet certaines opérations, comme la deuxième phase du tunnel du Zimmerberg pour gagner 5 minutes sur les Intercity circulant entre Zurich et Zug, la réalisation du tunnel de Brüttener (entre Zurich et Winterthur) pour gagner 8 minutes entre Zurich et Saint Gall, mais aussi la réduction du temps de parcours de 5 minutes entre Genève et Neuchâtel, en évitant Lausanne, bénéficiant d’une desserte suffisamment dense sur l’arc lémanique à cette échéance.

L’étape 2035 mise aussi sur la connexion air-fer avec l’amélioration de la desserte des aéroports de Genève et de Zurich et la création de la desserte de l’EuroAiport de Bâle-Mulhouse-Freiburg

Les CFF demandent aussi intégration de l’allongement des quais à Olten pour assurer une capacité suffisante aux trains, la réalisation ligne nouvelle Neuchâtel – La Chaux de Fonds et l’optimisation du positionnement de la relation Genève – Zurich Aéroport pour une insertion à Berne et Zurich aux minutes 15 et 45 afin de maximiser correspondances accessibles dans le quart d’heure suivant.

Il est donc possible que quelques ajustements soient intégrés au programme après l’adoption finale du programme.

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29 mars 2019

Espagne : ILSA très convoitée

Guillaume Pépy l'avait dit : la SNCF va pleinement s'engager dans l'ouverture du marché ferroviaire. Dans le domaine du fret, Captrain est déjà bien implanté dans plusieurs pays européens, notamment en Italie et en Allemagne. Mais elle s'intéresse aussi au transport de voyageurs, et pas seulement avec Keolis.

En Espagne, la création de ILSA (Intermodalidad de Levante SA) résultait de la volonté d'Air Nostrum de concurrencer la RENFE sur les lignes à grande vitesse et d'abord entre Madrid et Barcelone. En attendant l'ouverture du marché espagnol, la société Levante s'était positionnée sur une liaison Madrid - Montpellier, puisque les liaisons transfrontalières sont déjà libéralisées. Des difficultés techniques avaient retardé la création de ces relations l'année dernière, puisque la RENFE avait dissous sa filiale de location de matériel, et en particulier des S100 devenus surnuméraires, et homologués pour circuler en France. La création des 2 allers-retours avait donc été différée.

La SNCF a indiqué être en discussion avec ILSA... mais elle n'est pas la seule : la DB et NTV sont aussi sur les rangs. L'opérateur français met en avant sa connaissance technique et commerciale, le succès de Ouigo (histoire d'allécher le gouvernement avec une offre à bas coût)... et la disponiblité d'un nombre important de rames TGV, qui devront être cependant adaptées pour la circulation en Espagne (modulo l'installation des équipements de signalisation adaptés). La SNCF pourrait cependant se lancer seule sur le marché espagnol si les relations avec ILSA n'aboutissaient pas à un accord.

On espère que la SNCF sera aussi conquérante pour proposer les meilleurs services dans les appels d'offres français et pour réagir à l'arrivée plus que probable de nouveaux opérateurs en open-access, d'autant que SNCF Réseau a révélé cette semaine que deux candidats ont pris contact avec le gestionnaire d'infrastructures en vue de se lancer sur les rails français...

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Grand Est : deux appels d'offres distincts

La Région Grand Est a adopté le lancement de deux appels à manifestation d'intérêt distincts sur son réseau ferroviaire. Elle rejoint PACA dans le club des autorités organisatrices s'engageant dans l'ouverture à la concurrence des trains régionaux. Ces deux procédures concernent principalement des lignes de desserte fine du teritoire (UIC 7 à 9).

Le premier périmètre couvre de façon classique l'exploitation des services, ferroviaires et routiers, sur l'axe transvosgien Strasbourg - Molheim - Saint Dié - Epinal ainsi que l'antenne Molsheim - Sélestat. Le contrat devrait en principe prendre effet au début de l'année 2022 avec en principe des dessertes rénovées et accrues.

Ce lot représente environ 1,5 millions de km-trains par an. La prise d'effet du contrat est prévue en mars 2022 et sa durée sera comprise entre 8 et 15 ans.

Pour la section Arches - Saint Dié, la Région attend de SNCF Réseau une proposition de programme et de calendrier de renouvellement pour réactiver le service ferroviaire. Un sujet sensible suite aux déclarations répétées du Président de la République (pour l'instant sans effets, l'Etat ne prévoyant pas de budget pour cette ligne...).

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Schirmeck La Broque - 1er février 2015 - Le transvosgien sera l'une des premières relations dont l'exploitation ne sera pas imposé par la loi mais choisi par la Région Grand Est. Le matériel roulant sera le même que celui actuellement utilisé. © transportrail

La second périmètre est techniquement inédit : il couvre la seule relation Nancy - Contrexeville, mais le marché portera non seulement sur l'exploitation mais aussi sur l'infrastructure. La Région pourrait demander à récupérer l'infrastructure entre la bifurcation de Jarville et la gare de Vittel afin de confier au prestataire la maintenance courante de la ligne mais aussi  le renouvellement de la section Pont Saint Vincent - Vittel, suspendue depuis novembre 2016. Une étude réalisée par SYSTRA avait évalué le potentiel de la ligne à 12 allers-retours par jour, avec un schéma de desserte assez compétitif par rapport à la voiture, et compatible avec une rationalisation de l'infrastructure à double voie entre Pont Saint Vincent et Vézelize et de Mirecourt à Vittel. SYSTRA en avait profité pour mettre en scène sa proposition de voie posée sur grave-bitume, qui anime les débats ferroviaires depuis près d'un an dans le traditionnel travers d'universalité française.

Sur ce périmètre, il sera intéressant d'évaluer les modalités administratives sur la transition entre le réseau ferré national et la section régionale, non seulement à Jarville mais aussi à Vittel, desservie par les trains d'eaux minérales transitant par Merrey, et bientôt avec la relation voyageurs Paris - Vittel via Chalindrey restaurée par la Région avec un aller-retour hebdomadaire pour commencer.

On peut aussi soulever une question : le matériel actuellement employé sur ces lignes a été financé par la Région mais reste la propriété de la SNCF. La loi prévoit les conditions de transfert de ces biens à la Région. Parvenant à la mi-vie, les X73500 et les AGC devront être prochainement rénovés. La Région traitera-t-elle de façon distincte ces opérations patrimoniales ? Pourrait-elle imaginer d'intégrer dans l'appel d'offres cette prestation ?

La Région ne cache pas qu'un troisième lot est en préparation concernant les liaisons transfrontalières, dans le sillage des accords de coopération contractés avec les Landers voisins de Sarre et de Rhénanie-Palatinat. Un accord avec le Bade-Wurtemberg est probable d'ici l'été. Ce nouveau contrat ne débuterait pas avant 2024, le temps de recevoir le nouveau matériel transfrontalier.

27 mars 2019

Strasbourg - Paris : un montage IC-TER étonnant

Il faut avoir de bons yeux... mais au premier abord, il n'est pas impossible que cet écran laisse le voyageur quelque peu perplexe.

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Trois trains au départ de Strasbourg pour Paris-Est entre 16h16 et 16h17. Mais plusieurs indices peuvent remettre l'observateur aguerri à la chose ferroviaire. Cela prendra un peu plus de temps pour l'usager lambda (qui constitue, reconnaissons-le, la majorité du genre). D'abord, à gauche, les numéros de trains, avec un Intercités, un TER et un TGV-ICE, qui est en réalité un ICE (présenté avec un logo SNCF pour ne pas trop dérouter le voyageur). Ensuite à droite, les voies de départ : si l'ICE Est sur la voie 2, l'Intercités et le TER sont sur la même voie.

Tiens, deux trains sur la même voie, dans la même minute et dans la même direction... mais sous deux appellations différentes...

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Voici l'explication : les trains 1002 et 839172 sont une seule et même circulation mais avec deux parties distinctes : les 4 premières voitures (11 à 14) sont à réservation obligatoire comme toutes les offres Intercités Eco, tandis qur les 4 autres voitures (15 à 18) accessibles à tous les voyageurs avec la tarification TER classique. Il serait intéressant de se pencher sur les différents niveaux de tarification à bord des ces trains : 20 à 40 € pour l'Intercités et... 67,80 € en TER (plein tarif).

Evidemment, la part du train sous labelle Intercités Eco est financé aux risques et périls de la SNCF, alors que la partie TER est subventionnée par la Région Grand Est. Un montage insolite, qui semble lié au devenir de la liaison Intercités Eco alors que la Région Grand Est vient de lancer cette nouvelle relation Strasbourg - Paris à hauteur de 2 allers-retours.

Alors, si vous prenez le train entre Strasbourg et Paris en fin d'après-midi, ouvrez l'oeil !

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Quand on parle des "petites lignes" au JT...

Hier soir, le journal de 20 heures de TF1 a consacré une longue séquence au devenir des lignes de desserte fine du territoire en prenant pour exemple le sud des Vosges avec Epinal - Belfort et surtout Epinal - Saint Dié, suspendue depuis décembre dernier.

D'abord un reportage sur place : on y voit que les autocars de remplacement entre Epinal et Saint Dié ne font pas le plein et ont fait fuir la moitié de la clientèle déjà maigre des trains. La question du tunnel de Vanémont est mise en question, mais de façon un brin caricaturale. Sur le cas de la ligne Epinal - Belfort, l'exemple de la gare de Bains les Bains est très révélateur puisqu'on a ici une belle illustration de certaines difficultés du train, la gare étant située à plusieurs kilomètres du bourg.

Quant à l'interview du vice-président aux transports de la Région, elle met clairement en avant la démarche d'ouverture à la concurrence de l'exploitation des lignes régionales, ce qui peut être une réponse pour un meilleur usage... mais ne répond pas à la question de l'état de l'infrastructure. Indirectement, vouloir une offre plus conséquente peut renforcer la pression pour obtenir la réalisation des travaux. Manifestement, la Région n'écarte pas un scénario de reprise des lignes pour piloter elle-même la gestion de l'infrastructure.

L'explication en plateau qui suivait était en revanche caricaturale :

  • la réduction de capacité des trains : les solutions innovantes présentées existent déjà depuis 20 ans. C'est l'X73500. Aller plus loin dans cet exercice n'a pas de sens puisque le besoin est défini par le trafic à l'heure de pointe. Des mobiles moins capacitaires devraient être plus nombreux.
  • mettre des cars à la place des trains sur les emprises ferroviaires transformées : sachant qu'il faut 7 m pour disposer de 2 voies compatibles avec la circulation d'autocars, il va falloir aller beaucoup plus loin pour araser les emprises. Et comment gère-t-on les ouvrages d'art ? Ponts, viaducs, tunnels ? Par des systèmes de circulation alternée probablement, mais comment s'accommode-t-on des tunnels de grande longueur ? Quelle mise aux normes ? Comment faire circuler un autocar sur un viaduc à structure métallique ? Et cela ne change pas le fait que, quitte à prendre la route, les voyageurs privés de trains choisissent en général la voiture : le reportage qui précédait venait de le démontrer !

Bref, que le maillage du réseau ferroviaire soit pris en considération par les grands médias est une bonne chose... à condition de le traiter correctement. Pour le coup, les explications des journalistes de TF1 n'ont certainement pas fait avancer le débat !

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25 mars 2019

Autriche : Westbahn voudrait acheter chinois (tout s'explique... ou presque)

Que se passe-t-il donc ? Au lendemain de la publication de l'appel d'offres de la DB pour des automotrices à deux niveaux aptes à 200 km/h pour du trafic Intercity, à livrer au plus tard en janvier 2020, les ÖBB ont publié exactement le même avis pour 17 rames de 4 et 6 voitures.

C'est à ne plus rien y comprendre... et la réponse est arrivée par nos lecteurs. Et elle a de quoi surprendre !

Westbahn envisage de céder les 17 rames Stadler Kiss actuellement employés sur les relations Vienne - Salzburg et Vienne - Munich, alors que son conseil de surveillance vient de valider l'engagement de négociations pour l'achat de 15 à 17 automotrices Intercity aptes à 200 km/h et à 2 niveaux auprès du constructeur chinois CRRC, qui annonce pouvoir livrer les nouvelles rames dans un délai d'un an. On demande quand même à voir, étant donné que le matériel devra être importé...

Bref, les ÖBB envisagent, comme la DB, le rachat de tout ou partie des rames Kiss de Westbahn.

Petit à petit, on arrive à entrevoir ce qui se passe : Westbahn vend ses 17 rames Kiss afin de combler en partie sa dette. Le doublement de l'offre Vienne - Salzburg n'a pas eu les effets escomptés et le lancement des Vienne - Munich a été retardé en raison de travaux. Il lui faudrait en compensation du matériel pour continuer ses activités : les nouveaux trains chinois seraient non pas acquis de façon classique mais mis à disposition par le constructeur CRRC qui se rémunèrerait sur les recettes de l'exploitation. De ce fait, la charge de l'investissement se muerait en frais de fonctionnement de l'entreprise.

On voit que l'Union Européenne a d'autres chats à fouetter en ce moment, car un tel mécanisme pourrait être assez aisément qualifié de dumping social. Mais ira-t-il à son terme ?

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24 mars 2019

La LOM au Sénat

Après un premier passage plutôt transparent à l'Assemblée Nationale, le projet de Loi d'Orientation sur les Mobilités est actuellement examiné par le Sénat. La chambre haute entend proposer d'importants amendements pour rectifier un texte qui, selon plusieurs sénateurs, comporte encore un grand nombre de lacunes, avec en toile de fond la question de l'accessibilité aux territoires, en dehors des grandes métropoles et hormis les liaisons avec Paris, mais aussi un débat capital sur le financement des investissements, sans réponse depuis le scandaleux naufrage de l'écotaxe.

Principal reproche fait par les sénateurs au texte adopté par l'Assemblée Nationale, l'absence de financement et de programmation sur les infrastructure ferroviaire. Le gouvernement se retranche derrière les annonces faites lors de la réforme ferroviaire, sur la garantie d'une dotation de 2,7 MM€ par an, dont on sait très bien qu'elle ne couvre pas la totalité du réseau ferroviaire mais seulement une partie du réseau structurant. Marteler la priorité aux transports du quotidien dans une situation de péril à l'horizon de 10 ans sur un tiers du réseau n'est pas la moindre des ambiguïtés de la situation actuelle. Le budget de l'AFITF n'est pas à la hauteur des engagements de l'Etat, puisque l'agence ne serait dotée que de 2,47 MM€ en 2019. Le Sénat envisage de lui affecter l'intégralité de la hausse de la TICPE prévue en 2014. En marchant sur des oeufs, ce qui n'est pas franchement dans ses habitudes, la ministre des Transports évoque régulièrement la possibilité d'instaurer une taxe sur le transport routier en transit au moyen d'une vignette.

Pour autant, le discours du gouvernement sur la consistance du réseau reste très évasif : à mots à peine masqués, outre le fait qu'il va charger les préfets de négocier un accord avec les Régions, on voit bien que, dans sa grande tradition, l'Etat va chercher à transférer la responsabilité de possibles mauvaises nouvelles - comprendre des fermetures de ligne - sur les Régions, récupérant des charges supplémentaires (sur l'infrastructure) sans ressource correspondante.

En outre, l'Etat semble s'orienter vers la reprise de la propriété du réseau, qu'il avait confié, en même temps que la dette, à RFF en 1997. Dans cette opération, il se pourrait que l'Etat ne reprenne pas la totalité du réseau avec la possibilité de transférer certaines lignes aux Régions. La manoeuvre est assez cohérente sur le plan financier (reprise du passif = reprise de l'actif), mais on peut être particulièrement inquiet des conséquences du fait de la vacuité stratégique de l'Etat.

Cependant, il semble tout de même que cette loi ne positionne pas le sujet ferroviaire au centre des préoccupations... ni même plus globalement les transports en commun car le volet urbain est tout aussi aride. En revanche, la LOM se penche très significativement sur la réglementation des navettes autonomes, des trotinettes en milieu urbain, l'organisation du covoiturage... et finalement dans une approche fataliste sur la dépendance sans cesse croissante de nombreux territoires à l'automobile. Probablement la conséquence d'un projet d'envergure technique dans laquelle il manque - et ce n'est malheureusement pas une première - la composante territoriale.

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Allemagne : la DB à la recherche de matériel roulant

C'est à ne plus rien y comprendre. La stratégie de la DB pour le renouvellement des matériels Intercity réserve régulièrement son lot de surprises.

Résumé des épisodes précédents. Pour remplacer les deux premières générations d'ICE et les rames tractées sur les relations circulant à 200 km/h, l'opérateur allemand avait initialement fondé sa politique sur la rationalisation du parc avec une seule série : l'ICE4, avec une vitesse maximale de 249 km/h pour éviter de franchir le seuil fatidique de 250 km/h au-delà duquel le matériel est considéré non plus à haute vitesse mais à grande vitessse.

Mais parallèlement, elle lançait un appel d'offres pour des trains Intercity aptes à 160 km/h, aboutissant à la formule IC2 : retour à la rame tractée, avec l'évolution de plateformes déjà connues pour le transport régional, avec les voitures Dosto de Bombardier, dans une nouvelle version adaptée à la longue distance, et des Traxx aptes à 160 km/h.

L'ICE4 fait ses débuts, mais entre la commande et les premières livraisons, la DB a décidé de reformater les rames pour augmenter encore leur capacité (en passant de 12 à 13 voitures) et de procéder à l'homologation de ces rames à une vitesse de 265 km/h pour, dit-elle, procurer une capacité supplémentaire à résorber les retards. Quant aux IC2, leur mise au point semble plus complexe que prévu, le comportement dynamique des voitures, surtout en pousse, donnant du fil à retordre à Bombardier, alors que plusieurs milliers de voitures similaires circulent déjà (mais à 140 km/h).

Le lancement d'un troisième marché avait déjà dérouté plus d'un observateur : l'ECx récemment attribué à Talgo avec sa locomotive Tracva et ses segments articulés à pendulation passive pour former une rame réversible apte à 230 km/h pour des liaisons internationales illustre une nouvelle fois les hésitations de la DB.

Mais avec l'annonce publié cette semaine, on frise le déraillement : la DB est à la recherche de rames Intercity - éventuellement d'occasion - d'une capacité de 500 places, à deux niveaux, aptes à 200 km/h et équipées ERTMS 2 pour une mise en service au plus tard en janvier 2020. Il va de soi que dans un délai aussi court, la production d'un matériel neuf est irréaliste. Les deux seuls produits existant sur le marché capables de répondre - au moins en partie - à cet appel d'offres sont l'Omneo Premium de Bombardier, et le Kiss de Stadler, mais les délais de livraison ne sont pas réalistes. Quant à trouver du matériel d'occasion de ce type, c'est peine perdue. Seules les rames Kiss de l'opérateur autrichien Westbahn pourraient en théorie répondre à la requête, mais le parc est utilisé à plein régime sur les relations Vienne - Salzburg et Vienne - Munich.

Conclusion : ça tangue à la DB... et cela semble se propager aussi en Autriche...

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Nantes - Bordeaux : le début de la renaissance ?

76 km de ligne, 172 km de rail, 120 000 tonnes de ballast, 136 000 traverses, 88 M€ : ce sont en résumé les 4 chiffres à retenir du renouvellement de la section Nantes - La Roche sur Yon, engagé en janvier dernier et qui devrait s'achever en juin. L'opération est financée sur fonds propres de SNCF Réseau, via le Contrat de Performance, puisque c'est la seule section de la transversale Nantes - Bordeaux à être considérée comme du réseau structurant, classée groupe 6 dans ce qui est improprement appelé classification UIC. C'est aussi la section la mieux équipée, électrifiée en 25 kV, dotée du Block Automatique Lumineux jusqu'à Clisson et du BAPR au-delà.

Nantes - La Roche sur Yon constitue la première étape de modernisation de la transversale Nantes - Bordeaux. L'année prochaine, les 103 km entre La Roche sur Yon et La Rochelle seront fermés. La voie est particulièrement dégradée, imposant depuis 4 ans un ralentissement à 60 km/h sur une zone à 110 / 130 km/h coûtant plus de 50 minutes. La signalisation n'est guère meilleure, l'antique Block Manuel régional Nantes-Bordeaux étant maintenu a minima. La solution retenue fait couler beaucoup d'encre et de salive : SNCF Réseau renouvellera une seule voie, dotée de 2 évitements à Luçon et Marans, solution amplement suffisante pour écouler les 4 allers-retours existants, et jusqu'à 4 fois plus de circulations avec l'usage d'un seul point de croisment. Autant dire que le retour de la deuxième voie n'est pas pour demain : il faudrait en outre mobiliser 100 M€ de plus sachant que les 138 M€ de l'opération qui sera engagée l'an prochain ont été obtenus in extremis. La Roche sur Yon - La Rochelle sera en outre la première application de NExT Regio, une évolution du BAPR, en technologie numérique, avec télécommande par fibre optique de la ligne depuis le poste informatisé existant de La Roche sur Yon.

Plus au sud, la situation devient particulièrement critique et les ralentissements à 60 km/h entre Beillant et Saint Mariens prolifèrent. SNCF Réseau devrait profiter de la fermeture de 15 mois entre La Roche sur Yon et La Rochelle pour réaliser des travaux dans cette zone, afin de retrouver les performances nominales et ainsi pouvoir revenir à une liaison Nantes - Bordeaux en 3h45 à 3h50, tirant profit des aptitudes du Coradia Liner. De son côté, la Région Nouvelle Aquitaine planifie déjà pour 2021 des développements d'offre sur les relations Intervilles Bordeaux - Saintes - La Rochelle et sur la desserte périurbaine jusqu'à Saint Mariens, avec dans ce cas la contrainte d'une exploitation tendue par l'absence de voie de terminus, qu'il faudra intégrer à terme (avec une opportunité qui semble se profiler à moyen terme, les postes d'aiguillage de Saint Mariens étant à renouveler d'ici 5 à 7 ans...)

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Viaduc de Cubzac les Ponts - 21 octobre 2018 - Vu grâce à un drône, le viaduc de Cubzac dans toute sa splendeur : l'UM de Coradia Liner apparaît minuscule sur cet ouvrage de plus de 2 km. Sa rénovation sera un morceau de choix des travaux à mener sur la transversale dans la décennie à venir. Et la Région s'interroge sur l'électrification de la section Bordeaux - Saint Mariens... © A. Querleau

Ces travaux sont d'autant plus nécessaires que Nantes - Bordeaux, comme Nantes - Lyon, fait l'objet de l'appel d'offres pour l'exploitation de ces deux transversales, se partageant le même matériel entretenu à Nantes : les potentiels candidats surveillent logiquement de près l'évolution de l'infrastructure pour élaborer leurs propositions et notamment une nécessaire augmentation du nombre de relations...

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19 mars 2019

Lille - Comines ou le ch'ti train fantôme

Parmi les cas les plus désespérants de lignes dans une situation de quasi abandon, Lille - Comines se taille une place de choix. Dans une métropole de plus d'un million d'habitants, difficile de jouer la partition de l'absence de potentiel, ce qui rend le délabrement de l'infrastructure d'autant plus incompréhensible. La desserte squelettique, comprenant 4 allers-retours en semaine (un cinquième le mercredi) incarne le retard abyssal du chemin de fer dans la desserte des grandes agglomérations. L'absence de circulation commerciale entre le samedi midi et le lundi matin confine au gag quand on sait que circulent deux trains le dimanche matin pour dérouiller la voie et l'aiguillage de la bifurcation de La Madeleine. On est assez loin des débats sur le RER lillois avec une offre qui ne serait déjà pas acceptable dans n'importe quelle campagne française !

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Comines - 6 mars 2019 - 220 places pour une fréquentation qui se compte sur une seule main, c'est la situation de Lille - Comines, qui n'est pas seulement le fait d'une politique d'abandon de l'infrastructure mais aussi d'une offre inadaptée, qui amène à s'interroger sur la pertinence du train sur cette relation. © transportrail

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Marquette - 6 mars 2019 - Quand on voit cela, on comprend pourquoi on roule à 40 km/h sur cette ligne... © transportrail

Alors faut-il sauver Lille - Comines ? Oui, assurément, mais pas en investissant plusieurs dizaines de millions d'euros pour afficher le sauvetage d'une ligne qui resterait de fait inutile par un service complètement inadapté au teritoire. Pour cela, le train est-il le bon mode de transport ? Pour transportrail, la réponse est non. Mais pour autant, pas de délire de modules autonomes, de réminiscence d'ARAMIS ou autres concepts fumeux. Notre proposition, c'est un tramway.

Notre dossier Lille - Comines comprend deux volets : ici à transportrail, l'analyse de la situation ferroviaire, et sur notre site transporturbain, le développement de notre proposition de tramway.

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