Vendredi dernier, le Comité Interministériel de Programmation Economique comprenait un volet franco-italien avec l'approbation conjointe par les deux Etats de la section internationale souterraine du Lyon - Turin, de sorte à pouvoir placer le projet dans la liste des candidats présentés par la France et l'Italie au Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe présenté par la Commission Européenne.

Le coût de cette section est de 8,6 MM€ dont 2,2 seraient à charge de la France, 2,9 pour l'Italie, le solde étant financé par l'Union Européenne. L'objectif est d'ouvrir le tunnel de base de 57 km en 2028.

Restent quelques questions :

  • quelle est la compatibilité de ce projet par rapport à la priorité absolue désormais accordée à la maintenance du réseau classique et avant le développement du réseau ?
  • quelle est la compatibilité de ce projet par rapport aux besoins d'infrastructure pour amorcer le report modal de la route vers le rail ?
  • quels sont les besoins réels de franchissements alpins dès lors que l'itinéraire français est déjà marginalisé par rapport à la traversée de la Suisse déjà bien dotée avec le tunnel du Lotschberg, et alors que le tunnel du Gothard ouvre l'année prochaine ? On rappellera quand même encore une fois que le trafic fret sur la Maurienne a été divisé par 7 en 15 ans et qu'il n'y a aucun problème de saturation de l'infrastructure. On rappellera aussi que la Cour des Comptes avait pointé un décalage entre les prévisions de trafic annoncées par les promoteurs du projet et l'évolution réelle du trafic tous modes confondus. Selon Alpinfo, le trafic poids lourds a baissé de près de 20% entre la France et l'Italie, au cours des dix dernières années.
  • quelles ressources seront utilisées par la France sachant qu'initialement, l'écotaxe devait assurer l'alimentation de l'AFITF, donc des projets ferroviaires ? Une mission parlementaire a été confiée à Michel Destot et Michel Bouvard : l'hypothèse d'un péage supplémentaire pour les poids lourds est envisagée, en s'inspirant du modèle de financement mis en place par l'Autriche pour le tunnel du Brenner. Mais après le naufrage de l'écotaxe, est-ce réaliste ?
  • le président français annonce un début des travaux en 2016 : est-ce réaliste alors que la question du financement français est loin d'être traitée ?

On notera enfin l'ouverture d'une enquête de l'Organisme Antifraude Européen sur l'utilisation des subventions de l'Union à Lyon Turin Ferroviaire, qui répond être en état de justifier toutes les critiques sur lesquelles se base l'enquête initiée sur requête de deux députés écologistes.