Depuis plus de vingt ans, c'est le serpent de mer dans les relations franco-italiennes : la liaison Lyon - Turin fait toujours l'objet d'un consensus sur le plan politique, en dépit de quelques poussées épidermiques, mais beaucoup moins parmi les populations locales, surtout côté italien. C'est maintenant la Cour des Comptes française qui tâcle sévèrement le projet.

Première banderille de la Cour : le coût. 12 milliards en 2002, 26 milliards aujourd'hui. C'est beaucoup. La Cour constate que le scénario le plus coûteux, comprenant 6 tunnels entre Lyon et Turin, a été retenu, alors que les autres pays montagneux - sauf la Suisse toutefois - ont cherché à limiter la longueur des ouvrages.

La Cour souligne que les hypothèses de trafic justifiant le projet lui apparaissent bien peu réalistes surtout face à la réalité du fret ferroviaire depuis vingt ans et l'effondrement des tonnages transportés. Sur ce point, si le fret ferroviaire s'effondre, le fret en général ne suit pas vraiment la même pente, même si, sous les Alpes françaises, le trafic est en baisse depuis 1999.

Coût prévisionnel pulvérisé et hypothèses de trafic surévaluées : le cocktail détonnant pour réviser à la baisse le bilan socio-économique et de pousser la Cour à réinterroger l'hypothèse d'amélioration des infrastructures existantes.

Pas question pour le gouvernement français qui se retranche derrière les engagements franco-italiens et les financements déjà mobilisés pour les études qui devraient aboutir à la définition du tracé au début de l'année prochaine.

Reste que les 26 milliards d'euros risquent d'être quelque peu difficiles à trouver par les temps qui courent. Il y a fort à parier que les deux gouvernements ne renieront pas le projet, mais que celui-ci prendra bien plus de temps que prévu avant d'aboutir. L'hypothèse de 2025 apparaît aujourd'hui bien peu réaliste.