Que peut bien faire un Premier ministre de la République française un dimanche matin, après avoir pris son petit déjeuner et avant d’aller accueillir plus de 50 chefs d’Etats avant d’aller défiler contre le terrorisme et l’intolérance ? Tout simplement signer la Déclaration d’Utilité Publique de la LGV Poitiers – Limoges…

Signée le dimanche 11 janvier, la DUP de Poitiers – Limoges ne peut en aucun cas être considérée comme anodine, d’autant plus que Manuel Valls et Ségolène Royal ont ajouté le qualificatif « urgent » au lancement des travaux.

A elle seule, cette signature balaie les discours répétés depuis des mois par les gouvernements successifs et les présidents des EPIC ferroviaires sur la priorité accordée aux transports du quotidien et la rupture avec le tout-TGV. Les discours d’un côté, les actes de l’autre : une telle schizophrénie est un cas d’école.

Pire, il faudrait s’intéresser à la légalité de cette signature alors que le Conseil d’Etat a rendu un premier avis fermement négatif sur ce projet dont l’utilité est loin d’être avérée. Le récent rapport de la Cour des Comptes n’avait pas non plus manqué de citer en exemple ce projet parmi les plus nocifs pour le système ferroviaire, la gestion de la dette et l’aménagement du territoire.

Cette signature semble devoir répondre à une logique clientéliste, au début d’une année électorale chargée qui s’annonce plus que difficile pour l’actuelle majorité.

Pourtant, rappelons-le, le Conseil d’Etat, gardien du fonctionnement des institutions, avait sévèrement rejeté le projet. Cet organe de la République, lointain descendant du Conseil du Roi instauré par Louis XIV qui se méfiait des dérives son administration, saura-t-il – pourra-t-il – réagir ? Louis XIV, lui, suivait l’avis de son Conseil…

Il fallait absolument signer la DUP avant le 12 janvier 2015 pour ne pas envoyer définitivement aux oubliettes le projet actuel. De la sorte, le gouvernement agit par faiblesse – hypocrisie ? lâcheté ? – en attendant une saisine du Conseil d’Etat en annulation de la DUP puisque politiquement, renier Poitiers – Limoges serait un symbole manifestement trop lourd à porter dans une année de scrutins départementaux et régionaux. On est décidément bien loin d’une posture responsable…