31 janvier 2019

Ouest Lyonnais : la troisième branche sauvée ?

L'avenant au CPER 2015-2020 entre l'Etat, la Région Auvergne Rhône-Alpes et la Métropole du Grand Lyon est peut-être de bonne augure pour la branche de Lozanne du réseau de l'Ouest Lyonnais. En situation de grande fragilité, depuis que son exploitation a été réduite à des navettes Tassin - Lozanne assurées en X73500, en nombre réduit sur une infrastructure obsolète, le spectre de la fermeture commençait sérieusement à planer au-dessous de la voie. Pourtant, avec le déclassement récent de l'autoroute A6 entre Dardilly et Lyon, cette infrastructure pourrait jouer un rôle nettement moins fantomatique, surtout avec l'hypothèse de restauration d'un arrêt à Limonest, avec parc-relais, qui aurait l'avantage d'être à proximité d'une sortie de l'A6.

Ainsi, 40 M€ ont été inscrit dans cet avenant pour des opérations de renouvellement des voies sur l'Ouest Lyonnais dont plus de la moitié, 22,5 M€, concernent la section Tassin - Lozanne. Cependant, il ne s'agit que de la pérennisation de l'infrastructure et non de sa modernisation pour admettre une exploitation électrique par tram-train comme sur les branches de Sain Bel et Brignais, sujet qui semble renvoyé à un prochain CPER... en posant d'autres questions (comme celle du matériel roulant car le Dualis ne sera peut-être plus produit à cette échéance).

On notera aussi que cet avenant, outre des ajustements de participation sur les projets d'aménagement des gares de banlieue, la transformation des gares de Perrache et de la Part-Dieu et plus globalement le noeud ferroviaire lyonnais, confirme les orientations en faveur de deux lignes de BHNS sur d'anciennes emprises ferroviaires, entre Sathonay et Trévoux d'une part, entre Meyzieu et Pont de Chéruy d'autre part. Dans le premier cas, l'hypothèse d'un transfert de maîtrise d'ouvrage au SYTRAL est envisagé puisque le tracé est essentiellement sur le territoire métropolitain et que le BHNS aurait vocation à emprunter le site propre du trolleybus C2 entre la Part-Dieu et Caluire.

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30 janvier 2019

Nantes - Châteaubriant ne fait pas recette

11 000 voyageurs par jour : c'était la prévision annoncée dans le projet de réouverture de la ligne Nantes - Châteaubriant. Bientôt 5 ans après sa mise en service, les résultat du tram-train sont très largement en-dessous de cette estimation puisqu'environ 2000 voyageurs sont enregistrés en moyenne chaque jour. Une exploitation parfois chaotique, des problèmes techniques successifs à la mise en service et une ligne en proie au givre, autant d'éléments qui altèrent l'attractivité du service.

Pourtant, en 5 ans, la fréquentation annuelle est passée de 316 000 à 720 000 voyageurs, ce qui n'est tout de même pas si mal. Peut-être que l'estimation initiale était - trop ? - ambitieuse, ou liée à des hypothèses de desserte qui n'ont pas été concrétisées. Le trafic actuellement enregistré se situe cependant dans la frange plutôt haute pour une ligne de desserte fine du territoire. L'offre comprend 24 allers-retours au départ de Nantes dont 16 pour la desserte périurbaine et 8 prolongés à Châteaubriant qui dispose d'une desserte toutes les 2 heures. C'est une base, mais avec un trafic routier de l'ordre de 25 000 véhicules / jour, il en faudrait plus pour rendre le service ferroviaire plus attractif... Pourtant, jusqu'à La Chapelle sur Erdre, les voyageurs peuvent emprunter le tram-train avec un titre urbain TAN, ce qui facilite grandement l'usage de la ligne et son intégration dans l'offre de transports de la métropole nantaise.

Un renforcement de l'offre avec une cadence au quart d'heure pourrait doper la ligne, mais il faudrait consentir à de conséquents travaux de capacité notamment entre la gare de Nantes et la station Haluchère pour gérer 8 circulations / heure sur la ligne. Cette hypothèse était initialement intégrée dans le schéma d'accès à l'aéroport Notre Dame des Landes, et mériterait d'être reprise pour instaurer une offre attractive sur le nord de la métropole nantaise.

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29 janvier 2019

Début des travaux sur Rennes - Châteaubriant

Les premiers travaux préliminaires à la rénovation de la section Rennes - Retiers, dont le financement à hauteur de 28 M€ a été bouclé, ont débuté cette semaine. Début mars, les trains seront remplacés par des autocars puisque la ligne sera impraticable jusqu'à la fin du mois d'août. Avec ces travaux, la partie la plus fréquentée de la ligne Rennes - Châteaubriant pourra retrouver ses performances initiales, soit une vitesse de 90 km/h.

En revanche, la section Retiers - Châteaubriant attend l'issue d'un accord, qui pourrait être imminent, entre les Régions Bretagne et Pays de la Loire pour le financement de cette section à cheval sur les deux collectivités, même si la Bretagne est autorité organisatrice du service de bout en bout. Le coût des travaux est de l'ordre de 20 M€ pour restaurer les performances nominales de cette section à 70 km/h. De la sorte, Châteaubriant pourrait être à nouveau à 1h07 de Rennes, avec 5 allers-retours par jour. Sachant que les temps de trajet en TGV sont plus courts depuis Rennes (33 minutes de gain par rapport à Nantes : exemple vers Paris en 1h25 depuis Rennes et au mieux 1h58 depuis Nantes), le bassin castelbriantais pourrait donc avoir intérêt à disposer d'une liaison commode vers Rennes. Rappelons les potentialités du tracé de cette ligne :

  • une vitesse de 110 km/h est possible de Rennes à Retiers, sans modification lourde de l'infrastructure : quelques passages à niveau seraient à équiper de barrières automatiques ;
  • une vitesse de 90 km/h est possible de Retiers à Châteaubriant avec la même consistance d'adaptations ;
  • de la sorte, une rotation Rennes - Châteaubriant pourrait être accélérée afin d'être effectuer en moins de 2 heures, mobilisant donc une seule rame pour un service qui pourrait comporter jusqu'à 8 allers-retours par jour, tandis qu'une navette périurbaine jusqu'à Janzé pourrait être assurée en 22 minutes, compatible avec un aller-retour dans l'heure, soit une rame pour une cadence horaire ou 2 rames pour une cadence à la demi-heure, afin d'atteindre le même niveau de desserte qu'entre Nantes et Châteaubriant aux flux très comparables.

En complément, l'installation d'une signalisation entre Rennes et Janzé, avec régime de navette au-delà, suffirait à assurer la gestion des circulations, donnant un bon exemple de revalorisation à moindre coût d'une ligne UIC 7 à 9 dans un objectif nettement orienté sur les déplacements périurbains dans le cadre d'un RER rennais !

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Cogitations lyonnaises sur le RER

Après Bordeaux, les élus lyonnais semblent vouloir être aussi en pointe sur l'utilisation du réseau ferroviaire pour la desserte de la métropole. Tant mieux... mais il va falloir un peu canaliser les réflexions. Les élus du groupe UDI ont présenté leurs propositions. Un bon point : le préliminaire d'une communauté tarifaire est bien mis en avant. Sans lui, c'est l'échec assuré. Leur étude s'appuie notamment sur un doublement du tunnel de Saint Irénée pour dévier le tram-train de l'Ouest Lyonnais et l'amener non seulement à Perrache... mais le diamétraliser au-delà vers Bourgoin-Jallieu et Saint André le Gaz. Ce tunnel serait considéré selon eux comme une alternative au projet de métro E, apparu lors des dernières élections municipales, et dont l'intérêt est très discutable (plus d'un milliard d'euros pour 60 000 voyageurs par jour).

Quelques remarques à cette proposition :

  • les modalités opérationnelles de création de ce second ouvrage, qui sera percé à grande profondeur par rapport au 5ème arrondissement donc sans possibilité pratique de station pour la desserte de ce secteur ;
  • le raccordement au tronc commun Lyon - Tassin de l'Ouest Lyonnais, dans un environnement complexe et déjà réputé délicat du point de vue de la consistance des sols ;
  • l'arrivée à Perrache avec le franchissement de la Saône et la recomposition de la tête Ouest de la gare ;
  • les modalités de raccordement aux voies de la ligne Lyon - Grenoble ;
  • l'incompatibilité du tram-train avec la circulation sur la ligne Lyon - Grenoble : quais trop hauts (550 mm) pour un matériel limité à 100 km/h (pour une section apte à 140 voire 160 km/h) qui risque de se faire bousculer par les liaisons régionales rapides, sans compter les TGV Intersecteurs jusqu'à Grenay, et de surcroît insuffisamment capacitaire par rapport aux besoins sur cet axe ;
  • sur cette section en particulier, le transit d'une partie de l'offre Ouest Lyonnais amplifierait le besoin de quadruplement de la section Saint Fons - Grenay pour séparer les circulations rapides et lentes.

Enfin, le schéma apparaît complexe avec des lignes à plusieurs ramifications : le système Villefranche / Tarare - Vienne / St Etienne apparaît assez peu adapté, car la section Saint Germain au Mont d'Or - Tarare n'est pas électrifiée, donc inapte à recevoir des matériels à deux niveaux, nécessaires sur les autres branches, nécessitant donc soit de lourds investissements, soit une dégradation capacitaire sur des sections déjà bien chargées.

Vous pouvez en profiter pour relire nos contributions sur ce sujet !

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28 janvier 2019

Limoges - Brive via St Yrieix : une solution innovante ?

Plusieurs élus étaient réunis en fin de semaine dernière pour envisager l'avenir de la liaison Limoges - Brive via Saint Yrieix, parallèle à la liaison principale via Uzerche sur l'axe POLT. Suite à un éboulement à Vignols Saint Saulve, la ligne est interrompue sur sa partie centrale et exploitée en deux tronçons distincts : Limoges - Saint Yrieix et Brive - Objat. Un scénario qui pourrait être pérennes mais que certains élus locaux voudraient temporaire afin de restaurer la continuité de la liaison.

Il fut question de train à hydrogène (comme si la motorisation du matériel roulant pouvait résoudre un problème structurel d'infrastructure obsolète) et d'une idée complètement novatrice, poussée par un député du Limousin qui semble assez intéressé par un BHNS qui pourrait être sur route... ou sur rails.

Un BHNS sur route, c'est un peu un pléonasme, parce qu'en principe un autobus circule sur une route (on passera rapidement sur le fait qu'il s'agirait plutôt d'autocars interurbains que d'autobus urbains)... mais un BHNS sur rails, jusqu'à plus ample information, il paraitrait qu'on appelle cela un autorail... bref un train !

Il serait donc intéressant de revenir aux éléments essentiels c'est à dire l'avenir de cette infrastructure ferroviaire. Le maintien de l'exploitation actuelle, officiellement provisoire, peut être une solution, avec une exploitation sous le régime de la navette entre Nexon et Saint Yrieix ainsi qu'entre Brive et Objat, qui offrirait des possibilités d'augmentation de l'offre sur les deux bassins versants de la ligne avec des moyens de production limités.

On sait par expérience que l'interruption définitive de la desserte sur une section centrale précédait l'élimination des deux branches subsistantes, car le plus souvent, il n'y avait aucune densification du service sur les sections maintenues. Qu'en serait-il avec une exploitation renforcée, avec 10 à 12 allers-retours entre Limoges et Saint Yrieix d'une part, entre Brive et Objat d'autre part ? Cependant, le devenir de la desserte des gares intermédiaires entre Saint Yrieix et Objat constitue une question préalable.

Ces sujets nous semblent nettement prioritaires avant de phosphorer sur des solutions techniques mises en avant d'abord pour des questions d'affichage et de concurrence entre territoires...

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24 janvier 2019

Pour une relance des trains de nuit

En ce début d'année, nous ne manquons pas à transportrail l'occasion de nous remettre à l'ouvrage sur le dossier des trains de nuit. Idéalistes, nous ? Non, peut-être tout simplement empreints d'une volonté pragmatique d'examiner sereinement et objectivement un marché mis à mal au-delà des conséquences logiques du développement du TGV raccourcissant les distances... mais pas partout.

Puisque l'Etat semble - du bout des doigts - vouloir amorcer un début d'ouverture du marché longue distance à la concurrence avec 2 liaisons diurnes, voici quelques idées pour structurer un renouveau des trains de nuit en ciblant évidemment la mer et la montagne, depuis Paris mais aussi sur quelques liaisons transversales dans le but de compléter l'amplitude du service des liaisons diurnes, et esquisser une vision européenne dans une stratégie bas carbone qui commencerait à réorienter - très - progressivement une partie du trafic aérien de moyenne distance vers des modes terrrestres.

Mais une première question déterminante apparaît immédiatement : le train de nuit doit-il comme aujourd'hui être une activité sous contrat avec une autorité organisatrice (ici l'Etat), ou en open-access aux risques et périls de l'opérateur ? La première option s'inscrit en continuité de la situation actuelle en France. La seconde s'inspire de la situation des ÖBB en Allemagne. Reste une troisième voie (que certains qualifieront ironiquement de macronienne) : c'est la théorie du «  en même temps », qui consisterait en une contractualisation ayant pour objectif de réduire la contribution de l'Etat, afin de soutenir l'activité.

La deuxième question est liée à la capacité du réseau ferroviaire français la nuit, puisque la maintenance, encouragée par un contrat de (non-) performance, a tendance à oublier que - de temps en temps - il faut bien laisser passer quelques trains... Evidemment, avec des plages de travaux de 6 à 8 heures la nuit, non seulement le fret se retrouve quasiment interdit de séjour, mais le train de nuit rejoint de cortège des bannis du rail.

Allez, soyons fous et jetons les bases raisonnablement ambitieuse de ce que pourrait être une relance des trains de nuit. Bonne lecture !

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18 janvier 2019

Détente - temporaire - entre SNCF Mobilités et la Région PACA

Deux années sans convention TER : c'est un record. Deux années pendant lesquelles la Région a appliqué le droit et a défini d'elle-même le coût du service qu'elle consentait à payer à SNCF Mobilités, qui, en retour, lui a bloqué l'acquisition d'une vingtaine de rames, en dépit d'un financement assuré par la Région. Il y avait évidemment une posture politique dans ce conflit, mais tout de même un fond technique difficilement contestable, la Région arrivant en tête du hit-parade de l'irrégularité et des trains supprimés.

La nouvelle convention TER 2019-2023 prévoit une baisse progressive, qui pourra atteindre jusqu'à 22 M€ sur l'année 2023, des coûts annuels d'exploitation de l'offre TER en PACA, tout en s'engageant sur l'augmentation du service avec 4 trains par heure et par sens entre Cannes, Nice et Monaco, mais aussi sur Marseille - Miramas et Marseille - Toulon. Sur la régularité, l'objectif négocié est de 91% de trains arrivant à destination avec au maximum 5 min 59 de retard : l'année 2018 s'est terminée avec une régularité de 86,8%, déduction faite des périodes de grèves.

La nouvelle convention prévoit la possibilité de sortir certaines lignes en vue d'un appel d'offres pour une mise en concurrence. La Région PACA avait pris les devants avec un appel à manifestation d'intérêt qui avait donné lieu à 8 dossiers de différents opérateurs français, européens et même de MTR (basé à Hong-Kong, mais qui a aussi remporté l'exploitation de l'Elizabeth Line à Londres). L'objectif de la Région serait d'attribuer ces lots après appel d'offres en vue d'une prise d'effet sur le terrain en fin d'année 2022. Si l'axe Marseille - Nice n'est pas écarté, il semble que la Région privilégierait des axes de moindre importance, là où la compétition pourrait donner lieu à une redynamisation du trafic, comme on l'a constaté dans de nombreux pays européens. On pense notamment à Nice - Tende, Avignon - Carpentras et Marseille - Briançon.

Dernier point, que nous n'avions pas évoqué jusqu'à présent dans les colonnes de transportrail : l'hypothèse de prestations assurées en gare par du personnel de La Poste. Il pourrait s'agir de tournées de vérification du fonctionnement des installations commerciales en gare (éclairage, signalétique, état des panneaux d'information...), pour des points d'arrêt de faible importance, sans personnel sédentaire, afin de déléguer ces missions de contrôle sans objet sécuritaire. Nous y reviendrons ultérieurement car il pose plus globalement une question d'organisation des administrations et services publics hors des centres urbains et notamment dans les territoires les moins denses.

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13 janvier 2019

Une nouvelle mission sur le maillage ferroviaire

Dans le domaine du transport ferroviaire, deux personnalités sont devenues au cours des 10 dernières années incontournables au point qu'on peut se demander à quoi servent le ministère des transports et ses services : le député normand Philippe Duron a été chargé de plusieurs rapports (Mobilités 21, Avenir des TET, Conseil d'Orientation des Infrastructures) tandis que le préfet François Philizot a piloté plusieurs missions sur l'axe Paris - Le Havre, sur POLT et maintenant, sur le maillage du territoire par le réseau ferroviaire, et plus spécifiquement sur les lignes de desserte fine du territoire (les UIC 7 à 9).

Le dossier est sensible, personne ne peut l'ignorer. La politique en la matière depuis 70 ans a conduit à une impasse, considérant que le déficit d'exploitation des omnibus puis la dette du système ferroviaire pouvait trouver une réponse efficace par la contraction sans fin du réseau (la politique du « TER brûlé »).

Il l'est d'autant plus que, si on essaie - non sans mal - de mettre de côté les facettes les plus dangereuses (pour l'économie, la société, la liberté de penser, la République et la démocratie) de certains porteurs de gilets jaunes (de ceux qui en profitent, pour se livrer à des émeutes ou pour tenter de récupérer le mouvement à des fins politiciennes), il existe une crise de fond liée d'une part à la question fiscale (l'impôt étant payé par une assiette de contribuables qui a tendance à se réduire), qui s'est cristallisée sur une hausse des carburants de 3 centimes, conséquence indirecte de l'abandon de l'écotaxe pendant le précédent quinquénnat. Depuis, les carburants ont baissé de 15 centimes suivant le cours du pétrole... Mettons-ces questions de côté.

Cette situation est aussi la conséquence d'une politique de « déménagement du territoire » menée elle aussi depuis plusieurs décennies. Il est fragrant de constater à quel point l'aménagement du territoire est le grand oublié des gouvernements successifs depuis au moins 25 ans. Outre les services publics ou de première nécessité (hôpital, maternité, établissement scolaires, Poste, médecin, pharmacie...), l'évolution des politiques d'urbanisme, avec l'accélération de la périurbanisation autour des grandes métropoles, l'augmentation des distances quotidiennes, l'essor de l'habitat individuel extensif et de son complément presque indispensable que sont les grandes zones commerciales, combiné à la faiblesse voire l'absence de services de transports en commun, a eu pour effet d'amplifier la dépendance à l'automobile et de vider nombre de centres de petites et moyennes villes.

Dans cette situation, on pourrait espérer que la réforme territoriale et les Schémas Régionaux de Développement Economique et Environnemental des Territoires puissent être l'occasion de réorganiser la desserte avec notamment une meilleure complémentarité train - autocar. Mais le nouvel appel à la contraction du réseau avec le rapport de Jean-Cyril Spinetta en février 2018, préconisant la fermeture d'un tiers du réseau avec les lignes UIC 7 à 9, est venu rappeler que les mauvaises idées étaient tenaces.

Le gouvernement avait prudemment esquivé, pour ne pas amplifier la crise dans ses relations des plus médiocres avec les collectivités locales et singulièrement les Régions, de plus en plus sollicitées pour palier l'incapacité de l'Etat à assumer ses missions en matière ferroviaire, notamment sur le renouvellement du réseau.

Aussi, en confiant au préfet François Philizot une nouvelle mission sur le devenir des lignes de desserte fine du territoire, le gouvernement espère mettre un peu de concret dans le discours et - soyons fous - esquisser une politique plus équilibrée des territoires. Il lui faudra se confronter à une réalité : si l'Etat veut un « plan de bataille », il lui faudra avant tout un plan de financement conséquent, puisque SNCF Réseau a évalué à 7 MM€ le besoin pour assurer la pérennité des lignes existantes à un horizon de 10 ans. Sachant que le Contrat de (non-) Performance Etat - SNCF Réseau, qui ne couvre que le réseau dit structurant a oublié certains sujets (comme la signalisation) avec un déficit de 520 M€ par an, l'Etat va devoir trouver de nouvelles recettes pour concrétiser cette intention.

Il vient déjà de claquer 10 MM€ sur un seul exercice budgétaire pour lutter contre le réchauffement du climat social (dont on ne sait comment il les financera sinon par de nouvelles hausses d'impôts) : on connaît déjà la réponse de Bercy sur la question ferroviaire... et il est illusoire de croire que les lignes de desserte fine du territoire seront un contre-feu suffisant dans la situation politique actuelle. Sera-t-il même audible ?

Le risque dans cette situation serait de justifier in fine la poursuite de la contraction du réseau. Il faut donc impérativement raisonner sur ce sujet autrement qu'en réaction à un mouvement social afin de pouvoir construire une politique des transports pour les territoires faisant, comme l'a rappelé le président de SNCF Réseau, le pivot du système de déplacements en France.

12 janvier 2019

Saintes - Royan ou les tracas des renouvellement

C'est l'aspect désagréable des opérations de renouvellement  sur le réseau ferroviaire, et cela ne concerne pas exclusivement les lignes de desserte fine du territoire. Le recours à des entreprises extérieures est de plus en plus fréquent, parce qu'il n'y a pas forcément les ressources SNCF disponibles en nombre suffisant à l'échéance prévue, et parce que ces ressources internes ont aussi un coût.

Or on constate assez régulièrement des défauts lors de la réalisation de ces travaux, qui impliquent une reprise a posteriori. Dernier exemple en date, le renouvellement de la section Saintes - Royan, réalisé entre novembre 2017 et avril 2018. Près de 35 M€ ont été investis, principalement par la Région pour restaurer une vitesse nominale de 120 km/h et préparer un relèvement à 140 km/h. Mais les travaux ont été mal réalisés, conduisant SNCF Réseau à limiter la vitesse à 40 km/h sur les zones où des défauts de rail ont été constatés. Situation quasiment rétablie fin décembre avec une vitesse limitée à 100 km/h dans l'attente de vérification de l'efficacité des travaux, en attendant de retrouver les 120 km/h au printemps et d'autoriser les trains à 140 km/h le plus rapidement possible : quasiment pas de travaux sur l'infrastructure mais une question de procédures administratives pour ce qui est considéré comme du développement, même s'il s'agit en réalité d'un effet d'aubaine permis par le tracé, la vitesse nominale initiale correspondant à ce que pouvaient faire les autorails de l'après-guerre.

Ce genre d'incident est évidemment mis à profit par ceux qui dénoncent l'externalisation de certains chantiers, surfant sur la vague de la défense d'un service public centré sur lui-même et d'une SNCF historique (laquelle ? celle d'avant 1997 ou celle d'avant 1982 qui était non pas une entreprise d'Etat mais une Société d'Economie Mixte dont les banques détenaient 49% du capital ?). Cette situation révèle deux problèmes : d'abord une maîtrise d'ouvrage qui doit être très exigeante vis à vis de ses maîtres d'oeuvres, qu'ils soient internes ou externes ; ensuite, justement, des maîtres d'oeuvre extérieurs dont on sent bien l'intérêt à venir sur de tels marchés pour élargir leur champ d'activité, d'autant plus que les grands projets de ligne nouvelle se sont sérieusement réduits. Si ces entreprises, auxquelles il faut reconnaitre de réelles qualités sur ces grands chantiers, veulent monter en puissance et faire valoir leurs capacités, y compris vis à vis des Régions si un jour une partie du réseau leur revenait, il y aurait tout intérêt à ce qu'elles gagnent un peu plus encore en rigueur par une coopération renforcée avec SNCF Réseau qui, de son côté, doit aussi cultiver sa capacité à gérer cette pluralité de prestataires (du moins si le gestionnaire d'infrastructures veut s'engager dans la pérennisation de l'ensemble des lignes...)

Paris - Milan : sursis pour les TGV Réseau

Finalement, les TGV Réseau tricourants 4501 à 4506, dédiés à la liaison Paris - Milan, gagnent un petit sursis, avec des opérations minimales destinées à prolonger leur service jusqu'en 2026-2027. Au menu : fiabilisation des motrices, nouvelles toilettes, Wifi, rénovation des intérieurs et dispositif anti-incendie. La SNCF continuera donc d'exploiter la relation jusqu'à cette échéance au moins... mais cela ne veut pas dire que d'autres ne viendront pas s'intéresser aux relations franco-italiennes...

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Milan Centrale - 24 juin 2011 - Pour l'instant, les TGV Réseau continueront à venir en Italie... mais rien ne dit que Trenitalia ne va pas essayer de faire entrer ses Frecciarossa sur le réseau français. © transportrail

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