Le second volet de la rénovation de la section de ligne reliant Serqueux à Gisors a été déclaré d'utilité publique le 20 novembre dernier. Sans surprise. Le portage politique de ce projet est fort. Il est également soutenu par SNCF Réseau. Rappel du contexte.

L'axe Paris - Rouen - Le Havre n'offre qu'une capacité limitée pour le fret ferroviaire en raison de l'engorgement du noeud de Rouen et de l'accès à l'Ile de France depuis Mantes la Jolie. La réactivation de la ligne Motteville - Montérolier a permis de créer un itinéraire évitant Rouen pour rejoindre l'itinéraire alternatif via Amiens. Cependant, le détour est important et ralentit l'acheminement des trains de plus d'une heure. En outre, SNCF Réseau est confronté à la multiplication de chantiers sur les deux axes Paris - Rouen - Le Havre et Paris - Amiens dans les 15 prochaines années :

  • en Ile de France avec les travaux d'EOLE entre Nanterre et Mantes la Jolie puis avec les travaux LNPN à Nanterre et entre Epône et Mantes ;
  • en Normandie avec la rénovation de l'axe Paris - Le Havre (voies, ouvrages d'art, signalisation) et le maillon de LNPN dans la traversée du bassin rouennais ;
  • en Picardie avec la rénovation de l'axe Paris - Amiens (voies, ouvrages d'art).

L'enjeu est donc de proposer un nouvel itinéraire alternatif pour le fret. Dans un premier temps, la ligne Serqueux - Gisors a été entièrement rénovée, on peut même dire reconstruite, mais elle n'accueille que 4 allers-retours TER par jour. Aucun train de fret. La seconde phase du projet prévoit la restauration du raccordement de Serqueux, afin d'éviter le rebroussement, l'installation du BAPR et l'électrification en 25 kV. L'objectif est de pouvoir écouler 25 trains de fret par jour, deux sens cumulés, répartis sur 24 heures. Le nombre de circulations dépend de l'alignement des capacités disponibles sur l'ensemble de l'axe Le Havre - Valenton, incluant la circulation sur la Grande Ceinture Nord et Est, mais aussi sur la section très contrainte du groupe VI de la banlieue Saint Lazare entre Pontoise et Val d'Argenteuil, où se situe la bifurcation de la Grande Ceinture.

Au plan local, le projet est fortement contesté : les opposants mettent en avant les nuisances sonores, la circulation nocturne et les trains transportant des matières dangereuses. La question de l'utilité réelle peut aussi être évoquée puisque les plages travaux en Ile de France sont essentiellement nocturnes, alors qu'elles sont placées en journée en Normandie.

Néanmoins, pour le port du Havre, le maintien de la performance des dessertes ferroviaire  est une condition de son attractivité : il est de plus en plus fortement concurrencé par les ports belges et hollandais, autrement mieux connectés par le rail à leur hinteland. Le terminal multimodal inauguré début 2015 est déjà en redressement judiciaire, faute de trafic. Il a tout de même coûté 139 M€. Sa période d'observation a été prolongée de 3 mois par le tribunal de commerce du Havre.

Et pendant ce temps-là, l'Etat annonce pour mi-2017 la mise en chantier du canal Seine-Nord, un projet à 4,5 MM€, qui ne fera qu'assécher un peu plus le trafic du port du Havre au profit de ses rivaux flamands...

L'Etat stratège est une nouvelle fois absent...