Ce n'est pas facile d'être un projet de gare nouvelle sur une ligne à grande vitesse, surtout avec la médiatisation de la fantômatique gare montpellieraine à 135 M€... On croyait le dossier enterré, et le voici qui rebondit : les élus du sud de la Drôme sont tout heureux de voir SNCF Réseau actualiser la prévision de trafic de cette gare nouvelle (qu'on appelle ici Nougat TGV par opposition aux betteraves picardes) à 400 000 voyageurs par an contre 300 000 jusqu'à présent. Ils le sont encore plus avec une facture de la gare et de ses accès qui descendrait autour de 60 M€ contre une centaine estimés jusqu'à présent.

Les voici qui reprennent de l'espoir pour une mise en service qui pourrait intervenir en 2025 selon eux. Néanmoins, à transportrail, nous ramenons tout ce petit monde à une réalité un peu technique certes, mais qui continue d'être le socle de toute réalité ferroviaire : la desserte de Montélimar est aujourd'hui assurée par 3 allers-retours TGV Paris - Avignon - Miramas, circulant sur la ligne classique au sud de Valence pour desservir Montélimar, Orange, Avignon, Arles et Miramas. Jusqu'à présent, et alors que la desserte comprenait 4 allers-retours, la SNCF proposait pour la nouvelle gare un partage illisible : 2 TGV sur la ligne classique et 2 TGV sur la ligne à grande vitesse... avec une condition. Etant donné que le schéma de desserte de la LGV Méditerranée fonctionne avec 2 arrêts entre Lyon et Marseille, tout arrêt à Montélimar TGV supposerait l'abandon d'un arrêt à Valence TGV ou Avignon TGV. On laisserait au maire de Montélimar le soin de s'expliquer avec ses voisins...

Qui plus est, on ne peut pas ne pas réitérer notre analyse sur l'accessibilité en s'appuyant sur la desserte routière organisée par la Région Auvergne Rhône-Alpes. Les principaux bénéficiaires de cette gare seraient situés à l'est du Rhône, c'est à dire la Drôme Provençale, autour de l'axe Montélimar - Nyons : le gain sur l'accès au TGV serait de l'ordre de 20 minutes. En revanche, pour les ardéchois, autour des axe Montélimar - Aubenas - Le Vans et Montélimar - Vallon Pont d'Arc, le parcours supplémentaire en autocar serait lui aussi de 20 minutes, c'est à dire équivalent au gain de temps procuré par la circulation sur LGV plutôt que sur la ligne classique, étant donné que les autocars devront transiter par Montélimar pour les correspondances TER et la chalandise naturelle du bassin de vie.

Bref, redisons-le encore une fois : il serait bien plus utile pour ce territoire d'économiser ces dizaines de millions d'euros pour une desserte inéluctablement squelettique et de porter un véritable projet multimodal de service fondé sur :

  • la restauration d'une desserte TGV à Montélimar comprenant 4 allers-retours quotidiens ;
  • la réorganisation des dessertes par autocars : la reprise de la gestion des services départementaux est une source d'amélioration de l'efficacité des moyens de la collectivité consacré à cette mission. On prendra pour seul exemple le cas des lignes 36 et 71 reliant toutes deux Montélimar à Nyons : 2 tarifications différentes pour une même desserte (avec des arrêts pas toujours au même endroit dans les communes), et des horaires confinant à l'absurde (un car de chaque ligne dans l'heure mais rien pendant 5 à 6 heures qui précèdent ou suivent...) ;
  • l'amélioration de la desserte de la vallée du Rhône, notamment avec des trains directs entre Grenoble et Avignon TGV pour desservir les deux gares TGV existantes toutes les 2 heures.