La seconde phase des travaux de modernisation de l’axe Serqueux – Gisors a débuté. Après la reconstruction de la ligne, utilisée seulement par 4 allers-retours TER à la fréquentation maigrelette, le programme de l’opération est nettement plus consistant car l’enjeu est de toute autre nature. Il s’agit en effet de prolonger l’itinéraire alternatif pour le fret lié au port du Havre afin d’éviter l’axe Le Havre – Rouen – Mantes – Paris déjà fortement sollicité et lui-même concerné par d’importants travaux de renouvellement au cours de la décennie 2020, tout en évitant le détour par Amiens. L’objectif est donc de préserver l’accès ferroviaire au port du Havre.

Projet controversé car les riverains ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de trains de fret sur cet itinéraire jusqu’à présent paisible : la situation est plus critique en Ile de France où les élus du Val d’Oise ont été particulièrement mobilisés contre ce projet. Les recours n’étant pas suspensifs, les travaux débutent alors que le Tribunal Administratif ne n’est pas encore prononcé.

Néanmoins, la modernisation de Serqueux - Gisors n’est pas exempte d’interrogations sur l’utilité réelle de cette ligne. Entre la capacité théorique et la capacité réelle, il y a un écart, d’autant plus important que les plages travaux ne sont pas cohérentes entre Normandie (de jour) et Ile de France (de nuit), et qu’il faudra composer avec la desserte Transilien entre Gisors et la Grande Ceinture (Val d’Argenteuil). Il n’est plus question de troisième voie entre Conflans Sainte Honorine et Argenteuil, et l’insertion de sillons fret risque d’être limitée : SNCF Réseau table au maximum sur 25 sillons, soit 12 par sens.

Le projet, d’un coût de 250 M€, comporte naturellement l’électrification en 25 kV de la ligne, l’installation du BAPR en remplacement du Block Manuel, la création de protections acoustiques, mais aussi la restauration de l’ancien raccordement direct de Serqueux, qui permet aux trains arrivant du Havre via Motteville et Montérolier de rejoindre Gisors sans rebroussement. Malheureusement, le raccordement est curieusement configuré, à double voie certes, mais avec deux mini-tronçons à voie unique de part et d’autre, ce qui accentue la contrainte sur la capacité de cet itinéraire bis.