30 juin 2018

Grand Est : vers des liaisons transfrontalières

La Région Grand Est et le Land de Rhénanie-Palatinat ont conclu un accord de coopération transfrontalière destinée à améliorer les liaisons ferroviaires régionales entre la France et l'Allemagne, avec une échéance de mise en service en décembre 2024. Il porte dans un premier temps sur deux liaisons :

  • Strasbourg - Lauterbourg, avec prolongement à Wörth
  • Strasbourg - Wissembourg, avec prolongement à Winden voire Neustadt

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Il porte notamment sur l'évolution du schéma de desserte, la tarification et le matériel roulant : sur ce dernier point, la possibilité d'une commande de Régiolis bimodes adaptés à la circulation en Allemagne est évoquée.

Question subsidiaire : quel exploitant pour ces relations ? La Région Grand Est est assez motivée pour attribuer ses dessertes par appel d'offres et le marché est ouvert en Allemagne depuis quasiment un quart de siècle : de quoi susciter les appétits des opérateurs déjà implantés en Allemagne, à commencer par la DB qui pourrait avoir envie de chatouiller la SNCF...

Autre point, la mise à l'étude de la réactivation d'une diagnonale entre Rastatt et Haguenau côté français, croisant la ligne Strasbourg - Lauterbourg à Roeschwoog. Il s'agit de réactiver la section Roeschwoog - Haguenau côté français, qui existe toujours mais neutralisée, et de restaurer le franchissement du Rhin puisque le pont ferroviaire a été transformé en ouvrage routier.

Cette initiative mériterait de faire des petits, y compris dans le Grand Est, avec le Land du Bade-Wurtemberg, pour développer des relations ferroviaires au départ de Strasbourg vers Karlsruhe, pouvant ensuite rejoindre Stuttgart d'une part, Heidelberg et Mannheim d'autre part. Vers le sud, une liaison Strasbourg - Offenburg - Freiburg ne serait pas non plus dénuée d'intérêt...

 

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Un train pour Le Puy du Fou ?

Le préfet Francis Rol-Tanguy a été chargé par le gouvernement d'une mission à hauts risques dans l'ouest : faire oublier le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes, revaloriser l'aéroport de Nantes Atlantique et proposer de nouvelles solutions de desserte de la Bretagne et des Pays de la Loire. Il faut avoir l'âme résistante...

La mobilisation des élus locaux et, peut-être, les bonnes relations personnelles affichées à plusieurs reprises entre Emmanuel Macron et Philippe de Villiers, auraient-elle porté leurs fruits ? On peut le penser puisque la presse régionale révèle que la réouverture de la ligne des Herbiers figurererait parmi les préconisations de cette mission.

Le parc d'attraction du Puy du Fou est indéniablement un succès puisqu'en 2017, il a accueilli plus de 2,3 millions de visiteurs. Sa réputation va bien au-delà du pays et il est régulièrement cité parmi les parcs de référence dans le monde.

Mais ce n'est pas tout : ce territoire entre le choletais et la Vendée littorale accueille une importante concentration de petites et moyennes entreprises, avec un taux de chômage de moins de 2%, dans un territoire qui peine à recruter, justement parce qu'il est à l'écart des grands axes. Le secteur, polarisé principalement par l'agglomération des Herbiers (34 000 habitants) et celle de Mortagne sur Sèvre (28 000 habitants) est à l'écart de toute desserte ferroviaire. L'infrastructure entre Saint Christophe des Bois (sur la ligne Clisson - Cholet) et Les Herbiers a été cédée au Département en 2003 et accueille un train touristique aux beaux jours.

Evidemment, entre ces deux bassins de population et leurs activités économiques et le parc du Puy du Fou, il y aurait effectivement de quoi mettre à l'étude la renaissance de cette voie ferrée avec des trains directs depuis Angers et Cholet en correspondance avec les TGV et les liaisons TER de l'axe ligérien. Un peu plus de 4 mois après la parution du rapport Spinetta très critique sur le devenir des petites lignes, cela ne manquerait pas de piquant.

Mais le parcours reste semé d'embuches : 21 km à réhabiliter entièrement pour la circulation de trains de voyageurs réguliers, une birfurcation de Saint Christophe des Bois à restaurer, une avant-gare de Cholet à reprendre, une gare à créer près du Puy du Fou et des passages à niveau à supprimer... à moins de privilégier une suppression plus économique en s'attaquant frontalement à la circulaire Bussereau, ce qui est moins politiquement correct.

Conclusion provisoire issue de La plaisante sagesse lyonnaise : « L’important c’est pas d’y faire, c’est d’y penser, mais le difficile, c’est pas d’y penser mais d’y faire ».

Nous reviendrons dans le courant de l'été sur cette mission (dès lors qu'elle aura remis ses conclusions) mais aussi sur la desserte des grands sites touristiques français... ou plutôt la non-desserte de certains d'entre-eux... En attendant, notre dossier sur la desserte du choletais peut vous replonger dans le sujet !

24 juin 2018

80 km/h sur le réseau routier : on se calme !

« Si le niveau d’entretien du réseau routier national n’est pas réhaussé dans les dix ans qui viennent, la moitié des chaussées pourraient devenir impraticables, et un tiers des ponts menaceraient de s’écrouler » : c'est le directeur général des transports au ministère qui l'affirme, sur la base d'un audit réalisé - tiens donc - par l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. L'Etat a bloqué la parution de cet audit aussi cinglant que celui du réseau ferroviaire en 2005, mais annonce 1 MM€ d'investissements annuels sur 5 ans : finalement, le réseau routier se retrouve dans une situation très comparable au réseau ferroviaire mais une fois de plus, « pour le rail on réfléchit, pour la route, on élargit... ».

Le décret modifiant la vitesse maximale sur les routes secondaires à une voie par sens sans séparateur a été promulgué. Ce sera donc 80 km/h au lieu de 90 km/h. La mesure est justifiée par le gouvernement par l'impact sur la sécurité routière. La remise confidentielle de ce rapport confirme donc bien notre présupposé : la réduction de la vitesse est bien d'abord liée à la dégradation de l'état du réseau routier.

On entend des grands cris d'épouvante, on hurle à la stigmatisation et à l'enfermement des territoires ruraux. Non sans une pointe d'ironie de notre part, si on avait droit aux mêmes déclarations à chaque fois que SNCF Réseau installait un ralentissement sur le réseau ferroviaire, on ne s'entendrait plus...

Mais le gouvernement se retranche derrière l'argument de la mortalité routière pour cacher le sous-investissement chronique sur le réseau routier qui finalement souffre de maux comparables : un peu trop de développement et d'opérations d'affichage (qui un contournement, qui un lot de ronds-points, quelques autoroutes) mais moins d'opérations de fond (entretien et renouvellement). Rail et route sont pour une fois dans le même bain...

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23 juin 2018

RER bordelais : ne pas attendre de nouvelles LGV

Notre série d'études sur les possibilités de développer des offres de type RER dans les principales métropoles françaises se poursuit avec le cas bordelais, fortement lié à notre dossier sur la ligne du Verdon.

Pour l'instant, l'amélioration de la desserte périurbaine bordelaise est vue au travers du prisme du projet GPSO (Grands Projets du Sud-Ouest) comprenant deux lignes à grande vitesse vers Bordeaux et Dax, en tronc commun à la sortie sud-est de Bordeaux, et des aménagements sur l'infrastructure existante, entre Bordeaux et Saint Médard d'Eyrans dans le cas présent.

Cependant, GPSO recule dans le temps, en raison de son coût élevé et de l'urgence à investir sur le réseau existant pour rattraper le retard accumulé depuis plusieurs décennies en partie à cause de choix politiques fondés sur l'essor du réseau à grande vitesse. Alors que peut-on faire avant ? C'est tout l'enjeu de ce dossier.

Particularité bordelaise, notre proposition amène à envisager une ligne de tramway express sur l'emprise ferroviaire de la ceinture, en somme de reproduire le principe adopté sur la ligne C pour rejoindre Blanquefort. Nous avons également mis à jour le dossier de transporturbain sur les extensions possibles du réseau de tramways bordelais.

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Bordeaux - Le Verdon : soigner le Médoc

C'est l'été alors intéressons-nous une nouvelle fois à l'une de ces lignes dont le trafic profite de la situation géographique littorale, même si dans le cas présent, cet aspect s'avère finalement très ponctuel puisqu'il ne concerne que la petite station de Soulac. La ligne du Verdon pourrait passer pour relativement anonyme mais son histoire est émaillée de singularités liées à l'activité portuaire bordelaise qui remonta l'estuaire de la Garonne pour éviter les encombrements de navigation au coeur de Bordeaux et surtout pouvoir recevoir des navires de plus en plus grands. C'est aussi l'histoire de la liaison transatlantique ; à l'époque où pour aller aux Amériques, il fallait prendre le bateau...

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Le Verdon - 21 avril 2018 - Le B81739/40 vient de quitter la gare du Verdon pour Bordeaux et traverse la zone forestière. Sur cette section, la voie est récente et la caténaire mixe des poteaux standardisés et un ensemble fil de contact + suspension de type Midi. © transportrail

Aujourd'hui, la ligne du Verdon est peut-être à l'aube d'une nouvelle époque : il faudra se pencher sur le renouvellement de l'infrastructure - sujet critique puisque la ligne est classée UIC 7 à 9 -  et le devenir d'installations électriques plus qu'octogénaires... mais aussi sur son rôle dans la desserte de la métropole, d'où le choix de transportrail de coupler les dossiers consacrés à cette ligne à notre étude sur le développement d'une offre périurbaine de type RER sur l'étoile ferroviaire bordelaise.

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22 juin 2018

Ascq-Orchies : rouvrir dans quel but ?

En une semaine, la pétition récemment lancée par un groupe d'élus dont les territoires sont traversés par la ligne Ascq-Orchies a déjà recueilli plus de 1000 signatures, c'est à dire plus que le nombre de voyageurs enregistrés quand la desserte était encore active...

Suspendue au trafic depuis juin 2015, la ligne (faut-il préciser qu'elle fait partie des sections classées UIC 7 à 9 ?) n'accueillait que 3 allers-retours par jour, avec une exploitation des plus compliquées en gare d'Ascq. Autant dire qu'avec une offre aussi réduite, il était difficile d'être attractif. Dans ces conditions, la rénovation de la ligne, évaluée à 35 M€ par SNCF Réseau, apparaissait complètement déraisonnable si elle n'était pas précédée d'une étude pour comprendre les besoins de la population et envisager des solutions adaptées.

Aujourd'hui, l'usage de la voiture est incontournable pour rejoindre les gares de l'axe Lille - Valenciennes, pour les communes au sud de la ligne côté Orchies, et au nord, pour aller rejoindre le métro lillois. Or la Région, pour l'instant, ne s'exprime pas sur le niveau de dessertes associé à une telle réouverture, en se bornant à la reconduction du service préexistant. Dans ces conditions, pas d'illusions, il n'y aura pas réouverture et disons-le tout net, la réouverture n'est pas déféndable. Toute opération de renouvellement sur les lignes régionales - et a fortiori des réouvertures - ne peut avoir de sens que si elle est accompagnée d'un véritable réexamen des schémas de desserte. Dans le cas présent, on en reste sur une organisation moyen-âgeuse incompatible avec les mouvements autour d'une grande métropole d'un million d'habitants.

Outre le volume de circulations, se posera la question de la desserte. Le plan de voies actuel ne permet pas aux trains venant de Lille de rejoindre la voie pour Orchies... alors que l'inverse est possible..

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Or a minima, il faudrait que la desserte puisse rejoindre le métro lillois, par exemple à la station Pont de Bois, avec par conséquent une reprise de l'infrastructure à Ascq et l'aménagement d'un terminus au Pont de Bois.

Autre question : quel est le mode de transport le plus adapté à cette desserte ? Compte tenu du tronc commun avec la desserte Lille - Tournai - Namur pour a minima rejoindre le métro, une solution ferroviaire est donc justifiée. L'opportunité d'un tram-train l'est tout de même un peu moins compte tenu du très faible volume de rames qui serait nécessaire pour une nouvelle exploitation. Par conséquent, plutôt qu'un sous-parc finalement onéreux, une mutualisation avec les autres lignes régionales apparaît comme la moins mauvaise solution. L'exploitation indépendante semble handicapée par la faible longueur de la ligne et des contraintes pour séparer les flux, notamment à Ascq et dans une moindre mesure à Orchies.

Bref, le champ des possibles est restreint et compte tenu des possibilités de rabattement sur d'autres axes par la voie routière, en bus ou en voiture selon les cas, il semble tout de même assez difficile d'entrevoir une éclaircie au-dessus de cette ligne : Tressin, Chéreng, Anstaing, Gruson et Bouvines sont desservies par le réseau Transpole en rabattement vers le métro (stations Quatre Cantons et Triolo), et l'amélioration de cette desserte semble être une piste tout de même plus économique que la réactivation d'Ascq-Orchies pour laquelle il faudrait envisager au moins une offre à la demi-heure pour essayer de concurrencer le réseau urbain... Bref des investissements élevés pour un retour en terme de trafic certainement très limité.

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Rennes - Châteaubriant : un financement laborieux...

Si le renouvellement de la section Rennes - Retiers semble aujourd'hui dans une situation assez sereine, avec un financement assuré par la Région Bretagne dans le cadre du CPER 2015-2020, la section Retiers - Châteaubriant est dans une posture encore fragile. A cheval sur la Bretagne et les Pays de la Loire sur le plan administratif, la compétence transports est accordée à la seule Région Bretagne sur l'intégralité de la ligne Rennes - Châteaubriant. Aussi se dirige-t-on vers un chantier en deux phases, commençant par le versant rennais, qui, il est vrai, concentre aujourd'hui 96% des usages.

Cependant, avec une offre faible (5 AR en nominal et un seul actuellement) effectuant le trajet de bout en bout, il est logique que le trafic au-delà de Retiers ne pèse que si peu. En revanche, sur la route, le trafic comptabilisé en 2014 entre Retiers et Châteaubriant, de l'ordre de 5700 véhicules / jour, représente 16% du trafic enregistré à l'approche de la rocade rennaise (34 000 véhicules / jour), ce qui confirme qu'il y a probablement matière à augmenter l'usage du train avec une offre plus consistante et aux performances rétablies. Mais il faudra d'abord retrouver le trafic qui s'est évaporé : près de 250 000 voyageurs annuels auraient abandonné le train pour la voiture depuis 2 ans. Combien de temps faudra-t-il pour les retrouver ?

Pour le versant Pays de la Loire, il serait question d'essayer d'obtenir une contribution de l'Etat au titre des « dommages de guerre » suite à l'abandon du projet Notre Dame des Landes, contre quoi la Région pourrait rejoindre le financement et assurer l'avenir de la section Retiers - Châteaubriant. La Région Pays de la Loire en appelle donc à la mission confiée à Francis Rol-Tanguy.

Pour autant, le dossier est loin d'être clos car cet investissement de 42 M€ ne porte que sur le renouvellement de la voie et de la plateforme pour assurer l'avenir de la ligne. Au-delà, il faudra investir à nouveau pour augmenter sa capacité, ce qui passera par deux actions principales :

  • relever la vitesse à 110 km/h sur les sections compatibles pour réduire le temps de parcours nominal de 1h07 à 52 minutes, permettant à un autorail de faire un aller-retour en 2 heures, dans une logique de production du service par l'optimisation de moyens limités en nombre (bref, de la bonne productivité) : de ce point de vue, le renouvellement programmé anticipe cette évolution ;
  • équiper la section périurbaine Rennes - Janzé d'un système de signalisation moderne pour augmenter le nombre de trains avec un objectif de cadencement à la demi-heure sur cette section, de sorte à instaurer une desserte similaire à Nantes - Châteaubriant (mais sans le tram-train) à savoir 24 AR de Rennes à Janzé dont 8 seraient prolongés à Châteaubriant.

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Thalys : rénovation du parc et nouvelles dessertes

Les résultats de Thalys sont toujours dans le vert. Le premier trimestre 2018 a été de très bonne tenue avec une hausse du trafic de 8,8% et même de 16,3% sur l'axe Paris - Amsterdam. Le chiffre d'affaires a quant à lui progressé de 7,4%. La grève altère ces résultats, puisque la moitié des 26 rames sont entretenues en France, ce qui a réduit l'activité de maintenance conduisant à supprimer environ 8% de l'offre. Mais Thalys a plutôt bien résisté aux problèmes franco-français.

La compagnie, filiale à 60% de la SNCF et à 40% de la SNCB, engage un plan de 266 M€ pour la rénovation des 26 rames qu'elle exploite. Il n'est pas prévu de nouvelles acquisitions, même si la direction reconnait que la flotte est dimensionnée au plus juste. Ainsi, 55 M€ vont être mobilisés sur le réaménagement complet des rames avec l'objectif de maintenir un très haut niveau de prestations à bord. La capacité sera cependant accrue de 7% et les bagageries agrandies avec un gain de l'ordre de 15%. Des écrans procureront une information aux voyageurs sur l'avancement du trajet et les correspondances. Le bar sera complété de distributeurs automatiques pour accélérer le service. Enfin, une nouvelle offre Premium Mini sera proposé sous condition : voyage à 2, réservation anticipée et sans possibilité d'échange ou de remboursement.

Parallèlement, plus de 210 M€ vont être consacrés à la rénovation mi-vie des rames PBA  et PBKA.

Côté dessertes, la relation Lille - Amsterdam sera supprimé, en raison d'une faible fréquentation malgré une politique de petits prix : le taux d'occupation moyen ne dépassait pas 25%. En revanche, de nouvelles liaisons vont être proposées le week-end entre Amsterdam et Marne la Vallée pour l'accès aux parcs Asterix et Disneyland et, comme déjà évoqué, un Bruxelles - Bordeaux les week-ends d'été l'année prochaine. Thalys profite de la moindre utilisation de ces rames le samedi et le dimanche pour proposer des offres spécifiques sur des destinations à caractère touristique et en particulier pour les familles.

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18 juin 2018

Les autocaristes remercient la grève de la SNCF

Depuis maintenant plus de trois mois, la grève de la SNCF transforme les voyageurs en variable d'ajustement d'un différend entre l'Etat, la direction de la SNCF et les organisations syndicales. Il est souvent fait allusion à la grève de la fin d'année 1995 mais le contexte a profondément changé.

En 1995, le covoiturage n'existait pas. Il y avait bien des auto-stopeurs mais les plateformes Internet ont joué depuis un effet démultiplicateur d'autant plus important qu'assez invisible : on n'a plus besoin de poser son sac à l'entrée de l'autoroute avec sa destination sur un bout de carton. Tout se passe en ligne et en principe sans avoir à attendre des heures la bienveillance d'un automobiliste.

Les Services Librement Organisés d'autocars n'existaient pas non plus. Leur présence est de plus en plus visible sur les autoroutes et ils ont profité de l'aubaine servie sur un plateau d'argent par le trio Etat-SNCF-syndicats pour faire leurs choux gras. En trois mois, l'augmentation du trafic sur les lignes de Flixbus, Isilines et Ouibus atteint 50%. Profitant de la pagaille supplémentaire provoquée par la grève, les autocaristes ont attiré vers eux une partie de la clientèle du train. Le car, c'est plus long, c'est moins confortable, mais c'est moins cher et surtout, il n'y a pas de grève. Encore que, sur le prix, les tarifs ont suivi une pente ascendante avec la grève (ce qui est rare est cher) et l'écart entre le train et l'autocar a été fortement réduit.

Sans surprise, les autocaristes devraient donc afficher d'excellents résultats pour l'année 2018. Quant à la SNCF, qui annonce déjà 400 M€ de pertes, elle aura du mal à capitaliser sur le rebond enregistré en 2017.

Faut-il évoquer aussi le sort de lignes secondaires dont le trafic des plus maigres a été encore un peu plus affaibli par cette grève, avec un service parfois nul pendant plusieurs jours ?

Quel sera l'impact sur la fréquentation des trains lorsque cessera un mouvement de moins en moins compris - admis - par la population ? Si, comme nous le disions précédemment, la méthode a une nouvelle fois privilégié la forme pour mieux abandonner le fond, cette grève à rallonge a surtout pour effet d'amplifier le désintérêt pour le train d'une partie croissante des français. La reconquête du trafic sera d'autant plus difficile que d'autres habitudes auront été prises. En attendant, l'affaiblissement du trafic donnera une nouvelle fois des arguments aux partisans de l'attrition ferroviaire, idéalement servis par ceux qui disent défendre le chemin de fer...

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12 juin 2018

La FNAUT réclame un moratoire sur la fermeture des lignes

La FNAUT monte une nouvelle fois au créneau sur le dossier des petites lignes et profite de l'actualisation d'une étude sur les conséquences de la mise sur route des dessertes ferroivaires frappées du syndrome : « pas de trafic, pas de potentiel, pas d’avenir ». Elle tacle judicieusement le rapport Spinetta et les considérations dominantes, y compris à la SNCF, estimant que les lignes les moins fréquentées devraient être exploitées par autocar.

La lecture de cette étude est donc vivement recommandée. Vous pouvez aussi retrouver le dossier de transportrail sur le sujet.

Selon un directeur à la SNCF, « sur une ligne à 500 passagers quotidiens, il est plus économique et près des besoins de faire rouler des cars fréquents de 50 places que deux trains quotidiens de 250 places ». Bref, comme le dit très justement la FNAUT, « en Suisse, on remplit les trains. En France, on ne sait pas les remplir, et on les supprime en prétextant qu’ils sont vides et que le car est moins cher». Il n'y a pas qu'en Suisse, d'ailleurs : c'est la même logique en Autriche ou en Allemagne. Etant donné que le chemin de fer est un système à capitaux fixes élevés (l'infrastructure et le matériel roulant) et à fort investissement humain, quand ils existent, il faut les utiliser. Forcément, quand on ne propose que 2 ou 3 allers-retours par jour (la semaine), en mobilisant un autorail, un conducteur, un contrôleur et du personnel en ligne pour la régulation du trafic, cela coûte cher par voyageur transporté... mais s'il n'y a personne dans les trains, c'est d'abord parce qu'il n'y a pas de trains ! Quand on a 7000 ou 9000 véhicules / jour face à une offre aussi squelettique (type Morlaix - Roscoff, Abbeville - Le Tréport ou Epinal - Belfort), comment s'étonner des faibles chiffres de trafic ? Avec ces moyens mobilisés, il faut produire des kilomètres (ils seront au coût marginal), ce qui mécaniquement amènera un peu plus de voyageurs, diminuant le coût par voyageur transporté.

Pour la FNAUT, aucune fermeture de ligne ne doit intervenir sans une étude socio-économique qui évalue le niveau de chalandise potentielle du train, l'offre à mettre en oeuvre, le coût de réhabilitation des infrastructures et leur adaptation au service, les retombées sur l'économie locale, la sécurité routière et la préservation de l'environnement. Elle réaffirme la nécessité pour les autorités organisatrices de pouvoir juger sur pièces les offres de différents opérateurs pour s'affranchir d'une SNCF qui, jusqu'à présent, n'a pas été réellement force de proposition sur ces axes.

L'étude comparant la situation du trafic avec train ou sans train est d'autant plus intéressante qu'elle peut être comparée avec les résultats d'une première enquête menée il y a une dizaine d'années. Le résultat est sans appel : quand le train est supprimé, le voyageur va d'abord... dans sa voiture ! Réalisée par Trans-Missions, l'étude montre une amplification du report vers la voiture en cas de suppression de l'exploitation par trains, avec une moyenne de -41% sur un échantillon de 12 lignes desservant des territoires variés (du périurbain de grande métropole aux territoires plus ruraux). A l'inverse, sur la base de réouverture ou de modernisation lourdes relativement récentes, rien qu'en France, le retour du train provoque en moyenne une hausse du trafic de 65%. En Allemagne, les études estiment le bénéficie des réouvertures à un gain de fréquentation de l'ordre de 30 à 45% selon les cas, mais avec des succès parfois bien plus colossaux