C'est le genre de petites manoeuvres en douce qui confirme que le chemin de fer n'a plus le vent en poupe en France en dépit des discours bien-pensants. Suite à l'accident de Sainte Pazanne liée à un "bivoie" provoqué par les carences de shuntage des X73500, (voir notre article du 23 octobre), l'EPSF demande la fin de la dispense des mesures applicables aux engins de catégorie A pour ces autorails lorsqu'ils circulent en solo. Rappelons que ces mesures concernent les postes d'aiguillages à relais ou informatisés, interdisant la commande d'un nouvel itinéraire moins de 5 secondes après la libération de la zone par un engin de catégorie A, notamment pour éviter les nez à nez sur voie unique en cas de "déshuntage furtif" pour reprendre l'expression du moment.

Ainsi, à compter de lundi 2 novembre, les 337 X73500/900 ne sont plus autorisés par l'EPSF à circuler en solo. Les circulations devront se faire obligatoirement en UM2 ou UM3, ce qui va bousculer la production de l'ensemble des dessertes TER (sauf en Nord Pas de Calais, qui n'a plus d'engins de ce type), créant une pénurie artificielle se traduisant par la mise sur route de plusieurs liaisons ferroviaires. Evidemment, on ne manquera pas d'entendre des discours sur le caractère temporaire de ces mesures "en attendant que les dispositions nécessaires soient mises en oeuvre pour rétablir le service dans des conditions optimales de sécurité"...

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Puybrun - 23 juillet 2010 - Les restrictions de circulation des X73500 vont par exemple concerner la liaison Aurillac - Brive. Actuellement en travaux de rénovation, le service ferroviaire devait être rétabli le 13 décembre prochain. Les autocars pourraient jouer les prolongations pour une durée encore inconnue. D'autres lignes d'Auvergne sont concernées, notamment Clermont - Le Mont-Dore, Clermont - Saint Etienne, Clermont - Montluçon et Clermont - Le Puy. Les autres Régions ne devraient pas y couper, comme en Aquitaine où a émergé le dernier épisode de la "crise du shuntage". © transportrail

Cette situation est une aubaine inespérée pour ceux qui considèrent que le train régional est obsolète et gaspilleur d'argent public sur des lignes à vocation rurale. A défaut d'avoir réussi à les fermer au cours des années sombres (1938-1997), les rescapées pourraient être les victimes de ces restrictions techniques érigées sur l'autel de la sécurité... du fait d'un manque d'anticipation et de pragmatisme. Anticipation car le fait est connu depuis la mise en service de ces rames et rien n'a été fait depuis pour y remédier. Pragmatisme car toutes les pistes n'ont pas été explorées pour éviter d'en arriver à suspendre - temporairement dira-t-on pour l'instant - l'exploitation ferroviaire de quelques milliers de kilomètres de ligne. Deux exemples :

  • installer des balises inductives d'aide au shuntage (BIAS), comme présentes par exemple sur les AGC (sur lesquelles d'ailleurs l'exploitant envisageait jusqu'à présent leur retrait...) ;
  • en attendant l'équipement en BIAS, allonger la temporisation avant le traçage d'un nouvel itinéraire à 10 ou 15 secondes après la libération de la zone par un engin de catégorie A ;
  • utiliser les X2100 et X2200 en cours de réforme en Bretagne, Limousin et Midi-Pyrénées pour gérer une partie - seulement - des éventuelles pénuries de parc liées à la circulation en UM2 des X73500.

Conclusion, la France, pays de "l'excellence ferroviaire"' a tendance à s'amputer d'un bras pour soigner un simple hématome... et certains en profiteront aisément pour asséner de pseudo-évidences sur l'autocar, plus rapide (ça peut être vrai), plus confortable (bof), plus sûr (bah voyons) et plus écologique (argument suprême du moment mais tout aussi contestable), surtout qu'avec 2 X73500, ils ne manqueront pas de clamer au gaspillage d'argent public pour faire rouler des trains de 160 places "quasiment à vide".

On attend aussi les conclusions de l'enquête suite à la dérive sans frein sur 19 km d'un AGC entre Abancourt et Serqueux après avoir heurté 2 vaches.