Paris Montparnasse et Marseille Saint Charles expérimentent depuis ce matin les portiques de contrôle des titres de transport avant embarquement. L'objectif est d'étudier l'impact d'un accès restreint aux seuls voyageurs munis de billets sur la fraude, qui coûte 300 M€ par an à la SNCF dont - selon l'opérateur - 200 M€ sur les Grandes Lignes. Avec l'essai de 4 dispositifs de 4 entreprises différentes, la SNCF cherche aussi à sélectionner l'équipement le plus adapté en cas d'efficacité du dispositif. La SNCF envisage, en cas d'issue positive, de déployer les portiques à Paris Est, Paris Nord, Paris Lyon, Lyon Perrache, Lyon Part Dieu, Aix en Provence TGV, Saint Pierre des Corps, Tours, Bordeaux Saint Jean, Rennes, Nantes, Montpellier et Le Mans.

Or cette efficacité ne pourra pas être mesurée seulement à la lumière de l'impact sur la fraude. Le sujet le plus délicat est évidemment celui de l'exploitation. Compte tenu des largeurs disponibles sur les quais (dans les gares terminus) ou à hauteur des accès aux quais (dans les gares passantes), l'installation de ces portiques va fortement réduire le débit des voyageurs "entrants" ou "sortants", ce qui peut allonger la durée des flux de voyageurs avec à la clé deux risques :

  • départ du train en retard, surtout si celui-ci est mis à quai et/ou affiché tardivement ;
  • occupation des voies plus longue du fait de l'augmentation de la durée d'embarquement, ce qui pourrait poser des problèmes d'exploitation (saturation accrue des graphiques d'occupation des voies).

Autre complexité, la non-spécialisation des voies aux TGV. S'appuyant sur le modèle espagnol du réseau AVE, le gouvernement a quelque peu oublié qu'il s'agissait d'un réseau autonome. En France, les TGV sont reçus en gare sur des voies également accessibles aux Intercités, aux TER voire aux dessertes Transilien (par exemple à Paris Lyon). Dissocier l'usage des voies n'est que rarement possible et généralement au prix d'une réduction de capacité globale de la gare : par conséquent, le contrôle des titres de transport devra être performant pour ne pas créer une autre excuse à la SNCF face à l'irrégularité de ses trains.

Enfin, il est dommage d'avoir lancé l'expérimentation uniquement dans des gares en cul-de-sac. Si on prend par exemple le cas de Lyon Part Dieu, dont les problèmes de gestion de flux de voyageurs sont déjà colossaux, il serait particulièrement intéressant de mesurer l'impact des portiques sur des TER diamétralisés type Ambérieu - Lyon - Saint Etienne transportant 700 voyageurs, et encore plus sur des TGV Intersecteurs qui se vident au moins à moitié pour se remplir d'autant à Lyon Part Dieu. Le croisement de flux de voyageurs sur des quais réduits munis de portiques en nombre limité promet une certaine pagaille.

Assurément le point - très - faible du dispositif...